UN MODÈLE TRANSDISCIPLINAIRE POUR LA CONCEPTION ET LA MISE EN ŒUVRE DE LA POLITIQUE INDUSTRIELLE

UNIVERSITÀ DEGLI STUDI DI BERGAMO

Dipartimento di Scienze Aziendali, Economiche e Metodi Quantitativi

Corso di Laurea Magistrale in Economics and Global Markets

Classe n.LM-56 – Classe delle lauree magistrali in Scienze de l’economia


Relatore:

Chiar.ma Prof.ssa Anna Maria Grazia Variato

Tesi di Laurea Magistrale Ivan INVERNIZZI

Matricola n. 1010823

ANNO ACCADEMICO 2018 / 2019


Traduction par Robert Cauneau – MMT France


Chapitre 1 – QU’EST-CE QUE LE SYSTÈME SOCIO-ÉCONOMIQUE ?

1.1. Introduction

1.2. État, marché et division du travail

1.3. Le système mondial

1.4. Définir ce qu’est le marché

1.5. La détermination de la conception du marché

Chapitre 2 – ÉTAT, STRUCTURE ÉCONOMIQUE, DÉPENDANCE ET DÉVELOPPEMENT

2.1 Structure économique nationale

2.2 Espace produit et écosystème des produits

2.3 Dépendance : sa composante, ses versions et ses implications

2.4 En savoir davantage sur la dépendance/autonomie financière et leurs implications

2.4.1 Dépendance financière

2.4.2 Autonomie financière

Chapitre 3 – LE PROTOCOLE

3.1 Sélection du secteur

3.2. Développement du secteur

3.3. Sélection du secteur pour l’Italie

Conclusion

Références


Introduction

Essayer de comprendre ce qui motive l’évolution de la société humaine, c’est essayer de comprendre l’orientation de la vie humaine dans l’histoire, ou du moins tout ce qui concerne la composante de cette orientation issue du choix humain. Ce texte traite d’une dimension de la liberté humaine et de ses possibles résultats.

L’objectif est donc d’aller au-delà d’une simple description de la réalité, qui en soi n’a pas de sens, et de tenter de développer des outils permettant d’avoir un impact sur ce que l’on pourrait appeler « le projet de l’homme ».

Pour ce faire, nous construirons et exploiterons des liens épistémiques, linguistiques et théoriques entre plusieurs contributions en utilisant une version matérialiste du réalisme critique comme ontologie philosophique et la théorie de la complexité comme ontologie et épistémologie scientifiques. Les ingrédients scientifiques utilisés ici seront la MMT (économie monétaire), l’analyse du système mondial (sociologie historique) et l’anthropologie politique et juridique. Ces éléments serviront de base aux contributions de plusieurs auteurs issus de différentes disciplines et approches telles que la théorie de la dépendance (histoire économique comparée), le développement de la complexité (développement international) et d’autres programmes de recherche. La raison en est que la société est un organisme unitaire dans lequel les différents « appareils » n’existent pas de manière autonome, ils partagent des organes internes et ils ont dans certaines parties du reste de l’organisme les prémisses nécessaires à leur propre réalité interne.

Le texte qui suit n’est pas une simple somme de contributions agrémentée de quelques réflexions personnelles.

L’auteur n’a pas l’intention de faire du bricolage pour créer un cadre global à la Frankenstein avec un joli chapeau à son nom.

La rigueur dans l’élaboration est apportée par la hiérarchie suivante des niveaux de connaissance : le niveau ontologique contraint sans déterminer le niveau épistémique ; le niveau épistémique contraint sans déterminer le niveau scientifique ; le guide scientifique sans déterminer l’application technique.

La combinaison de plusieurs contributions théoriques qui seront exploitées conjointement devra vraisemblablement avoir un lien clair et solide dans la structure théorique émergente afin de résoudre une éventuelle incompatibilité dans leur structure originale autonome de leur noyau dur. Il n’est donc pas nécessaire de conserver toutes leurs extensions-ramifications, ni leur conclusion. Une nouvelle structure théorique apparaîtra et une compréhension plus profonde et plus systémique devrait être atteinte.

La structure de la dissertation suivra la hiérarchie des connaissances. Le chapitre 1 clarifiera l’ontologie et la méthodologie, le chapitre 2 le cadre théorique et le chapitre 3, à la lumière des parties précédentes de la thèse, proposera quelques outils théoriques afin de lire le scénario historique, de reconnaître un ensemble d’options en termes de modèle historique à cibler et, enfin, de fournir des conseils pour la conception et la mise en œuvre de politiques.

Ce qui suit est donc à la fois un manuel pour les décideurs politiques et un point de départ pour les chercheurs en sciences sociales désireux de relier leur contribution en une grande théorie sociale. Cette thèse se veut un travail transdisciplinaire (NdT : l’auteur avait écrit « postdisciplinaire ». Il a donné son accord pour l’utilisation de « transdisciplinaire », expression sans doute moins directe mais plus facile à comprendre) capable de fournir une application technique.

Chapitre 1 – QU’EST-CE QUE LE SYSTÈME SOCIO-ÉCONOMIQUE ?

1.1. Introduction

La première position épistémologique adoptée ici est la compréhension de la réalité sociale, c’est-à-dire de la vie humaine, en tant qu’extension de la réalité naturelle d’une manière stratifiée, ce qui signifie que le monde naturel est contraint mais ne détermine pas le monde social.

Une telle position implique que les sciences sociales évoluent dans l’espace accordé par les sciences naturelles ; par conséquent, la surface de connexion entre le monde naturel et le monde social est la biologie.1

C’est pourquoi la dimension sociale ne peut pas se complexifier si les besoins biologiques ne sont pas satisfaits, et c’est pourquoi la restriction sociale peut se développer d’une manière significative juste après l’avancement de la capacité humaine à satisfaire ses besoins matériels : par conséquent, les structures sociales ont toujours une dimension matérielle.

La deuxième hypothèse épistémologique de cette thèse est le rejet du réductionnisme standard2 en faveur de la théorie de la complexité. C’est pourquoi le monde social est présenté dans cette thèse comme un système : « un ensemble d’éléments interdépendants  » (Byrne et Callaghan 2014, p. 4) qui sont influencés les uns par les autres et par l’ensemble. De plus, étant donné la portée particulière de la présente thèse, le système mondial (qui est le système économique global) est compris comme étant composé de sous-systèmes caractérisés par des relations logiquement nécessaires faisant les sous-systèmes ce qu’ils sont3.

La manière spécifique dont les parties du système, ou de tout sous-système, sont disposées, c’est-à-dire la façon dont elles interagissent entre elles, définit ce que l’on appelle la « structure » d’un tel système.

Le point de départ épistémologique que nous venons de présenter est la raison pour laquelle la compréhension de l’économie (en tant que dimension sociale spécifique) et des politiques qui lui sont liées, sera dérivée d’une compréhension explicite et globale du système socio-économique. Le présent chapitre fournit donc un tel fondement théorique pour l’élaboration de la thèse.

1.2. État, marché et division du travail

L’organisation la plus pertinente des 9000 dernières années de développement humain n’est pas le résultat d’un processus ascendant progressif, spontané et naturel comme nous le verrons plus loin.

L’assouplissement de la contrainte naturelle sur l’espèce humaine s’est construite, et a toujours reposée sur une coercition sociale imposée par le monopole de la violence de l’organisation que l’on appellera ici « l’État ». L’apparition de l’État est probablement le principal tournant dans le développement de la vie humaine.

Dans le présent ouvrage, les États sont définis comme des institutions disposant de fonctionnaires spécialisés dans l’établissement et la perception des impôts – qu’il s’agisse de la marchandise, du travail (Scott 2017, p.118) mais aussi en termes financiers – grâce à leur contrôle sur le monopole de la violence sur un territoire spécifique, qui sont responsables devant un ou des dirigeants.

En d’autres termes, les États sont des structures sociales qui organisent une extraction systématique des excédents économiques de la population, sur laquelle ils exercent un certain contrôle, principalement au profit d’un groupe social plus ou moins défini. L’émergence des États coïncide donc chronologiquement avec l’émergence de la classe sociale et la provoque logiquement.

Cette définition de l’État est conforme à celle de Max Weber et à la signification qui lui est donnée en anthropologie (Keeley 1996) :

« Une organisation politique obligatoire à fonctionnement continu (politischer Anstaltshetrieb) sera qualifiée d' »État » dans la mesure où son personnel administratif maintiendra avec succès le monopole de l’usage légitime de la force physique dans l’exécution de son ordre. »

(Weber 1978:54)

Le contrôle d’une importante population active a d’abord et avant tout d’énormes implications en termes de division du travail, de processus de développement technologique et de croissance économique qui y conduisent.

A l’origine, le pouvoir géographique des États était spatialement très limité, c’est pourquoi l’émergence des États a coïncidé avec l’émergence des villes (Smith 2009) et avec ce qu’on a appelé la  » révolution urbaine « . Avec le développement de la technologie de suppression de l’espace, le contrôle des États s’est étendu jusqu’au point de couvrir pratiquement toute la terre ferme4.

Depuis sa création, l’État a impliqué hiérarchie, stratification sociale et polarisation territoriale entre centre/centres et périphéries, ville et zone rurale.

Comme on l’a dit, le pouvoir géographique des États s’est accru avec le développement technologique au point où de multiples États sont devenus en relation permanente et, dans la plupart des cas, ont partagé des frontières terrestres entre eux. Dans ce scénario, l’extraction systématique des surplus a commencé à être organisée au niveau interétatique.

Les 2 principes sur lesquels il est construit, sont, d’une part, la tendance de l’État à établir sous diverses formes un certain degré d’hégémonie (militaire, économique, technologique,…) en combinaison variable sur les États les plus faibles et, d’autre part, la tendance à subir l’hégémonie des plus forts (Wallerstein 2006, Chase-Dunn, Kawano, Brewer 2000).

Du côté militaire, l’hégémonie est mesurable en termes de puissance défensive et offensive (Chase-Dunn, Kawano, Brewer 2000) ; du côté économique, l’hégémonie est la position des bénéficiaires de l’extraction des surplus. Mais l’hégémonie a aussi un aspect culturel (Wallerstein 2006), y compris la dimension linguistique. Toutes les facettes de l’hégémonie sont des facettes différentes d’une même chose, bien qu’elles puissent présenter des proportions très différentes dans leur ampleur d’un cas à l’autre.

La stratification sociale – dans une certaine mesure – recoupe la périphéralisation territoriale, de sorte que la majorité des personnes les plus puissantes et les plus riches du monde vivent dans le pays central, et que la majorité de la population active vit dans les pays périphériques et semi-périphériques.

Nous appellerons ces structures interétatiques « systèmes mondiaux », les définissant comme la structure composée d’un réseau d’unités socio-économiques interagissant entre elles et échangeant systématiquement des informations et/ou des matières et/ou de l’énergie sous diverses formes, y compris les personnes, les marchandises, les finances et la culture. Il y a eu plusieurs systèmes mondiaux autonomes dans le passé en même temps, par exemple le système mondial précolombien américain était autonome par rapport au système mondial eurasien du Moyen Age.

Soutenons maintenant la vaste théorie illustrée ci-dessus à travers l’histoire, l’archéologie, l’anthropologie, les études urbaines, les études agraires, la sociologie et l’économie.

Tout d’abord, il y a un écart de quatre mille ans entre la domestication de la culture et la sédentarisation (Smith 2009, Scott 2017). Ce fait porte atteinte dans son fondement au raisonnement de ceux qui présenteraient l’État comme un résultat spontané et naturel du développement technologique humain. Cet écart est en effet la preuve que la capacité technique de produire des surplus économiques n’a pas été suffisante pour l’augmentation de la spécialisation de la main-d’œuvre liée à ce que l’on a appelé la « révolution urbaine » et la montée de la civilisation (Smith 2009, Scott 2017). De plus, il faut remarquer que l’émergence des villes avec leur augmentation spectaculaire de la division du travail n’est pas seulement liée à la formation de l’État (Compagno 2018, Smith 2009, Scott 2017), mais à une forme très brutale de « régimes totalitaires » (Smith 2009, p.17), où « la majorité de la population n’était pas libre » (Scott 2009, p.7).

De plus, la première priorité des États n’a pas été de maximiser l’excédent économique, mais de  » maximiser la production lisible, imposable et confisquée  » (Scott 2009, p. 11), en d’autres termes, d’imposer des récoltes stockables avec une période de récolte (Scott 2018).

Il est très probable que dans un tel scénario, la concentration de la main-d’œuvre dans la ville était fonctionnelle sous son contrôle (Compagno 2018), et, à grande échelle, a ouvert la porte en faveur de l’élite de la possibilité d’exiger de manière coercitive de nouveaux biens et de soutenir les artisans hors de l’activité d’approvisionnement alimentaire (Smith 2009, Compagno 2018).

Il va de soi que la spécialisation de la production, c’est-à-dire l’augmentation de la division du travail par rapport à la division du travail tribale élémentaire, trouve sa condition nécessaire en présence de l’État, puisqu’il existe une parfaite corrélation temporelle entre les deux : l’émergence de l’État et l’augmentation de la division du travail ; par opposition aux effondrements de l’État et à la diminution de la division du travail (Scott 2017).

1.3 Le système mondial

Tout d’abord, à partir de l’image la plus large, il existe un système mondial défini comme l’unité sociale d’analyse dont le modèle historique est largement déterminé par sa propre dynamique interne (Wallerstein 1991).

Les pays sont les composantes constitutives du système mondial possédant ce qu’on appelle l’unité organique, un ensemble dans lequel la partie constituante n’est pas auto-sous-système, au contraire, sont constitués par la relation même qu’ils ont avec les autres parties (DeLanda 2006:9) : plus spécifiquement les classes sociales, l’État et tous les sous-systèmes et eux qui s’y superposent.

Les pays et leurs composantes ont alors une relation plus ou moins importante de dépendance, d’interdépendance ou d’hégémonie avec le reste du système mondial. Nous en reparlerons plus loin.

Les principaux éléments qui constituent un pays sont l’autorité politique, l' »État » et le « système socio-économique national ».

La manière dont l’État conçoit le système pour sa mise en place et définit les « droits de propriété », détermine le type de « système socio-économique national » du pays, par exemple : socialisme, capitalisme, esclavage ou seigneurie.

En particulier, si sous l’imposition d’une monnaie il y a la possibilité de l’existence de moyens de production privés et du commerce de la main-d’œuvre, et non de l’être humain, le système est défini comme capitaliste; on parle d’esclavage si la propriété de l’être humain existe ; quand il n’y a pas de propriété privée des moyens de production, le système tombe sous la définition du socialisme (Koronai 1992) et quand la propriété de la vie humaine n’existe pas, il existe au contraire des contraintes qui font en sorte que la population active demeure sur une terre spécifique sous un seigneur spécifique, le système est défini comme seigneurie.

Pour ce qui nous concerne, nous analyserons un système socio-économique capitaliste où l’imposition du système monétaire est la manière dont l’État se dote de ressources réelles (Tcherneva 2016), et d’autre part où la propriété privée des moyens de production existe, mais où les travailleurs ne peuvent être de propriété et donc il est possible d’acquérir juste la main-d’œuvre ou des biens représentant la main-d’œuvre, et non les esclaves.

Plus précisément, en ce qui concerne l’imposition de la devise par l’État comme système de provisionnement, le mécanisme fonctionne comme suit. L’État impose au secteur non gouvernemental du système socio-économique national un paiement dans une devise spécifique, qui s’appelle la fiscalité, ce qui crée le besoin dans le système socio-économique national de cette devise spécifique, ce qui conduit à l’émergence de vendeurs de biens et de services sur le territoire de l’État dans cette devise.

Par conséquent, si l’État se dote de ressources réelles provenant uniquement d’une partie du système socio-économique national, cette partie seulement obtiendra des devises directement de l’État. Cela signifie que les agents privés restants du système socio-économique national devront se procurer des devises auprès d’autres agents privés et, pour ce faire, devenir vendeurs de biens et services réels à d’autres agents privés en échange de devises. Le résultat final est un système générique d’échange de devise, qui apparaît d’une manière collatérale comme un système générique d’échange de biens, que nous appellerons « marché ».

Lorsque les droits de propriété sont conçus d’une manière spécifique, il y aura l’émergence de classes sociales à la fois du marché du travail et du capitalisme. Dans un tel cas, nous aurons un système socio-économique national capitaliste. Le marché est donc un épiphénomène de l’État et donc du capitalisme. Les classes sociales, définies comme des groupes de personnes divisés en fonction de la relation qu’elles entretiennent avec les moyens de production, n’existent pas avant l’action du monopole de l’État sur la violence. Comme nous l’avons déjà expliqué, l’État est synonyme d’extraction de surplus économiques et donc de groupes de personnes qui en bénéficient et de groupes de personnes dont l’excédent est extrait. Il n’existe donc pas de classes sociales logiquement et chronologiquement antérieures à l’État, mais à l’inverse les classes sociales sont le résultat nécessaire de la fonction de l’État. L’État crée le groupe social d’où provient l’excédent économique et il a un soutien dans le groupe social qui le reçoit.

« ….les États et les sociétés sont mutuellement constitutifs. L’intérêt et les classes ne sont pas logiquement antérieurs à l’État et à ses politiques. Les États contribuent à définir les intérêts privés et jouent un rôle crucial dans la croissance des classes et des groupes d’intérêts. Une fois que les classes et les groupes d’intérêt se sont regroupés, ils constituent de puissantes contraintes pour les stratégies étatiques ultérieures. »

(Evans 1995:35)

Nous appellerons la combinaison de la conception des classes sociales et de la composition technologique du pays la « structure socio-économique » de ce pays. Il va sans dire qu’une structure socio-économique spécifique s’exprime par une division du travail spécifique. Encore une fois, c’est l’objet de cette thèse.

Comme on l’a dit, ces unités organiques appelées « pays » qui composent le système mondial sont liées les unes aux autres d’une série de manières qui vont au-delà de la dimension économique. Ces relations définissent où se termine l’équilibre des forces enraciné dans le système mondial dans le continuum entre les deux polarités que constituent, d’une part, « l’hégémonie absolue » du centre à la périphérie et, d’autre part, une « interdépendance symétrique » équilibrée entre pays.

De ce dernier cas extrême, et purement théorique, émerge toujours un degré d’hégémonie qui consiste dans le pouvoir d’un pays – ou d’un nombre limité de pays – à transformer le système mondial en sa faveur en dirigeant les sphères économique, politique, militaire, diplomatique et culturelle (Wallerstein 1991). Notez qu’un tel type de relation entre les zones constitutives du système mondial peut être trouvé dans n’importe quel système mondial, y compris les systèmes non capitalistes comme l’empire ou le système interétatique socialiste.

L’hégémonie et l’équilibre du pouvoir s’expriment sous diverses formes et à différents degrés. Le système mondial ressemble à une chaîne de relations hégémonie-exploitation qui tend à aller de la classe supérieure à la classe inférieure, des villes aux zones rurales et des pays centraux aux pays périphériques avec toute la position tampon intermédiaire entre ces pôles et tous les chevauchements possibles entre ces couches de la réalité sociale. Nous aurons alors des classes moyennes, des villes provinciales et des pays semi-périphériques à la fois sous la contrainte extérieure et exerçant des contraintes sur les niveaux inférieurs de la chaîne.

La prémisse de l’hégémonie est donc le monopole de la violence de l’État qui est à la base de toute autre structure sociale fondamentale soutenant le contrôle social et l’appropriation économique.

Sur la monnaie et le marché

L’une des idées les plus préjudiciables en sciences sociales, et plus particulièrement en économie, a été introduite par Aristote, puis développée, selon des lignes différentes, par Smith et Marx – pour ne citer que deux des auteurs les plus influents. Une telle idée a donc affecté une grande partie de l’histoire de la pensée économique.

Cette idée consiste à considérer le troc comme la forme originale du commerce et de l’argent comme une conséquence du développement du troc.

« La forme originale du commerce était le troc, mais avec l’extension de ce dernier, la nécessité de la monnaie s’est fait sentir. »

Aristote cité par Marx Capital volume1 :253

La conception de Smith va plus loin en décrivant l’origine du commerce en soutenant que la propension naturelle de l’homme à l’échange est une conséquence nécessaire de la faculté humaine de raisonnement et de parole.

« Cette division du travail, qui est à l’origine de tant d’avantages, n’est pas à l’origine l’effet d’une sagesse humaine qui prévoit et veut l’opulence générale à laquelle elle donne lieu. C’est la conséquence nécessaire, quoique très lente et progressive, d’une certaine propension à la nature humaine qui n’a en vue aucune utilité aussi étendue ; la propension à transporter, troquer et échanger une chose contre une autre.

Que cette propension soit l’un de ces principes originaux dans la nature humaine dont on ne peut plus tenir compte, ou qu’elle soit, comme cela semble plus probable, la conséquence nécessaire des facultés de la raison et de la parole, elle n’appartient pas à notre sujet actuel à se renseigner. »

(Smith 1977 : 29)

De telles conceptions suggèrent l’existence d’un « marché », d’une « loi naturelle du marché » et d’une monnaie antérieure à l’État, issue d’une division naturelle et spontanée du travail.

« …le temps de travail socialement nécessaire pour les produire s’affirme comme une loi régulatrice de la nature. De même, la loi de la gravité s’affirme lorsque la maison d’une personne s’effondre sur elle. La détermination de l’ampleur de la valeur par le temps de travail est donc un secret caché sous le mouvement apparent de la valeur relative des marchandises. »

(Karl Marx:168)

Malgré le succès d’une telle vision, il n’existe aucune preuve de l’existence d’une économie de troc pure et simple (Caroline Humprey 1985, Tcherneva 2016). En outre, il convient de souligner qu’il existe une signification différente entre, d’une part, un complexe d’échanges bilatéraux avec une multitude de termes d’échanges subjectifs et autonomes et, d’autre part, un système de coordination pour l’allocation des ressources réelles qui aboutit à un mécanisme général d’échange multilatéral avec un certain degré d’interdépendance – la compensation entre le terme des échanges qui en ressort. Pour avoir ce dernier, qui est probablement le seul objet d’enquête possible qui peut mener à une généralisation scientifique rigoureuse, il faut une mesure standardisée commensurable et « socialement construite de la valeur abstraite » (Ingham 2013 : 124).

En effet, historiquement, l’unité de compte a d’abord été créée, puis sont apparus les moyens de paiement – tous deux conçus par l’État ; et peu après, un système d’échange multilatéral et générique a vu le jour (Tcherneva 2016) ; toutes ces étapes institutionnelles ont été développées comme outils pour le transfert des ressources réelles entre les parties en général et pour l’approvisionnement public de l’État en particulier (Tcherneva 2016).

Ainsi, nous parlerons désormais de « devise nationale » (NdT : le terme « devise » sera utilisé, signifiant implicitement « devise nationale ») et non plus de « monnaie » de manière générique afin de préciser que ce à quoi nous nous référons, c’est à dire la créature d’un État particulier, plus précisément un monopole de celui-ci, et non de conception des moyens de paiement fondée sur l’idée brute de « pouvoir d’achat » déconnecté de toute conception d’obligation non réciproque qui bénéficie à un État spécifique se trouvant derrière toute transaction monétaire. Par exemple, la compréhension de la devise nationale qui est utilisée ici fait une nette différence entre la création de devise nationale et la création de crédit (cadre général).5

Dans le cas de la devise nationale, le monopole de la violence n’est pas directement utilisé pour l’extraction de l’excédent économique en confisquant une partie de la production, mais pour imposer un impôt payable uniquement au moyen de la devise créée par l’État.

L’objectif fiscal est de créer un vendeur de main-d’œuvre et de biens dans l’attente de les échanger contre la devise spécifique6 dans laquelle l’impôt est libellé, afin de permettre à l’État de se doter de ressources réelles simplement en créant sa devise avec ses dépenses (Mosler 1997,Mosler 1998a). En fait, la devise nationale n’est rien de plus qu’un enregistrement comptable et elle est produite uniquement par les dépenses de l’État (Mosler 1995, Mosler 1998a).

La fiscalité introduit dans le système une obligation non réciproque liée à l’imposition d’une  » marchandise abstraite  » (la devise) fournie dans le régime du monopole. Une fois que l’on s’est rendu compte que la devise ne peut pas être considérée comme « neutre », il est impossible de voir l’échange caractérisé par la symétrie entre les deux côtés de celle-ci (Tcherneva 2016).

1.4. Définir ce qu’est le marché

Le marché dans ce travail est défini comme un système générique d’échange-arbitrage7 de devise qui s’exprime en tant que système générique d’échange de biens et de services. Le marché est défini comme tel car ce n’est pas la propension naturelle à l’échange de biens et de services qui y conduit mais, au contraire, c’est l’imposition coercitive par l’État de sa propre devise au système socio-économique national.

Puisque la devise est un monopole8, (Mosler 1995, Mosler et Forstater 1998, Tcherneva 2016) lorsque le besoin de devise est imposé à une population plus importante que celle qui a un accès direct à la devise9, une discrimination structurelle apparaît sur le marché entre ceux qui ont un accès direct à la devise et ceux qui n’en disposent pas. En d’autres termes, puisque la devise ne peut être créée et ne peut entrer dans le secteur privé que grâce aux dépenses publiques, plus le nombre de passages que la devise doit faire avant d’atteindre un agent privé est élevé, plus la valeur de la devise est susceptible d’augmenter. Prenons un exemple pédagogique simple pour clarifier ce point.

Imaginez que l’État engage une grande entreprise pour construire un grand parlement. Imaginez qu’une telle entreprise confie ensuite la moitié de son travail à une autre entreprise, un sous-traitant. Il est clair que la devise va d’abord à la première entreprise, puis à la seconde. Les deux entreprises se trouvent donc dans une position fondamentalement différente puisque cet  » arbitrage  » de devises suffit à créer une divergence de prix, et donc aussi de bénéfices et de salaires, entre les deux entreprises. Le marché national, le marché à l’intérieur d’un pays, ressemble à une longue chaîne d’arbitrage monétaire qui va de ceux qui reçoivent la devise de l’offre primaire, les dépenses publiques, à tous ceux qui reçoivent un paiement dans le système.

C’est l’une des raisons pour lesquelles un même produit, ou un même service, a un prix différent – ce qui signifie que la devise a une valeur différente – lorsque nous avons la concentration de nombreux agents privés recevant la devise directement par l’État, par exemple dans la capitale de l’État, par rapport aux situation dans lesquelles les dépenses publiques sont assez limitées, par exemple dans les zones rurales. Évidemment, en plus d’une telle discrimination dans l’accès à la devise et, par conséquent, de la non égalisation structurelle des prix, des bénéfices et des salaires, il peut y avoir toutes sortes d’autres dynamiques justifiant l’émergence d’une distribution de ces variables dans le système : dont beaucoup sont bien encadrées dans le cadre de la « concurrence réelle » (Shaik 2016).

Toute cette « non-neutralité du système » émerge déjà en prenant en compte le processus de création de la devise nationale – les dépenses publiques – mais un discours très intuitif pourrait être fait pour le processus de destruction de la devise – la fiscalité – qui dans sa distribution fournit une autre couche de discrimination financière, car il est très peu probable qu’elle soit formée de la même façon pour tous les acteurs privés.

Bien sûr, la façon dont les banques, et plus précisément la réglementation bancaire, sont organisées, constitue également une couche de discrimination. Pour ne citer que quelques sources : la discrimination dans l’accès au crédit à laquelle sont confrontés les différents secteurs, l’accès à l’offre primaire d’obligations d’État, ou encore la gestion de l’évaluation des actifs, des passifs et du ratio du capital bancaire. Il n’est pas nécessaire d’entrer dans les détails ici.

Le marché mondial est alors l’interpénétration de tous les marchés de toutes les devises qui sont présents dans le système mondial sous tous les rapports de force décrits ci-dessus.

Un pays qui adopte une devise étrangère ou un taux de change fixe par rapport à une devise étrangère devient, d’un point de vue financier et économique, un prolongement du secteur privé de l’État qui crée cette devise. Ce pays, y compris son État, devient utilisateur de cette devise étrangère en développant le besoin de s’en procurer.10

Prix de la devise, taux de change, marge de manœuvre politique et contrainte extérieure

Le fait que la devise soit un monopole public implique que sa valeur en termes d’autres choses, que l’on appellera ici son  » terme d’échange « , soit à sa source ce que le secteur privé doit faire (ou fournir) au monopoliste pour obtenir l’unité suivante – pas pour obtenir les unités qui sont déjà détenues par le secteur privé (Mosler 1998a, Tcherneva 2016, Mosler et Silipo 2017). Comme s’il y avait un monopoliste de l’eau, le prix de l’eau à la source serait ce que les gens devraient faire – ou fournir – au monopoliste pour obtenir la prochaine portée d’eau – et non pour obtenir l’eau qu’ils ont déjà obtenue dans le passé et qu’ils possèdent encore.

En d’autres termes, le niveau général des prix à un moment donné est fonction des prix que l’État est disposé à payer au secteur privé pour ce que ce dernier lui fournit.

Ainsi, en première approximation, on pourrait dire que le taux de change est fonction du rapport des prix payés par deux États. Par exemple, à condition que le développement technologique soit équivalent, si un État paie dix unités monétaires A pour 1 heure de travail non qualifié à intensité moyenne appliquée à la technique prévalente, ce que l’on peut appeler le travail abstrait, et l’État voisin, avec un niveau de développement économique similaire, paie une unité monétaire B pour 1 heure de travail non qualifié, toutes choses égales par ailleurs, le ratio structurel autour duquel le taux de change entre la devise auquel A et B aurait tendance à se rapprocher est de 10/1. Autrement dit, pour acheter une unité de devise B, il faudra dix unités de devise (hors frais).

Ce n’est que le point de départ d’un discours qui doit ensuite tenir compte de la concurrence réelle (Shaik 2016) et des différences réelles de dynamique économique entre les pays en ce qui concerne : le désir net d’épargne en devises étrangères, la discrimination différente dans l’accès aux devises, la structure économique différente, la dépendance économique et la dynamique du crédit..

En ce qui concerne le développement de ce travail, il est nécessaire d’introduire l’aspect le plus important de certaines de ces dynamiques. Tout d’abord, il est important de reconnaître que dans un système de taux de change flottant, le désir net d’épargner de la devise nationale se traduit par des déséquilibres commerciaux et n’implique aucune relation débit-crédit en devise étrangère qui doit être équilibrée par l’État. Si le désir étranger d’épargner en devise nationale aux conditions de change actuelles (y compris celles des États étrangers) est supérieur au désir net des résidents d’épargner en devise étrangère (y compris celui de l’État local) aux conditions de change actuelles, cela se traduit par un déséquilibre commercial11.

Au contraire, dans le contexte d’un taux de change fixe, le désir d’épargne nette étrangère s’exprime en termes de déplacement des réserves nettes en devises et/ou de taux d’intérêt (Mosler 1998).

Le désir d’épargne nette a un aspect qui s’exprime sous forme de demande de crédit puisque le fait de contracter un prêt implique un désir net négatif d’épargner au niveau individuel. Au niveau global, l’expansion du crédit est très susceptible de se traduire par une diminution du désir global d’épargne nette – il est en effet très peu probable qu’une expansion du crédit soit compensée par une augmentation du désir net d’épargne de la partie restante de la population. Dans le cas d’une politique budgétaire passive de l’État, ces changements dans le désir d’épargne nette entraînent l’essor et le ralentissement de l’économie d’une manière qui se rapproche de celle décrite par Hyman Minsky (Minsky 1992).

En ce qui concerne la discrimination dans l’accès à la devise, il est important de noter que plus le rapport entre ceux qui obtiennent directement la devise du monopoliste et ceux qui ne l’obtiennent pas est faible, plus l’espace prévu pour une augmentation de la valeur de la monnaie dans le processus d’arbitrage de la monnaie est grand. En plus de cela, plus le niveau de chômage est élevé dans un pays, donc moins le désir d’épargne domestique dans la monnaie de l’État est satisfait, plus le nombre de ceux pour qui les termes d’échange de la monnaie montent en flèche jusqu’à l’infini augmente, ce qui signifie que la devise ne leur est tout simplement pas accessible à n’importe quel prix.

Ces fluctuations du terme de change des devises au sein du système ont bien évidemment un impact sur le taux de change, mais il est important de dire qu’elles se produisent dans le cadre d’un scénario réglé par l’État lui-même. En fait, c’est l’État qui établit à la fois la discrimination dans l’accès à la devise et la politique budgétaire qui entraîne le chômage (Mosler et Silipo 2017, Tcherneva 2016, Mosler 1995). En effet, les deux peuvent toujours être éliminés avec un employeur de dernier recours ou un programme de garantie d’emploi (Mosler et Silipo2017, Mosler 1997) dans le contexte d’une politique fiscale anticyclique active parfois appelée finance fonctionnelle. Une telle politique consiste pour l’État à fixer le terme de l’échange de la devise et à laisser sa quantité s’ajuster au désir net d’épargne privée, afin de maximiser la stabilité des prix et de maintenir un plein emploi permanent (Mosler et Silipo 2017, Mosler 1997).

Du côté de la dynamique de la concurrence réelle, il faut souligner que la présence permanente de différences technologiques implique une structure de coûts différente entre les unités productives du système mondial ; et puisque le savoir-faire technologique est en perpétuelle évolution et diffusion, la pression pour l’égalisation que la concurrence réelle apporte sur les prix ne peut conduire à une égalisation des profits et des salaires. Des structures de coûts technologiques différentes impliquent un temps de travail total verticalement intégré différent pour une même production et donc des niveaux de salaires et des taux de profit remarquablement différents, même en présence d’un prix similaire (Shaik 2016).

Par conséquent, le marché national et le marché mondial auront toujours tendance à présenter des turbulences dans le terme monétaire du taux de change.

A cela s’ajoute le pouvoir de monopole de la production réelle et la division internationale du travail qui en résulte, qui contribuent à élargir l’asymétrie et la distribution des termes de l’échange de la monnaie dans le système mondial. Ces pouvoirs de monopole prennent souvent la forme d’une dépendance économique ou financière dont nous parlerons dans le deuxième chapitre.

1.5. La détermination de la conception du marché

Comme nous l’avons déjà dit, il n’existe pas de « marché » ou de « forces du marché » a priori de l’État. Le marché lui-même est le résultat d’un ensemble d’interventions de l’État. Il est donc intéressant de noter que toute intervention de l’État a un impact sur le coût comparatif ou sur l’équilibre du pouvoir des agents privés. Par conséquent, toute interaction du marché est « par nature » nécessairement influencée structurellement par l’État.

« A chaque point où il y a un ouvrier, il y a une pression de l’État sur le revenu de l’ouvrier. A chaque point où il y a un « échange » de produit, il y a une pression de l’État sur le « prix ».

(Wallerstein 1991:4)

En outre, un État minimal choisira une option infrastructurelle et technologique spécifique pour soutenir et maintenir son monopole de la violence et de l’appareil bureaucratique. Ceci présente à lui seul un impact inégal sur les agents privés. De plus, l’impact de l’État sur les coûts comparatifs apparaît en considérant que toute intervention de l’État – ou non – dans un domaine très fondamental comme les déchets, les infrastructures physiques de base et la scolarisation – c’est-à-dire la « production de main-d’œuvre » – ou la production de connaissances, comme la R&D, va toujours favoriser certains secteurs ou entreprises plus que d’autres, certains secteurs plus que d’autres, certaines classes sociales plus que d’autres et certains individus plus que d’autres.

A ce stade, il convient d’introduire ici comment l’État crée des divergences économiques à dessein : le pouvoir de monopole économique. Parmi les moyens évidents de construire un pouvoir de monopole, le plus important est la technologie : plus précisément son développement, sa « protection » et le processus cumulatif « savoir-faire » associé. Les droits de propriété intellectuelle, les brevets et autres restrictions n’ont pas été aussi fortement soutenus au niveau international par le pays central. Il n’est pas non plus vrai que ces mêmes pays ont imposé le « libre-échange » partout où ils pouvaient tuer toute chance de développement d’une « industrie naissante » dans des « secteurs clés » des pays périphériques. Il y a donc une différence entre sous-développement et non-développement : la première est une condition liée à l’impact du noyau du système mondial sur le reste du système. La seconde est une expression directe du modèle historique autonome du pays.

« La division axiale du travail d’une économie mondiale capitaliste divise la production en produits de base et en produits périphériques. Core-periphery est un concept relationnel. Ce que nous entendons par cœur-périphérie est le degré de rentabilité des processus de production. Étant donné que la rentabilité est directement liée au degré de monopolisation, ce que nous entendons essentiellement par  » core-like  » sont ceux qui sont contrôlés par des quasi-monopoles. Les processus périphériques sont alors ceux qui sont vraiment compétitifs. »

(Wallerstein 2006:28)

« … les quasi-monopoles dépendent du parrainage d’États forts, ils sont en grande partie situés juridiquement, physiquement et en termes de propriété dans ces États. »

(Wallerstein 2006:28)

C’est une autre chaîne de pouvoir hégémonique qui conduit à une autre augmentation de l’appropriation économique en faveur de quelqu’un et contre l’intérêt de quelqu’un d’autre géré par le système. Cette fois en particulier par le biais du marché mondial.

Dans le prochain chapitre, nous étudierons en détail la contrainte apportée par le système mondial sur sa composante en nous concentrant en particulier sur la dimension technologique.

Sur l’hégémonie, l’exploitation et la domestication des peuples

En résumant l’aperçu qui vient d’être présenté, on peut dire que contrairement à Marx qui voyait le développement naturel de la « force de production » conduisant à la formation d’un « mode de production » spécifique et à partir de celui-ci le développement des États et de la culture, les États sont ici considérés comme la « structure » qui détermine le mode de production et affecte le développement culturel.

Cette thèse pourrait donc aussi être présentée comme une conception matérialiste et attentive de l’histoire, mais avec des prémisses différentes de celles de Marx. Malgré ces prémisses différentes, la conception gramscienne de l’hégémonie culturelle est pleinement compatible avec le cadre proposé par ce texte. Comme l’a expliqué Gramsci, l’État et ceux qui en bénéficient doivent déguiser leur domination et prévenir les affrontements dangereux. C’est pourquoi l’hégémonie socio-économique se traduit, dans une certaine mesure, par une hégémonie culturelle qui oriente la direction morale et intellectuelle des masses.

« La suprématie d’un groupe social se manifeste de deux manières, comme domination et comme direction intellectuelle et morale. »

(A. Gramsci, Quaderni del carcere, 1948-1951, Q. 19 § 24)

Ce besoin de prévention des conflits est également satisfait en permettant une « révolution passive » où le système adapte dans une certaine mesure son développement économique aux besoins matériels de la main-d’œuvre.

Chapitre 2 – ÉTAT, STRUCTURE ÉCONOMIQUE, DÉPENDANCE ET DÉVELOPPEMENT

Ce chapitre fournira des outils pour comprendre ce qu’est la structure économique nationale d’un pays et comment elle est liée au reste du système mondial avec des liens de dépendance et d’hégémonie de diverses formes. De tels outils seront utilisés dans le prochain chapitre pour les approches de conception des politiques.

2.1 Structure économique nationale

S’inspirant du concept de Marx de base technique et de composition technique (Marx 1867), la structure économique nationale sera définie comme l’ensemble des relations entre les instruments du travail et la force de travail dans un pays.

Cet ensemble de relations est l’expression de capacités sous-jacentes spécifiques et aboutit à une composition productive nationale spécifique.

Chaque produit, en effet, a besoin de la présence d’un ensemble de capacités nécessaires pour être produit dans un pays. En d’autres termes, un produit peut être considéré comme une construction Lego construite avec un ensemble de pièces Lego (les capacités) qui sont présentes dans un panier Lego (le pays).12

Ainsi, en décomposant la structure économique nationale en ses éléments constitutifs élémentaires, nous arrivons à un  » panier  » de capacités. Ces capacités pourraient être le résultat de plusieurs caractéristiques de l’économie du pays : intensité de la terre, du travail et du capital, connaissances techno-scientifiques, présence d’institutions spécifiques, etc.

A priori de ce qui fournit exactement un ensemble de capacités spécifiques à un pays, si deux biens nécessitent des capacités similaires, ils auront tendance à être produits dans les mêmes pays. D’un autre côté, si les capacités dont ils ont besoin ont très peu en commun (comme, peut-être, la pêche et l’électronique), il est moins probable qu’ils apparaissent ensemble dans la composition productive d’un pays (Hausmann 2006, 2007, 2008, 2009).

L’indice de complexité économique (ICE) mesure les capacités productives d’un pays en fonction du produit qu’il fabrique. Plus précisément, cet indice est construit en tenant compte de la diversité des exportations d’un pays et de l’ubiquité du produit qu’il exporte.

Le produit équivalent à l’ICE est l’indice de complexité du produit (ICP) qui tient compte de la diversité des exportations du pays fabriquant le produit spécifique et l’ubiquité du produit (Hausmann et autres 2006, 2007, 2008, 2009).

Les pays à forte ICE sont les pays centraux du point de vue économique (Hausmann et al., 2007). En effet, un pays dont l’ICE est élevée est beaucoup plus susceptible de pouvoir fabriquer des produits dont l’ICP est élevée – sur lesquels il est susceptible d’avoir un certain degré de pouvoir monopolistique. En outre, plus l’ICE d’un pays est élevée, plus ce dernier est susceptible de tout faire par lui-même, de sorte qu’il est moins dépendant économiquement du reste du système mondial et, par conséquent, moins périphérique qu’un pays à faible ICE.

D’autre part, plus un pays est périphérique, plus il sera poussé à s’en tenir à une simple production qui conduit à une ICE plus faible. Il s’agit des secteurs facilement reproductibles où la concurrence est plus forte et la marge, tant pour les bénéfices que pour les salaires, est minimale.

Ainsi, pour synthétiser à partir d’une ICE élevée, on pourrait déduire dans la première approximation un niveau inférieur de dépendance économique et un certain pouvoir monopolistique des productions – sans doute les deux principales composantes de l’hégémonie économique. C’est pourquoi il pourrait être utilisé comme indicateur du statut de noyau périphérique d’un pays d’un point de vue économique.

La prochaine section du chapitre fournira des éléments supplémentaires sur la dépendance, et donc sur le statut de « core-periphery ».

2.2 Espace produit et écosystème des produits

Le lien entre les capacités et les productions peut être affiché à la fois sous une forme statique et dynamique.

L’espace produit est un réseau construit sur un concept de proximité, qui est lié à la quantité de capacités que deux produits partagent. Plus précisément, la proximité du produit  » du produit i et du produit j est le minimum de probabilités conditionnelles par paires d’un pays exportant un bien, étant donné qu’il en exporte un autre «  (Hidalgo et al. 2007, p.484). La proximité est calculée sur la base d’une probabilité à un moment précis dans le temps – c’est pourquoi nous pouvons nous référer à l‘espace produit comme à une description statique du lien entre les productions.

La façon dynamique d’afficher les capacités communes d’un produit i et d’un produit j est l’écosystème du produit. Cet outil théorique le fait en examinant la probabilité que « le produit i était déjà présent lorsque le produit j est apparu » (O’Clery et autres 2018).

Les produits ayant un grand écosystème ont tendance à être plus complexes, à partager des capacités communes avec un plus grand nombre de produits, à apparaître dans un pays dont les exportations sont très diversifiées et, par conséquent, à être fabriqués par un petit nombre de pays.

D’autre part, les produits moins complexes ont un écosystème plus petit, mais contribuent à de nombreux écosystèmes d’autres produits.

Il est intéressant de noter que plusieurs des produits dont l’écosystème est le plus vaste ont une  » connexion primaire « , ce qui signifie qu’ils sont très proches dans l’espace produit. Par exemple, Machines et machines spécialisées, Huiles lubrifiantes provenant de l’essence et du bitume, Composés organiques et inorganiques.13

2.3 Dépendance : sa composante, ses versions et ses implications

La recherche scientifique vise à fournir un outil utile, ou potentiellement utile, pour le développement d’applications pratiques ayant un impact sur la vie humaine. Le présent mémoire ne fait pas exception à la règle.

Cela implique un certain degré de prévisibilité des mondes futurs possibles et de leur relation avec les actions humaines présentes possibles.

Ce qui fait la différence entre un monde prévisible et un monde imprévisible, c’est la présence de structures qui, en réalité, contraignent et façonnent l’ensemble des futurs possibles.

C’est pourquoi, pour comprendre quelles sont les options politiques d’un pays, nous devons comprendre quelles sont ses contraintes.

Nous commencerons par définir et expliquer quelles sont les contraintes externes puisque, dans la plupart des cas, leur compréhension permet de mieux comprendre les contraintes internes. Nous appellerons l’effet combiné de ces contraintes externes « dépendance » :

La dépendance est définie comme une situation dans laquelle le taux et le sens de l’accumulation sont conditionnés par l’extérieur.

(Evans cité dans (Caporaso 1980) p.609)

Les contraintes externes peuvent prendre différentes formes et avoir plusieurs composantes. Celles-ci seront organisées ici dans le cadre de contraintes économiques et politiques externes. Cette catégorisation n’implique pas que ces deux dimensions sociales soient séparées ; les différences entre les deux sont que la contrainte politique affecte la société locale par le biais des politiques publiques locales.

Il est toujours très important de souligner que la dépendance est une caractéristique qualitative liée à la manière dont le système socio-économique local est structuré, et non une caractéristique quantitative. En d’autres termes, les déséquilibres commerciaux sont inadéquats pour signaler le degré de dépendance d’un pays, puisque des déséquilibres de même signe peuvent être enregistrés par un pays hégémonique, semi-périphérique ou périphérique. En fait, les contraintes externes sont avant tout des contraintes sur le développement, le progrès qualitatif de la structure socio-économique locale, et non sur la croissance. Par exemple, dans le cas de nombreux pays d’Amérique latine, entre 1850 et 1930, l’augmentation de l’intégration économique internationale et la demande croissante du noyau de plusieurs pays spécialisés dans une seule production qui lui était destinée, ont entraîné une augmentation de la dépendance, ce qui a conduit à une croissance et à une périphérisation simultanées (Cardoso, Faletto 1979).

Commençons par la dépendance politique en soulignant le rôle que jouent le pouvoir militaire et l’hégémonie socioculturelle dans le système mondial international. Tous deux sont des outils ayant un impact sur la politique locale, le premier d’une manière assez intuitive14, le second d’une manière plus sournoise.

La dépendance socioculturelle consiste à ce que les élites locales et d’autres groupes sociaux partagent leurs intérêts, leurs valeurs, leur culture et leur compréhension avec l’élite de l’État dominant. Cela peut être le résultat de causes multiples comme les liens en amont dans la structure économique locale, l’impact de la  » culture hégémonique  » gramscienne qui s’étend à une échelle internationale ou autre. La particularité d’une telle dimension de dépendance est qu’elle n’est pas directement économique et qu’elle est en même temps incarnée par des groupes à l’intérieur du pays.

« Ces élites sont généralement formées dans les États dominants et partagent les mêmes valeurs et la même culture que les élites des États dominants. »

(Ferraro 2008 : 5)

Les deux contraintes politiques extérieures les plus importantes sont, d’une part, le refus conscient de développer la structure économique du pays en raison de l’intérêt de classe spécifique du type d’élite de l’économie enclavée – comme dans le cas du Congo (Evans 1989) et, d’autre part, l’adoption d’un taux de change fixe ou d’une devise étrangère – qui fait souvent partie d’une stratégie axée sur les exportations. Comme nous le verrons à la fin de ce chapitre, un tel choix politique entraîne une forme de dépendance à l’égard des exportations.

Passons maintenant aux contraintes économiques externes et plus particulièrement à celles qui s’expriment pleinement dans les relations commerciales. Nous parlons de dépendance à l’égard des importations et des exportations.

dépendance à l’égard des importations

La dépendance à l’égard des importations peut être due soit à une structure économique ayant des liens en amont à l’extérieur du pays dans des secteurs clés, soit à la nécessité d’importer des biens et des services fonctionnels pour la reproduction des structures économiques qui bénéficient d’un certain pouvoir de monopole. Par conséquent, une distinction sera faite entre la dépendance technologique et la dépendance énergétique à l’égard des importations.

La dépendance technologique à l’égard des importations se définit ici comme la dépendance d’un pays à l’égard du reste du système mondial pour la fourniture de la technologie nécessaire pour progresser en matière d’ICE. Celle qui vient d’être décrite est la situation miroir d’une contrainte interne – un faible ICE – consistant à avoir une structure économique incapable de développer le progrès technologique à l’abri et donc à viser principalement le rattrapage des capacités d’absorption de l’extérieur et l’importation de biens d’équipement technologiques avancés. C’est un problème auquel tous les pays industrialisés ont dû faire face à un moment donné. (Chang 2002, 2008, 2010, 2014)

La dépendance technologique à l’égard des importations est corrélée positivement avec : le nombre de liens nécessaires avec les caractéristiques décrites ci-dessus, la taille des secteurs15 ayant de tels liens par rapport au PIB du pays, la distance16– en termes d’espace produit – de la structure économique du pays par rapport aux secteurs dont il dépend.

Comme on l’a déjà dit, on peut déduire en première approximation le degré de dépendance à l’égard des importations de l’ICE d’un pays, mais en plus, pour avoir une image plus précise, deux autres facteurs pourraient être pris en compte. D’une part, l’écart de complexité entre les exportations d’un pays et les principales importations nettes – pondérées en fonction de leur taille – et d’autre part, la dépendance énergétique en général et la dépendance aux combustibles fossiles17 en particulier.

La dépendance énergétique est toutefois un type particulier de dépendance qui nécessite une attention spécifique et une politique propre. Ceci étant dit, la suggestion pour le processus de conception de la politique est de sélectionner d’abord l’ensemble des produits que la politique industrielle devrait cibler, et ensuite de concevoir la meilleure politique énergétique possible en fonction de la structure économique actuelle et prévue. Cela serait plus difficile pour les pays moins développés, car ils sont plus susceptibles d’être prêts à introduire des produits plus énergivores pour entrer dans un « processus d’industrialisation ». C’est pourquoi, dans le cas où l’objectif de la politique industrielle s’opposerait dans une certaine mesure à l’objectif de la politique énergétique, le premier devrait être révisé pour limiter la taille ou la présence du secteur industriel le plus énergivore. Ce processus de révision n’est pas l’objet de ce travail.

Dépendance à l’égard des exportations

Il peut y avoir deux niveaux de dépendance à l’égard des exportations. Le premier est le simple besoin du marché étranger d’absorber la production d’un secteur spécifique18 – et non la production en général – qui, sans le marché étranger, serait empêché d’atteindre l’échelle minimale efficace ou qui présente au moins un écart important entre la capacité de production locale et la demande locale pour ce produit. Cette dernière situation n’est pas nécessairement pernicieuse, car la dépendance à l’égard des exportations pourrait également apparaître dans un monde où les relations d’interdépendance complémentaires entre les pays sont en quelque sorte équilibrées dans un monde à hégémonie limitée. Quelque chose comme le monde décrit par les modèles tels que Hecksher-Ohlin et Ricardo Model.

En plus du premier niveau décrit ci-dessus, nous pourrions avoir une dépendance à l’égard des exportations où la structure socio-économique locale est vulnérable à de très fortes variations de prix imposées par le marché mondial en général, ou par un pouvoir monopolistique ou monopsonistique spécifique en son sein. L’exemple archétype de cette seconde situation est le cas de tout pays exportateur net de pétrole hors d’Arabie saoudite.

L’Arabie Saoudite est le seul producteur de pétrole qui n’utilise pas toute sa capacité de production, ce qui laisse une surcapacité systématique. Tous les autres producteurs de pétrole acceptent les prix que le marché leur fournit en limitant la capacité de production locale à leur niveau d’offre. Au contraire, l’Arabie Saoudite décide du prix qu’elle fixe – en fixant une remise sur le Brent19– et en adaptant non pas le prix, mais la quantité. Cette dynamique est possible parce que le monde sans l’Arabie Saoudite ne serait pas en mesure de produire quotidiennement la quantité de pétrole nécessaire pour maintenir sa consommation actuelle. Cela place l’Arabie saoudite dans une position de monopole marginal où elle peut indirectement fixer le prix international du pétrole, ce qui aboutira au point où le rabais fixé sur son pétrole reflétera une différence relative dans la qualité du pétrole. Ce pouvoir pourrait être utilisé depuis l’Arabie Saoudite pour tuer un concurrent en tirant temporairement sur le prix du pétrole comme l’année dernière. La cible d’une telle politique était probablement l’investisseur nord-américain dans un nouveau réservoir de pétrole qui a rapidement cessé ses activités20. Il va sans dire que le prix du pétrole peut aussi être un outil géopolitique très puissant contre l’importateur net et l’exportateur net d’hydrocarbures – bien sûr utilisé dans le sens inverse.

Dans ce petit exemple, nous avons montré comment la dépendance à l’égard des exportations peut prendre différentes formes et comment un pays périphérique dépendant des exportations avec un pouvoir de monopole peut fournir une contrainte économique non négligeable aux pays du centre.

Il y a deux aspects très importants qui montrent le lien entre cette contrainte économique et la dimension politique et sociale d’un pays. Le premier consiste dans le fait que le développement de grandes dépendances à l’exportation implique des élites locales, privées ou dans la bureaucratie de l’État, qui ont intérêt à diminuer le taux de change réel du pays en réduisant, d’une manière ou d’une autre, la capacité du pays à importer tout en augmentant les exportations. En d’autres termes, les capitaines d’industrie dont la principale source de revenus est l’exportation, et qui considèrent donc les « salaires comme des coûts purs » (Jaffee 1985), sont potentiellement affectés par une augmentation de la demande interne qui diminuerait leur importance politique et économique relative en modifiant l’équilibre des forces politiques et économiques au sein du pays. Dans une certaine mesure, cela signifie que la dépendance à l’égard des exportations tend à appeler à davantage de dépendance à l’égard des exportations et à s’opposer à l’expansion des secteurs orientés vers l’économie locale.

« Bon nombre des décisions politiques essentielles au développement de l’industrie nationale, comme la réglementation fiscale et tarifaire protectrice, sont contraires aux intérêts du secteur de l’exportation et sont susceptibles de se heurter à une résistance farouche de l’élite » (Jaffee, 1985).

Un autre effet pervers de la dépendance à l’égard des exportations est qu’elle risque fort d’entraîner une désarticulation sectorielle consistant en  » chaînons manquants ou très faibles entre secteurs productifs  » limitant l’impact positif de l’investissement dans un secteur sur les autres, empêchant dans une certaine mesure un  » progrès systémique  » (ibidem p. 104)

L’autre aspect est que très souvent, la dépendance à l’égard des exportations est politiquement construite et soutenue par l’adoption d’une monnaie étrangère ou d’un taux de change fixe. Cette structure institutionnelle limite en effet l’expansion de la demande intérieure de l’État et appelle à un besoin local chronique de devises étrangères pour soutenir le taux de change. Comme ce dispositif institutionnel est orienté vers un pays étranger spécifique, il crée un pouvoir hégémonique direct de ce pays sur le système socio-économique local. C’est le cas de la France avec le CFA africain ou des USA avec l’Equateur dollarisé. Plus de détails à ce sujet sont disponibles à la fin du chapitre.

La dépendance à l’égard des exportations est positivement corrélée, une fois la dynamique saisonnière exclue, avec l’écart relatif entre la capacité de production d’un secteur et la part de cette production absorbée en interne, ainsi qu’avec une estimation de la variabilité potentielle des prix et de la quantité demandée..

Les dernières contraintes économiques externes qui seront présentées ici résultent d’une certaine extension d’une combinaison des précédentes, mais elles seront présentées séparément puisqu’il y a quelque chose de plus que la simple caractéristique déjà exposée. Il s’agit de la dépendance inhérente à la propriété et au contrôle étrangers des moyens de production locaux (FOCMP).

FOCMP implique que les groupes d’intérêt étrangers déterminent quel produit produire pour quel marché ciblé en utilisant quel intrant provenant de quel processus de production. Il s’agit d’une dépendance fondée sur la propriété des moyens de production, qui exprime donc directement un parallèle entre la position de classe sociale et la position interétatique. Une telle situation, dans le cas où la propriété est géographiquement concentrée, crée les conditions d’une pression de l’État étranger sur l’État local.

Cette forme de dépendance s’exerce d’abord « à travers les canaux d’autorité des organisations bureaucratiques hiérarchiques » (Evans 1976) et est donc potentiellement plus envahissante et directe que toute autre forme de dépendance économique.

Une façon de traiter la question de FOCMP est de créer une dispersion de sa nationalité afin de réduire l’incitation d’un État étranger à l’action politique ou militaire pour défendre le « capital national à l’étranger » et, ce faisant, de donner plus d’espace politique à l’État national (Evans, 1976).

2.4 En savoir davantage sur la dépendance/autonomie financière et leurs implications

2.4.1 Dépendance financière

Tous les régimes de change fixes, y compris les régimes de caisse d’émission et d’ancrage aux produits de base, relèvent de la dépendance financière21, de même que l’adoption de devises étrangères et de toute monnaie sur laquelle le parlement et l’exécutif n’ont pas un contrôle total22.

Dans cette situation, la marge de manœuvre de l’État en matière de politique budgétaire est limitée par sa capacité à maintenir un stock tampon de réserve du point d’ancrage23 afin de pouvoir maintenir le taux de change fixé. En particulier, le stock tampon de réserve de l’ancre est nécessaire pour que l’État soit toujours en mesure de vendre des devises étrangères au taux de change fixe en échange de la monnaie locale à tout organisme désireux de l’acheter. Cela doit être fait afin d’éviter la dépréciation de la monnaie locale et la perte de contrôle du taux de change fixe qui en résulte (Mosler 1997).

Cette condition restreint sévèrement la capacité de l’État de dépenser et donc d’accroître les ressources productives sur son territoire – d’abord et avant tout la main-d’œuvre.

L’incapacité de maintenir le plein emploi permanent entraîne des pertes de capacités et la dégradation générale de l’environnement socio-économique.

Le taux de chômage est en effet corrélé avec le taux de criminalité (Raphael et Winter-Ebmer 2001), le suicide (Norström et Grönqvist2015), le taux de mortalité en général (Martikainen 2000), les symptômes psychiatriques (Urban1997) et très probablement l’inefficacité due à la stratification sociale, autant de facteurs qui ne sont pas tous favorables au développement industriel.

En cas de dépendance financière, l’État local est devenu de facto un subordonné économique du monopole d’État de la monnaie étrangère spécifique à laquelle le taux de change est fixé ou du producteur-propriétaire du produit principal.

De plus, dans le cas où le point d’ancrage est une marchandise, le besoin en devises étrangères, besoin qui n’est pas réciproque, amène l’État local dans une position similaire à celle de l’agent économique privé qui est imposé : le besoin de devises se traduit par l’offre de ressources réelles en échange de celles-ci.

Cette fourniture de ressources réelles ne signifie pas nécessairement l’exportation directe d’un État vers l’autre, mais l’exportation du pays local – y compris le secteur privé national – vers celui qui, dans le secteur étranger, dispose de la ressource.

Le résultat final est que l’État étranger monopoliste de la devise est confronté à une augmentation du désir net étranger d’épargner sa devise, ce qui implique un niveau d’importation plus élevé pour un niveau d’exportation donné, c’est-à-dire de meilleurs termes d’échange réels pour le pays et une capacité accrue de contrôle des ressources réelles pour l’État.

D’autre part, le pays qui adopte la monnaie étrangère, ou le taux de change fixe, est devenu dans une certaine mesure dépendant des exportations. La dépendance financière est donc une forme spécifique de dépendance à l’égard des exportations.

2.4.2 Autonomie financière24

L’autonomie financière se définit ici comme la situation dans laquelle l’État exerce un contrôle total sur la devise qu’il utilise, ce qui signifie qu’il en est le seul fournisseur – le monopoliste – en régime de taux de change flottant sans aucune dette en devise étrangère.

Dans une telle situation, grâce à la politique budgétaire, l’État peut toujours améliorer la pleine utilisation des ressources productives destinées à la vente dans sa devise (en premier lieu et pour la plupart des travailleurs), quelle que soit la position extérieure du pays.

En effet, dans ce cas, il est possible de concevoir un cadre structurel qui met en mouvement les forces du marché favorisant le développement économique en termes de productivité du travail et d’ECI.

Le cadre structurel que nous venons d’évoquer a deux composantes complémentaires et au moins quatre implications systémiques principales.

Deux composantes complémentaires

Les deux composantes sont la finance fonctionnelle pour le plein emploi et la garantie d’emploi.

La finance fonctionnelle (Lerner 1943) pour le plein emploi (Forstater 1999) est ici définie comme la politique dans laquelle le monopoliste monétaire fixe les conditions d’échange de la devise, pour ainsi dire le prix, et laisse la quantité s’ajuster pour satisfaire la demande monétaire25– c’est-à-dire le désir net d’épargne du secteur non gouvernemental26. Cela signifie que l’État utilise le déficit public avec souplesse pour maintenir le plein emploi.

Dans le cadre de cette approche de politique budgétaire, la garantie d’emploi27 (GE) est un stock tampon d’emplois qui permet à toute personne capable et désireuse de travailler d’accéder à un travail générique. En d’autres termes, il s’agit d’une politique permanente qui offre un accès inhabituel à la devise nationale à un taux de change fixe sans aucune contrainte quantitative. De cette manière, la GE atténue la discrimination dans l’accès à la devise28.

Cette atténuation est susceptible d’affecter la répartition démographique sur le territoire, les migrations internes, l’immobilier et d’autres biens et services, ainsi que les différences de prix entre « centres et zones rurales » sur le territoire du pays.

Avec la GE en place, l’offre de devise est spatialement moins concentrée et le territoire serait moins un filtre pour la devise circulant principalement des grands centres, par exemple la capitale, vers les plus petits pour ensuite atteindre les zones rurales les plus périphériques avec, sans aucun doute, plusieurs implications en termes de congestion urbaine, d’inefficacité du temps de trajet et autres.

Le tableau d’ensemble résultant des deux politiques que nous venons de présenter consiste donc à faire en sorte que la main-d’œuvre soit en permanence au plein emploi et répartie dans trois secteurs : le secteur public traditionnel, le secteur privé et la garantie de l’emploi. Les trois secteurs n’ont pas le même déterminant et la même dynamique.

La taille traditionnelle du secteur public – bien sûr en termes d’employés – est déterminée a priori par l’État et ne peut être évincée. L’État gère le niveau des impôts de manière à garantir un niveau d’épargne privée nette toujours suffisant afin de permettre à l’État de se doter d’une telle main-d’œuvre.

La taille du secteur public traditionnel est déterminée en fonction de la décision politique et des activités dans lesquelles l’État doit intervenir directement.

La taille du secteur privé est, d’autre part, déterminée par la combinaison de deux variables : d’un côté le désir net d’épargne du secteur privé, de l’autre la décision de l’État sur le niveau de taxation et la taille du secteur public traditionnel. Comme nous le savons (Minsky 1992), le secteur privé est dynamique et a tendance à alterner une période d’expansion économique euphorique, liée à l’expansion du crédit – c’est-à-dire une diminution du désir d’épargne nette privée, et une période de récession.

Un régime fiscal très progressif peut aider à limiter le changement de taille du secteur privé, mais ce dernier demeurerait toujours dynamique dans sa taille.

Pour maintenir un plein emploi permanent et décent29, il doit y avoir un stock tampon marginal d’emplois qui absorbe ce changement de taille du secteur privé. La garantie d’emploi est ce stock tampon d’emplois qui, du fait même de cette fonction de stock tampon, peut être évincée à la fois par le secteur privé et par l’expansion traditionnelle du secteur public.

Le fait d’être un stock tampon signifie également qu’elle ne pourrait pas atteindre une taille nulle, faute de quoi elle perdrait sa capacité à fixer le terme d’échange de la devise à la marge. La GE est en effet un outil de maximisation des prix et de stabilité du taux de change (Mosler 1997) (Mosler et Silipo 2017) : le monopoleur fixant le prix de la devise nationale à la marge fixe sa valeur en termes d’heures de travail qui, en l’absence de changement majeur improbable de valeur relative entre travail et marchandises, maximise la stabilité des prix et la stabilité du taux de change. La fluctuation du taux de change par rapport à la valeur relative entre le terme d’échange de la bonne devise nationale et celui de la monnaie locale pourrait être causée pratiquement uniquement par un changement dans le terme d’échange effectué par l’État étranger à la marge.

Quatre implications systémiques

En ce qui concerne les quatre implications systémiques les plus pertinentes du cadre structurel pour le développement industriel, on peut citer les suivantes : élimination des pertes de capacités dues au chômage, diminution de la viscosité de la transition de la main-d’œuvre, plus grande marge financière pour la politique industrielle.

Élimination des pertes de capacités dues au chômage : le chômage a deux implications principales en termes de capacités. D’un côté il empêche l’ouvrier de développer les capacités, de l’autre il les dégrade. Le maintien du plein emploi, comme point de logique, éliminerait la perte due au chômage et mettrait les meilleures conditions pour améliorer le développement et l’accumulation de nouveaux emplois.

Diminution de la viscosité de la main-d’œuvre : le développement économique implique la restriction de la taille d’un secteur en faveur d’un autre. En effet, en raison d’une saine concurrence, il faudrait qu’il y ait une entreprise dont la taille augmenterait et une autre dont la taille diminuerait ou disparaîtrait.

La combinaison de la finance fonctionnelle et de la GE permet d’éviter une grave récession systémique qui empêcherait le taux de chômage d’augmenter, mais elle ne peut éviter le changement nécessaire dans la répartition de la main-d’œuvre – à la fois au niveau des entreprises et au niveau sectoriel – qui est intrinsèque au développement économique.

Ce qu’ils font au contraire, c’est promouvoir un scénario dans lequel la réduction de la taille d’un secteur industriel – ou d’une entreprise – est compensée par l’élargissement des autres. En d’autres termes, un changement de lieu de travail ne peut plus impliquer une période de chômage involontaire.

Cela devrait contribuer à réduire au minimum le coût social de la transition et la résistance sociale qui y est associée, ce qui permettra à l’entreprise de réagir plus facilement aux nouvelles possibilités d’expansion en créant de nouveaux emplois. Un stock tampon d’emploi est en effet un stock tampon plus liquide qu’un stock de chômage (Mosler 1997) (Mosler et Silipo 2017).

Concurrence sur la plus-value relative : la GE fixe une norme minimale sur le marché du travail en termes d’intensité de travail, de conditions de travail et de salaire horaire.

C’est parce qu’en assurant l’accès universel à un emploi dans un cadre spécifique, aucun travailleur ne peut être obligé d’accepter une offre à une condition inférieure. La GE est donc un outil assez précis pour définir le paramètre à l’intérieur duquel la force du marché du travail va interagir. Les entreprises sont donc en concurrence pour attirer les travailleurs puisqu’il n’y a pas d’offre de main-d’œuvre excédentaire par rapport à la demande de main-d’œuvre en deçà de la norme GE. Dans un tel environnement du marché du travail, une forte pression s’exerce en faveur des technologies économes en main-d’œuvre, ce qui se traduit par une diminution du temps de travail socialement nécessaire30 pour les produits. Le plein emploi fournit donc une direction spécifique au développement du capitalisme, excluant la dynamique capitaliste a priori fondée sur la contraction du niveau de vie des travailleurs – dans un autre monde plutôt que sur une augmentation de l’extraction de plus-value absolue.

Chapitre 3 – LE PROTOCOLE

Ce dernier chapitre affichera le protocole sur lequel toutes les pages précédentes visaient à mettre le décor. Le protocole se compose de deux étapes principales : la sélection du secteur et le développement du secteur.

3.1 Sélection du secteur

Étant donné que l’espace produit n’est pas homogène dans la répartition de la complexité des produits et que le secteur privé a tendance à choisir des secteurs proches et rentables, sans tenir compte des avantages systémiques en termes de gain d’opportunité31, il existe un risque sérieux pour un pays de se retrouver coincé dans un maximum local en termes de complexité. Pour cette raison et pour d’autres liées au bénéfice systémique d’un pays, par exemple en termes d’innovation, l’État doit mener une politique industrielle active visant à promouvoir le progrès de la structure économique.

Hausman et d’autres (2014) ont proposé, en fonction de l’espace produit, deux méthodes pour identifier les productions qu’il serait stratégique de cibler pour une structure économique donnée. Le présent travail prolongera l’un d’entre eux en ajoutant des critères qui tiennent compte de l’aspect innovation du développement économique et en introduisant une boîte à outils pour définir le rôle que l’État devrait jouer pour promouvoir les secteurs sélectionnés.

Pour commencer, la sélection utilisée ici comme point de départ, est faite en normalisant le gain d’opportunité, la complexité de chaque produit et l’inverse de la distance. La normalisation produit une variable synthétique qui combine les trois variables avec une variance de un et une moyenne de zéro. Le poids accordé à chaque variable est un choix politique. Ceci étant dit, il faut souligner que, pour ce qui concerne les pays ayant un ICE élevé, différentes pondérations sont susceptibles de fournir des résultats similaires. Il en est nécessairement ainsi car, en cas d’ICE élevé, il y a, en toute logique, peu de produits dont l’ICP est supérieur à l’ICE du pays et qui ne sont pas encore fabriqués par ce dernier. Les produits dont l’ICP est inférieur à l’ICE du pays devraient toujours être exclus de la sélection, bien entendu à titre prioritaire.

Moins l’importance accordée à la « distance » dans le processus de normalisation sera importante, plus l’approche politique32 sera audacieuse. C’est ainsi parce que plus de distance signifie plus de lacunes à combler pour pouvoir fabriquer un nouveau produit.

Bien entendu, plus l’ICE d’un pays est faible, plus il est logique d’accorder un poids plus élevé au gain d’opportunité que dans le cas d’un pays à ICE élevé, puisque le premier dispose évidemment d’une marge de diversification beaucoup plus importante que le second.

Le revers de la médaille est qu’il est plus souhaitable que les pays à forte ICE accordent plus d’importance à la complexité que les pays à faible ICE.

Cela dit, dans le cas d’un pays dont l’ICE est très faible, un processus distinct d’élaboration des politiques devrait tenir compte de variables supplémentaires qui contribuent à façonner la sélection afin de concevoir la politique plus comme la première étape d’une série que comme un saut en longueur ponctuel. Dans ce cas, en effet, les variables à prendre en compte sont le nombre d’écosystèmes auxquels un produit contribue et la centralité de l’entre-deux : une mesure du nombre de chemins les plus courts qui passent par un produit ().

Le présent travail se concentrera plutôt sur les pays qui ont déjà connu une industrialisation dans le secteur primaire et qui sont intéressés non seulement par le rattrapage mais aussi par l’innovation.

Compte tenu des 50 premiers pays en termes de variable normalisée, il sera suggéré dans ce travail de faire une sélection plus stricte pour distinguer les secteurs qui ont une valeur en termes de rattrapage et ceux qui ont une valeur également en termes d’activité d’innovation. Ce faisant, deux groupes de secteurs ayant un niveau d’importance stratégique différent seront définis.

Du côté de l’innovation, il convient de rappeler qu’il existe des secteurs spécifiques dans lesquels l’effort d’innovation est plus important que d’autres et, comme l’a constaté Pavit (1984), ces secteurs sont également des fournisseurs nets d’innovation pour les autres secteurs . Bogliacino et Pianta (2016) ont constaté que la taxonomie Pavitt pour ce qui concerne l’effort d’innovation et Castellacci (2008) que le fournisseur net d’innovation n’a guère changé. Il s’agit des secteurs dits « scientifiques », auxquels s’ajoutent quelques secteurs « fournisseurs spécialisés » et le secteur « véhicule » des « secteurs à forte intensité d’échelle et d’information », dont la liste figure à la fin de la présente section.

Certes, il y a un certain degré d’arbitraire dans le choix de l’emplacement exact de la frontière entre un secteur innovateur et un secteur non innovateur. Il est possible qu’à l’avenir, les résultats se déplaceraient partiellement vers certains secteurs en termes d’innovation, mais il est peu probable que cela se produise très rapidement et de manière radicale.

Il convient de souligner que l’espace produit n’a pas encore pris en compte le secteur des services, une politique industrielle spécifique séparée orientée vers ce secteur devrait être définie. Une fois que l’espace produit intégrera complètement le secteur des services, d’abord et pour la plupart des technologies de l’information, le protocole décrit ici intégrera également le secteur des services.

La politique industrielle peut aller au-delà de la simple promotion du progrès économique, elle peut aussi lui donner, dans une certaine mesure, une orientation : un objectif concret. Ce fut le cas chaque fois que l’État a visé un objectif ambitieux et très concret d’un point de vue productif : la bombe nucléaire, la course à l’espace, la course à la lune, le développement d’un système de communication alternatif (qui a mené à Internet) (Mazzuccato 2016, 2018).

Étant donné l’audace d’une telle mission productive, un ensemble de produits semble nécessaire pour atteindre l’objectif. Nous définirons comme grands secteurs stratégiques les secteurs qui se situent à la fois dans les groupes de secteurs innovateurs et dans les secteurs supérieurs choisis en fonction de l’espace produit et ceux qui sont fonctionnels à la mission.

Les autres secteurs sélectionnés avec la variable normalisée qui ne sont pas des secteurs stratégiques majeurs devront répondre à deux critères supplémentaires pour être pris en compte et quand cela se produira sera défini comme « stratégique normal ». Tout d’abord, ils devront avoir un taux de croissance moyen non négatif au niveau du commerce mondial au cours des cinq dernières années. Il est en effet à la fois plus difficile et moins souhaitable de développer un produit dont le marché se contracte. Deuxièmement, les secteurs devront être déjà importés nets par le pays, afin d’être sûrs d’avoir un minimum de marché intérieur pour commencer. Ce deuxième critère limite à la fois la dépendance actuelle à l’égard des importations et l’émergence éventuelle d’une dépendance à l’égard des exportations.

LES SECTEURS INNOVATEURS :

Base scientifique :

Produits chimiques

Machines de bureau

Fabrication d’équipements et d’appareils de radio, de télévision et de communication.

Communications

Informatique et activités connexes

Recherche et développement

Fournisseurs spécialisés

génie mécanique

la fabrication de machines et d’appareils électriques n.c.a.

Fabrication d’autres matériels de transport

Intensité d’échelle et d’information

Raffinage d’huiles minérales, coke et combustible nucléaire

Véhicules à moteur

3.2. Développement du secteur

Le paradigme fondé sur l’espace produit est très utile pour la sélection des productions à cibler, mais il ne fournit aucun outil à l’État pour promouvoir réellement ces secteurs.

L’un des objectifs de ce travail est précisément d’étendre le modèle également dans ce sens. Pour ce faire, les contributions de deux auteurs principaux seront combinées: Peter Evans et Marianna Mazzuccato.

Pour commencer, il est nécessaire d’examiner spécifiquement les capacités de l’État actuel. En d’autres termes, ce que l’État fait déjà activement. En effet, les caractéristiques sectorielles, comme nous allons l’expliquer sous peu, aident à comprendre quel rôle sera vraisemblablement efficace, mais ce sont la capacité de l’État et la rapidité avec laquelle il est possible de l’améliorer qui déterminent si et comment ce rôle peut être joué.

Si les capacités nécessaires pour jouer ses rôles ne sont pas déjà réparties dans l’État et si elles ne risquent pas de devenir les caractéristiques de l’ensemble de la structure dans un avenir proche, il est peut-être possible de créer une poche d’efficacité qui puisse jouer le rôle nécessaire pour le développement industriel. En outre, les efforts visant à créer un environnement favorable au développement de secteurs spécifiques pourraient être concentrés géographiquement, sur une liste initiale, sur une surface de serre réduite. Un exemple historique de cette situation a été enregistré au Brésil depuis la fin des années 50 (Evans 1976). Bien sûr, il existe de nombreuses situations dans lesquelles l’État dispose de très faibles capacités pour des raisons historiques (souvent liées à un passé colonial), mais si un pays a déjà pu passer par un processus d’industrialisation, il a nécessairement déjà acquis une certaine expérience avec divers rôles.

Le prototype de l’efficacité de l’État du point de vue de la politique industrielle est le Ministry of International Trade and Industry (MITI), l’un des facteurs clés du progrès de l’industrie japonaise depuis la Seconde Guerre mondiale. En résumant certaines caractéristiques du MITI, il est possible de comprendre quels sont celles qui sont nécessaires pour mettre en œuvre avec succès une politique industrielle. Pour commencer, le MITI était une institution extrêmement sélective et méritocratique qui attirait les meilleurs étudiants du pays et dans laquelle seul un très petit pourcentage de candidats était effectivement capable d’obtenir le poste. Les salaires étaient compétitifs avec ceux des postes privés exigeant le même niveau de compétences, les carrières n’étant pas déterminées par des liens politiques ni cohérentes dans leur développement, elles favorisaient donc l’épanouissement des capacités. Certains postes ont été maintenus suffisamment longtemps pour que les gens puissent assimiler et développer les connaissances qui y sont liées et, juste après, ils ont été relocalisés dans un autre poste où les connaissances acquises seraient plus utiles et où d’autres compétences pourraient être développées. De plus, la poursuite à long terme d’un projet collectif était récompensée et le travail était organisé en petits réseaux bureaucratiques: un petit groupe de bureaucrates individuels liés à un petit groupe d’entreprises individuelles. En plus de cela, il existait des réseaux informels internes et externes très denses avec un caractère sain en raison de la sélection stricte des entrées.

Le MITI lui-même n’était pas directement dépendant de partis politiques ou de personnalités spécifiques, ce qui le protégeait des blessures et des tensions politiques ou des changements de gouvernement. Autrement, le MITI a pu définir ses propres objectifs et sa stratégie de manière efficace et dans des délais prévisibles, grâce à son lien intersectoriel dense avec le secteur privé dans cette combinaison de cohérence d’entreprise et de connectivité que Peter Evans appelle «l’autonomie intégrée» (Evans 1995).

Cette  » autonomie enracinée  » et son leadership économique reconnu lui ont permis de trouver une solution qu’il aurait été difficile pour le secteur privé de trouver seul et qui a contribué à créer le projet de transformation conjoint entre l’État et certains groupes sociaux dont est issu le succès du Japon.

Toutes ces conditions ont contribué à construire un très haut prestige, un sentiment d’appartenance, un environnement d’engagement non hostile au risque qui pouvait s’appuyer sur une mise en œuvre privée décentralisée de ses politiques.

Dans le processus d’évaluation des capacités actuelles d’un État, il est obligatoire d’examiner les caractéristiques des entreprises publiques en termes de produits, de taille, de structure et de lien avec le reste de l’économie ainsi que les capacités actuelles de l’administration publique en termes de ministères et de bureau statistique.

Il faut se demander dans quelle mesure l’État peut contrôler quels intrants, par exemple l’énergie ou les ressources naturelles, et quel produit il achète directement à la structure économique locale et au reste du système mondial. Cela dit, comme nous le verrons plus loin, de nombreux rôles importants que l’État peut jouer ne doivent pas nécessairement impliquer l’État en tant que producteur.

La production directe par l’État est appelée « Demurage » et c’est un choix obligé juste en dessous de l’hypothèse forte de l’insuffisance du secteur privé local. Ce rôle est plus susceptible d’être le plus adapté aux barrières à l’entrée les plus élevées, par exemple les coûts fixes gigantesques, la technologie n’étant pas détenue par quelques grandes entreprises étrangères, elle est relativement accessible, et elle est assez stable dans le temps. Le secteur archétypique qui suit cette caractéristique est le fer qui a en fait été produit avec succès directement par l’État, même en situation de retard dans la structure économique. Pour ne citer que quelques cas, l’URSS dans les années 30, la Corée du Sud de 1968 à 1997 avec POSCO et l’Inde et le Brésil dans les années 50 et 60 (Evans 1995).

Les deux autres rôles que l’État peut jouer sont la profession de « sage-femme » et l’élevage. La première consiste à aider le nouvel entrepreneur à entrer dans un secteur, la seconde à cultiver, nourrir et stimuler les forces entrepreneuriales déjà présentes. Certaines politiques peuvent faire partie des deux rôles, d’autres sont plus spécifiques à l’un des deux.

Une des politiques communes aux deux rôles est la structuration de la concurrence technologique. Cela peut se faire en protégeant les producteurs locaux contre les concurrents étrangers – avec des tarifs et des quotas -, en limitant le nombre de modèles d’un produit spécifique qui est autorisé à fournir, en introduisant des subventions fiscales subordonnées à l’expansion de la production et à l’utilisation des opportunités techniques, en concevant des zones de serre en concurrence entre elles, en jouant le rôle de demiurge pour des tâches complémentaires plus risquées, en indiquant le soutien des États à l’accès au crédit ou autres. Dans aucun de ces cas, l’État, en dehors de la démiurge, n’est tenu d’intervenir en matière de micro-gestion.

Une politique de mise en forme du marché qui relève exclusivement du rôle de l’élevage est la limitation du nombre d’entreprises concurrentes. La raison d’une telle politique pourrait être la présence dans le secteur spécifique des économies d’échelle qui ne pourrait pas être exploitée sous une certaine part de marché étant donné la taille du marché intérieur.

Pour ce qui est de la profession de sage-femme, ce rôle consiste principalement à réduire le risque privé. Pour ce faire, l’État peut assurer des conditions stables et favorables en termes d’approvisionnement en intrants et d’absorption de la production. En effet, une politique spécifique d’approvisionnement en matières premières, en énergie et autres matières premières, en travailleurs qualifiés, en R&D peut être gérée par l’État et, d’autre part, dans certains cas, l’État peut garantir une taille minimale du marché en absorbant directement une partie de la production. Ces politiques, éventuellement accompagnées d’un accord ad hoc pour accéder au marché intérieur, peuvent être utilisées pour inciter les sociétés transnationales à créer des coentreprises avec des capitaux locaux, l’État lui-même ou les deux en même temps. Cela s’est avéré être un moyen utile de transférer le savoir-faire technologique à la structure économique locale. Le savoir-faire technologique est en effet souvent tacite et ne s’acquiert pas entièrement par le seul achat de biens d’équipement, de brevets ou d’ingénierie inverse. En cas d’intervention directe de l’État, il est important que tout risque pris par l’État soit récompensé par l’État lui-même. Dans le cas d’une coentreprise, il devrait s’agir d’une participation dans la propriété et la gestion, dans les autres cas, il pourrait s’agir d’un rendement financier avec un mécanisme de génération de rendement (Mazzuccato 2016, 2018)33.

Bien entendu, le cas d’une coentreprise avec une entreprise transnationale – ou de l’acquisition stratégique de l’une d’entre elles par l’État – pourrait également être utilisé comme politique agricole.

Il existe un dernier rôle qui peut être joué par l’État, celui de gardien. Il s’agit principalement d’un rôle réglementaire qui peut être joué à différents degrés et qui est susceptible de fonctionner en particulier dans les secteurs où les barrières à l’entrée sont relativement faibles. C’est en fait le rôle joué par un État minimaliste, bien qu’il puisse aller bien au-delà.

Comme il sera clair sous peu, le rôle de gardien peut être une composante du rôle de sage-femme ou d’éleveur, mais il pourrait y avoir quelque chose de plus. Par exemple, relève de l’activité de dépositaire qui vise à limiter la taille de l’investissement étranger direct pour limiter la propriété étrangère des moyens de production au seul cas où elle est justifiée par un transfert technologique approprié ; sont également considérées comme dépositaires toutes les actions empêchant les capitaux privés d’exercer une activité indésirable ou inappropriée susceptible d’être liée à un risque de maladie hollandaise, de monopole naturel ou d’activité impliquant une dépendance indésirable en termes d’importation ou d’exportation.

La taxonomie précédente sur le rôle de l’État a été introduite par Peter Evans (1995) mais Evans n’a pas reconnu un rôle supplémentaire qui sera appelé ici l’étoile polaire.

Comme l’a souligné Mazzuccato ( 2016, 2018) l’État a le pouvoir de fixer l’orientation du changement ne se limitant pas à la sélection des secteurs en définissant une direction concrète : des objectifs concrets, que l’on peut appeler mission, impliquant une série de secteurs, traduisible en problème concret décomposable en tâche spécifique. C’est un objectif techniquement audacieux et clair permettant un investissement à long terme conduisant à un résultat mesurable de leur succès dans un délai planifié.

3.3. Sélection du secteur pour l’Italie

L’atlas de la complexité économique fournit les 50 premiers produits selon la variable normalisée. Le changement du poids de la complexité, du gain d’opportunité et de l’éloignement d’un pourcentage de 15/25/60 respectivement à 20/35/45 secteurs reste inchangé pour une raison déjà expliquée précédemment liée à la forte ICE du pays. La liste des 50 premiers a été publiée sur le site web de l’atlas de la complexité économique34.

La mission que l’État définit est la réduction de la dépendance énergétique à l’égard des importations et de la dépendance à l’égard des combustibles fossiles. Cette mission se traduit par une réduction de l’intensité énergétique du PIB, une réduction de l’intensité énergétique moyenne des importations et une augmentation de la capacité de production d’énergie renouvelable du pays. De ces objectifs spécifiques peuvent découler des projets spécifiques tels que la construction d’un réacteur nucléaire Tokamak pour l’approvisionnement en énergie civile et le développement de petites centrales hydroélectriques afin de les rendre optimales pour l’exploitation également des canaux et des rivières. Le premier sous-projet pourrait entraîner une participation accrue au méga-projet ITER : l’effort international pour la construction d’un réacteur nucléaire de fusion Tokamak expérimental qui devrait servir de base au futur réacteur nucléaire de fusion pour l’approvisionnement en énergie civile35.

Les secteurs de la liste des 50 premiers qui doivent être impliqués dans une telle mission et qui sont inclus dans la liste des secteurs innovants seront définis comme des secteurs stratégiques majeurs. Ces grands stratégiques ont été identifiés avec l’appui de l’Ingénieur Daniele Busi, étudiant diplômé du Politecnico di Milano actuellement en thèse à l’Istituto de Fisica del Plasma de Milan qui fait partie du CNR (Consiglio Nazionale della Ricerca).

Les secteurs stratégiques majeurs sont les suivants : éléments chimiques pour l’électronique, microscope, instrument d’analyse physique et chimique, lubrifiants, électro-aimants, balance avec sensibilité < 50 milligrammes. Il convient de souligner que les électro-aimants sont des composants essentiels de tout système qui utilise le mouvement pour produire de l’électricité, donc pas seulement la fusion nucléaire, et que partout où vous avez des électro-aimants utilisés pour la création d’énergie, vous devez avoir le meilleur lubrifiant pour que le rotor et le stator fonctionnent aussi efficacement que possible. Il faut également souligner que les lubrifiants sont les produits qui, dans le top 50, ont le plus grand nombre de connexions primaires – une façon formelle de dire qui a de nombreuses capacités en commun – avec d’autres produits du top 50, y compris un produit stratégique majeur : l’instrument d’analyse physique et chimique.

Les autres secteurs de la liste des 50 premiers secteurs qui sont à la fois importés nets et qui ont connu une croissance mondiale non négative au cours des cinq dernières années sont les suivants : autres sels d’acide ; composés inorganiques, air liquide ou comprimé ; verre, fonte ou laminage, appareils et équipements pour laboratoires photographiques, n.e.c, cermets, microscopes, autres qu’optiques, halogénures de produits laminés plats non métalliques, produits laminés plats d’autres aciers alliés d’une largeur > 600 mm, hydroxydes ou proxydes de magnésium ; articles en verre de laboratoire, hygiéniques ou pharmaceutiques, silicone sous forme primaire ; hybrides, nitrures, azides, silicures et brobures, produits laminés plats de < 600 mm, polymères acryliques.

Les politiques visant à promouvoir le développement du secteur susmentionné sont, dans le cas de l’Italie, fortement limitées par la dépendance financière italienne liée à la structure de la zone euro et à l’ADN néolibéral européen. Aucun plein emploi permanent ne peut être maintenu avec une telle restriction et la première chose à faire en termes de promotion du développement de la structure économique devrait probablement être de modifier ces restrictions, soit en restant dans la zone euro et dans l’UE, ce qui semble peu probable à ce stade puisqu’aucun pas n’a jamais été fait dans cette direction, soit en retrouvant une autonomie financière. Cela peut être fait puisque le monopole de la violence sur le territoire italien, et donc de la fiscalité, est contrôlé par le gouvernement italien. Un plan en ce sens a été présenté à l’Université de Bergame le 29 avril 201536.

En ce qui concerne la mise en œuvre effective, une combinaison du rôle précédemment présenté devrait être faite en fonction des critères exposés. Il convient de noter que l’état italien dispose d’entreprises et des institutions technologiques avancées et importantes dans les secteurs à forte intensité de connaissances scientifiques, de fournisseurs spécialisés, d’échelle et d’information qui constituent un point de départ très favorable pour l’élaboration d’une politique industrielle. Les plus importantes sont ENEL, ENI, LEONARDO FINMECCANICA, TERNA Ansaldo Energia, ENEA et CNR. En outre, il existe déjà des entreprises privées très petites mais très avancées, comme par exemple ASG supraconducteur, qui construit actuellement les aimants de l’ITER.

Conclusion

L’évolution technologique de la structure économique d’un pays est un phénomène historique qui a un impact et est influencé par des structures politiques, économiques et sociales internes et externes au pays. Il est nécessaire de les comprendre pour bien saisir la marge de manœuvre politique d’un État en matière de conception et de mise en œuvre de politiques industrielles. Du strict point de vue de la structure économique, le fait que l’espace produit ne soit pas homogène rend très souhaitable que l’État maintienne une vision systémique de cette structure économique afin d’éviter, d’une part, le « piège des capacités » et, d’autre part, de promouvoir le développement continu des capacités nécessaires à des productions toujours plus complexes et rentables.

Le présent travail a proposé un protocole pour sélectionner et développer le secteur en fonction de ce qui précède. Un exemple de sélection a été fait pour l’Italie et un examen préliminaire fondamental a été prévu pour la conception de la politique industrielle. Une éventuelle extension future de ce travail pourrait inclure des outils en kit pour lire avec précision la structure microéconomique de la partie privée de la structure économique et des secteurs ciblés souhaités. Plus précisément, la structure des coûts et le degré de stabilité technologique et d’étanchéité de l’entreprise transnationale. Une telle compréhension microéconomique est en effet nécessaire pour mener à bien la conception et la mise en œuvre des politiques. Ceci étant dit, l’entente que nous venons de mentionner pourrait être atteinte avec différents outils et devrait probablement être redéfinie périodiquement.

En effet, l’aspect microéconomique de la politique industrielle est quelque chose qui, dans une certaine mesure, est davantage lié à une dimension managériale pour laquelle ce travail veut mettre l’accent sur le lien avec le tableau d’ensemble, sans toutefois prétendre à la possibilité d’un degré comparable de généralisation scientifique et de codabilité entre le macro et le micro. Ces travaux pourraient donc représenter le noyau d’un effort transdisciplinaire plus vaste impliquant l’humanité dans une plus large mesure dans sa  » facette micro « .

Une autre dimension qu’il convient de développer est la dimension géographique interne, la dimension régionale, puisque les pays ne sont pas homogènes sur le plan interne dans leur structure économique, l’Italie ne fait pas exception, et la politique industrielle devrait également prendre en compte ce côté de l’histoire en introduisant dans le cadre politique la variable « espace » et en prenant en compte également un espace produit au niveau régional – qui n’est pas encore disponible actuellement.


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Notes

1 Voir Collier (1994) pour une qualification

2 En particulier l’hypothèse réductionniste rejetée dans le présent article est l’idée que toute la réalité puisse être la simple somme de ses parties et que la propriété du tout est la simple addition de chacune de ses composantes ; propriété sans aucune propriété-agence-fonction émergente.

3 Bien entendu, le sous-système peut présenter des caractéristiques très variées.

4 A l’exception de l’Antarctique qui, de quelque manière que ce soit, n’a pas de communauté reproductrice native et résidente permanente.

5 Le crédit ne change pas la position nette d’un sujet ; il permet simplement de diminuer sa position nette en augmentant son passif au lieu de diminuer son actif. Les dépenses ont toujours la volonté d’une unité de réduire sa position nette comme condition préalable, et une transaction concerne toujours le mouvement des actifs financiers nets entre unités.

6 Défini comme des actifs financiers nets, le montant des actifs excédant les passifs dans une unité de compte spécifique pour une unité comptable spécifique, en utilisant dans ce cas le secteur privé dans son ensemble comme unité comptable.

7 Dans le cas de l’arbitrage, il s’agit de l’achat et de la vente successive de devises en échange de biens ou de services réels. Dans le cadre présenté dans ce travail – en présence de la discrimination dans l’accès à la monnaie – l’arbitrage profite à la partie qui dans l’échange est la plus proche du monopoleur. La distance par rapport au monopoleur est le nombre de passages que la monnaie doit faire, en partant du monopoleur, pour arriver à un agent économique spécifique.

8 Les actifs financiers nets du secteur non gouvernemental peuvent être fournis uniquement par l’État qui a créé cette monnaie. Cet État est donc le fournisseur unique de la monnaie spécifique, c’est-à-dire son monopoleur.

9 Définis comme des actifs financiers nets dans une unité de compte spécifique. Quelque chose que les banques ne peuvent pas créer, mais simplement aider à bouger en fournissant du crédit. En effet, recevoir un prêt n’est pas la même chose que recevoir un paiement : le premier augmente votre position nette, le second ne l’augmente pas. L’achat, qui implique l’action de fournir à quelqu’un des actifs financiers nets, a besoin comme condition préalable de l’existence d’un sujet qui est disposé à diminuer sa position financière nette. Position nette définie comme l’actif par rapport au passif, que, là encore, les banques n’augmentent pas en créant un prêt.

10 L’euro est un cas de taux de change flottant où le monopoleur est la consolidation des trésors de tous les États membres et de la BCE.

11 Avoir un désir d’épargne nette signifie être prêt à vendre plus que ce que nous sommes prêts à acheter.

12 En ce qui concerne les produits qui font partie d’une chaîne de valeur internationale (qui ne font donc qu’une phase de production dans un pays), les capacités incorporées dans le produit devraient être diminuées par celles incorporées dans l’importation nécessaire à sa production.

13 Plusieurs des produits inclus dans ces catégories ont un lien primaire. Bien que la taxonomie utilisée dans (Neave O’Clery et autres 2018) ne soit pas exactement la même que celle utilisée dans l’espace produit – celle de l’espace produit est beaucoup plus précise dans la définition des produits – le lien principal entre plusieurs types de machines, composés et lubrifiants est clair.

14 Il en résulte par exemple ce qu’une alliance militaire, ou le traitement d’une guerre, pourrait impliquer : nous pourrions penser à la contrainte politique qui pèse sur la Corée du Nord en raison d’une action militaire américaine potentielle ou à ce à quoi l’Italie a été poussée à participer en raison de son adhésion à l’OTAN.

15Le secteur défini par Anwar Shaik est un système productif intégré verticalement qui produit un produit. Comme nous savons que les processus productifs sont souvent internationaux, lorsque nous parlons d’un pays, nous le définissons comme la partie du système productif intégré verticalement présente dans la structure économique du pays.

16 Tel que défini par l' »Atlas de la complexité économique » : « une mesure de la capacité d’un emplacement à entrer un produit spécifique. Une distance de produit de (0 à 1) vise à saisir l’étendue des capacités existantes d’un emplacement pour fabriquer le produit, telle que mesurée par le degré de parenté entre un produit et ses exportations actuelles.

17 La dépendance à l’égard des combustibles fossiles est également calculée en cas de dépendance à l’égard des exportations. Elle a été introduite ici parce qu’il y a plus de pays qui sont importateurs nets de combustibles fossiles que de pays qui en sont exportateurs nets.

18 Le raisonnement exposé ici n’a rien à voir avec une « demande globale » générique et des déséquilibres commerciaux génériques comme c’est le cas dans le travail précurseur de (Thirlwall 1979) sur les soi-disant « contraintes de balance des paiements » qui ne comprend pas la monnaie comme un monopole, ne fait aucune différence entre un régime de change fixe et a donc un moyen assez grossier d’expliquer la dynamique des changes.

19 Le pétrole de la plus haute qualité est extrait en mer du Nord écossaise.

20 https://www.youtube.com/watch?v=5QU4lg6a7jQ

21 Par exemple de l’or et/ou de l’argent.

22 Par contrôle total, on entend l’absence de limite nominale pour le budget de l’État.

23 La chose à laquelle le taux de change est fixé.

24 Également dénommée « souveraineté monétaire ».

25 L’offre et la demande de devise nationale dans la MMT concernent les actifs financiers nets et sont donc différents des actifs bruts habituels. Les actifs financiers nets du secteur privé – résidents et non résidents – sont égaux à la dette publique, plus l’offre de monnaie nationale que la banque centrale a utilisée pour acheter des devises ou des actifs réels ou le montant du surprix payé pour les actifs financiers. A cela s’ajoute un découvert permanent non garanti sur son compte en faveur de quiconque dans le secteur non gouvernemental. Pour la plupart des pays, la dette publique est un très bon indicateur de ce qu’est l' »offre de devise nationale » pour la MMT.

26 Le secteur non gouvernemental est le complexe de tous les acteurs économiques hors trésorerie et de la banque centrale d’une devise spécifique.

27 Parfois aussi appelé « employeur de dernier recours » (ELR) – même si ce n’est pas toujours avec des références au concept de devise nationale en tant que monopole public – ou « politique de stock tampon du travail ».

28 Il peut toujours y avoir de la discrimination en raison de l’écart en terme d’échange avec les dépenses autres que celles de la GE de l’État. En d’autres termes, il est toujours possible que l’État dans les dépenses autres que celles de la GE paie avec des prix différents les mêmes choses de deux fournisseurs différents.

29 Défini ici comme 0% du taux de chômage involontaire pour les emplois dont le salaire est inférieur au seuil de pauvreté absolue.

30 On pourrait aussi parler d’une augmentation de la productivité ou d’une diminution du temps de travail intégré vertical pour le produit.

31 Opportunity Outlook Gain « Mesure combien un emplacement pourrait bénéficier de l’ouverture de futures opportunités de diversification en développant un produit particulier. Le gain de perspectives d’opportunité quantifie comment un nouveau produit peut ouvrir des liens vers des produits plus nombreux et plus complexes. » ( http://atlas.cid.harvard.edu)

32Pour une raison évidente, nous refusons le compromis proposé sur ce point par Hausman entre chômage et distance. Le plein emploi peut toujours être maintenu dans un pays financièrement autonome.

33 Quelque chose comme le Yozma en Israël, l’In-Q-tel aux États-Unis ou le SITRA en Finlande.

34 (http://atlas.cid.harvard.edu/countries/111/product-table )

35 Le réacteur de fusion nucléaire Tokamak possède une source pratiquement infinie de combustible (tritium et deutérium) et ne produit pas de déchets hautement radioactifs à long terme.

36 https://www.youtube.com/watch?v=nUl9R95CErI


Texte original : mmt-france.org

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