4ème escroquerie : la Sécurité Sociale est en panne

Warren Mosler

2012

VALANCE CO., INC.,

Traduction par Robert Cauneau – MMT France


Escroquerie innocente et mortelle n°4

La Sécurité Sociale est en panne

Les Faits

Les chèques de l’État fédéral ne sont pas sans provision.

S’il y a une chose que tous les membres du Congrès croient, c’est que la Sécurité Sociale est en panne. Le président (élu) Obama a dit que « la monnaie ne sera pas là », le président Bush a utilisé le mot « faillite » quatre fois en une journée et le Sénateur McCain affirme souvent que la Sécurité Sociale est en panne. Ils ont tous tort.

Comme nous l’avons déjà dit, l’État n’a jamais disposé ou ne dispose pas de sa propre devise. Il dépense en changeant les chiffres de nos comptes bancaires. Cela inclut la Sécurité Sociale. Il n’y a pas de contrainte opérationnelle à la capacité du gouvernement de faire face à tous les paiements de Sécurité Sociale en temps opportun. Peu importe les chiffres qui figurent dans le compte de la Trust Fund de la Sécurité Sociale, parce que le Trust Fund n’est rien d’autre que la tenue de registres comptables, comme tous les comptes à la Fed.

Lorsque le moment d’effectuer les paiements de la Sécurité Sociale arrive, tout ce que l’État a à faire est d’augmenter les chiffres dans les comptes du bénéficiaire, puis de les diminuer dans les comptes du Trust Fund pour garder trace de ce qu’il a fait. Si le solde du Trust Fund devient négatif, qu’il en soit ainsi. Cela ne fait que refléter les chiffres qui sont modifiés au fur et à mesure des paiements aux bénéficiaires.

L’une des principales discussions à Washington est de savoir s’il faut privatiser ou non la Sécurité Sociale. Comme vous pouvez le deviner maintenant, cette discussion n’a aucun sens, alors permettez-moi de commencer par là et de passer ensuite à autre chose. Qu’entend-on par privatisation de la Sécurité Sociale, et quel effet cela a-t-il sur l’économie et sur vous en tant qu’individu ?

L’idée de la privatisation est la suivante :

1. Les taxes et les prestations de Sécurité Sociale sont réduites.

2. Le montant de la réduction des taxes est utilisé pour acheter des actions spécifiques.

3. Comme l’État percevra beaucoup moins de taxes, le déficit budgétaire sera d’autant plus élevé, et l’État devra donc vendre encore plus de titres du Trésor pour « payer tout cela » (comme on dit).

C’est bon ? En des termes plus simples :

– Vous avez été moins prélevé sur votre salaire pour la Sécurité Sociale chaque semaine.

– Vous pouvez utiliser les fonds qu’ils ne vous prennent plus pour acheter des actions.

– Plus tard, vous toucherez un peu moins de prestations de Sécurité Sociale lorsque vous prendrez votre retraite.

– Vous posséderez des actions qui, espérons-le, deviendront supérieures aux prestations de Sécurité Sociale auxquelles vous avez renoncé.

Du point de vue de l’individu, cela ressemble à un compromis intéressant. Les actions que vous achetez n’ont qu’à remonter modestement au fil du temps pour que vous ayez une longueur d’avance.

Ceux qui sont en faveur de ce plan disent que oui, il s’agit d’un ajout ponctuel relativement important au déficit, mais les économies réalisées en cotisations de Sécurité Sociale par l’État compenseront en grande partie ce déficit, et les paiements versés au marché boursier aideront l’économie à croître et à prospérer.

Ceux qui s’opposent à la proposition disent que le marché boursier est trop risqué pour ce genre de chose et citent en exemple la forte baisse en 2008. Et si les gens perdent sur le marché boursier, l’État sera contraint d’augmenter les prestations de retraite de la Sécurité Sociale pour maintenir les retraités hors de la pauvreté.

Par conséquent, à moins que nous ne voulions risquer qu’un pourcentage élevé de nos aînés tombent sous le seuil de la pauvreté, l’État prendra tous les risques.

Ils se trompent terriblement tous les deux. (Qui l’aurait cru !).

Le principal défaut de ce dialogue dominant est ce qu’on appelle une  » erreur de composition « . L’exemple typique d’une erreur de composition est le jeu de football au sein duquel vous pouvez mieux voir si vous vous levez et conclure que tout le monde verrait mieux si tout le monde se levait. C’est faux ! Si tout le monde se lève, personne ne voit mieux et tout le monde est moins bien loti. Ils se penchent tous sur le niveau micro, c’est-à-dire les participants individuels à la Sécurité Sociale, plutôt que sur le niveau macro, l’ensemble de la population.

Pour comprendre ce qui ne va pas fondamentalement au niveau macro (vue d’ensemble, du haut vers le bas), vous devez d’abord comprendre que la participation à la Sécurité Sociale est fonctionnellement identique à l’achat d’une obligation du gouvernement. Laissez-moi vous expliquer. Avec l’actuel programme de Sécurité Sociale, vous donnez vos dollars à l’État maintenant, et il vous les rendra plus tard. C’est exactement ce qui se produit lorsque vous achetez une obligation d’État (ou que vous placez votre monnaie dans un compte d’épargne). Vous donnez vos dollars au gouvernement maintenant et vous le récupérez plus tard, plus les intérêts. Oui, l’un de ces processus peut s’avérer être un meilleur investissement et vous donner un meilleur rendement, mais à part le taux de rendement, ils sont tout à fait identiques. (Maintenant que vous le savez, vous avez en réalité une longueur d’avance sur le Congrès.)

Steve Moore

Vous êtes maintenant prêt à lire la conversation que j’ai eue il y a quelques années avec Steve Moore, alors directeur économique de l’institut CATO, qui est maintenant un habitué de CNBC et un partisan de longue date de la privatisation de la Sécurité Sociale. Steve est venu en Floride pour parler de la Sécurité Sociale à une de mes conférences. Il donna une conférence qui incitait les gens à placer leur monnaie sur le marché boursier plutôt que d’effectuer des paiements de Sécurité Sociale, en soutenant que les actions seront meilleures avec le temps lorsqu’ils prendront leur retraite. En outre, il fit valoir qu’une augmentation ponctuelle du déficit budgétaire de l’État en vaudra la peine et sera probablement « remboursée » au fil du temps dans le cadre de l’expansion à venir, car toute cette monnaie investie dans les actions aidera l’économie à croître et à prospérer.

C’est à ce moment-là que j’ai commencé la séance de questions et réponses.

Warren : « Steve, donner votre monnaie au gouvernement maintenant sous forme de taxes de Sécurité Sociale et le récupérer plus tard, c’est fonctionnellement la même chose que d’acheter un titre d’État. Vous donnez la monnaie à l’État maintenant, et il vous le rend plus tard. La seule différence, c’est le rendement que les personnes âgées obtiendront. »

Steve : « D’accord, mais avec les titres d’État, vous obtenez un rendement plus élevé qu’avec la Sécurité Sociale, qui ne rembourse votre monnaie qu’à 2% d’intérêt. La Sécurité Sociale est un mauvais investissement pour les individus. »

Warren : « D’accord, j’aborderai l’aspect investissement plus tard, mais permettez-moi de continuer. Selon votre proposition de privatisation, l’État réduirait les cotisations de Sécurité Sociale et les employés mettraient cette monnaie sur le marché boursier. »

Steve : « Oui, environ 100 $ par mois, et seulement dans des actions reconnues et de haute qualité. »

Warren : « OK et le Trésor américain devrait émettre et vendre des titres supplémentaires pour couvrir la baisse des revenus. »

Steve : « Oui, et ça réduirait aussi les cotisations de Sécurité Sociale. »

Warren : « D’accord. Donc, pour en revenir à mon argument, les employés qui achètent les actions les achètent à quelqu’un d’autre, de sorte que tout ce que font les actions, c’est changer de mains. Il n’y a pas de nouvelle monnaie dans l’économie. »

Steve : « D’accord. »

Warren : « Et les gens qui ont vendu les actions ont la monnaie de la vente qui est la monnaie qui achète les titres d’État. »

Steve : « Oui, vous pouvez voir les choses comme ça. »

Warren : « Ce qui s’est passé, c’est que les employés ont cessé d’acheter de la Sécurité Sociale, ce qui, nous en convenons, était fonctionnellement identique à l’achat d’un titre d’État, et ils ont plutôt acheté des actions. D’autres ont vendu leurs actions et ont acheté des titres d’État nouvellement émises. Donc, du point de vue macroéconomique, tout ce qui s’est passé, c’est que certaines actions et certaines titres ont changé de mains. L’encours total des actions en circulation et l’encours total des titres, si l’on considère la Sécurité Sociale comme un titre, sont restés à peu près les mêmes. Cela ne devrait donc pas avoir d’influence sur l’économie ou l’épargne totale, ou quoi que ce soit d’autre à part générer des coûts de transaction ? »

Steve : « Oui, je suppose qu’on peut voir les choses de cette façon, mais je considère qu’il s’agit d’une privatisation, et je crois que les gens peuvent investir leur monnaie mieux que l’État ».

Warren : « D’accord, mais vous conviendrez que la quantité d’actions détenues par le public n’a pas changé, et qu’alors avec cette proposition, rien ne change pour l’économie dans son ensemble. »

Steve : « Mais ça change les choses pour les participants de la Sécurité Sociale. »

Warren : « Oui, avec exactement le changement inverse pour les autres. Et rien de tout cela n’a même été discuté par le Congrès ou par un économiste du courant mainstream ? Il semble que vous ayez un parti pris idéologique pour la rhétorique de la privatisation, plutôt que pour le fond de la proposition. »

Steve : « J’aime ça parce que je crois en la privatisation. Je crois que vous pouvez investir votre monnaie mieux que le gouvernement. »

Sur ce, je laisse Steve avoir le dernier mot. La proposition ne modifie en rien le nombre d’actions ou les actions que le public américain détiendrait à des fins d’investissement. Au niveau macroéconomique, il ne s’agit donc pas de permettre à la nation d' »investir mieux que l’État ne le peut ». Et Steve le sait, mais cela n’a pas d’importance – il continue de colporter la même histoire illogique, qu’il sait illogique. Et il ne reçoit aucune critique des médias, si ce n’est la discussion peu judicieuse sur la question de savoir si les actions sont un meilleur investissement que la Sécurité Sociale, si les titres que l’État doit vendre diminueront l’épargne qui pourrait être utilisée pour investir, si l’État risque sa solvabilité en s’endettant davantage et toutes ces absurdités que nous considérons comme des escroqueries innocentes, etc.

Malheureusement, les escroqueries innocentes et mortelles ne cessent d’aggraver et d’obscurcir toute possibilité d’une analyse valable.

Et c’est encore pire ! L’histoire  » intergénérationnelle  » se poursuit dans ce sens : « Le problème, c’est que dans 30 ans, il y aura beaucoup plus de retraités et proportionnellement moins de travailleurs (ce qui est vrai), et la caisse fiduciaire de la Sécurité Sociale sera à court de monnaie (comme si un chiffre dans un trust fund était une contrainte réelle sur la capacité du gouvernement à dépenser… c’est idiot, mais ils le croient). Donc pour résoudre le problème, nous devons mettre au point un moyen de fournir aux personnes âgées assez de monnaie pour payer les biens et les services dont elles auront besoin. » Avec cette dernière déclaration, tout va mal. Ils partent du principe que le problème réel de la diminution du nombre de travailleurs et de retraités, également connu sous le nom de « taux de dépendance », peut être résolu en s’assurant que les retraités disposent de fonds suffisants pour acheter ce dont ils ont besoin.

Voyons les choses de cette façon : dans 50 ans, lorsqu’il restera une personne active et 300 millions de retraités (j’exagère pour faire le point), cette personne sera très occupée puisqu’elle devra produire toute la nourriture, construire et entretenir tous les bâtiments, faire la lessive, répondre à tous les besoins médicaux, produire les émissions de télévision, etc. etc. etc. Ce que nous devons faire, c’est s’assurer que ces 300 millions de retraités ont les fonds nécessaires pour le payer??? Je ne crois pas ! Ce problème n’est évidemment pas une question de monnaie.

Ce que nous devons faire, c’est nous assurer que la personne qui travaille est suffisamment intelligente et productive et qu’elle possède suffisamment de biens d’équipement et de logiciels pour être en mesure de tout faire, sinon ces retraités auront de sérieux problèmes, peu importe la monnaie qu’ils peuvent avoir. Le vrai problème est donc que si les travailleurs restants ne sont pas suffisamment productifs, il y aura une pénurie générale de biens et de services. Plus de « monnaie à dépenser » ne fera qu’augmenter les prix et ne créera pas plus de biens et des services d’une manière ou d’une autre. L’histoire que raconte le courant mainstream se détériore de plus en plus au fur et à mesure qu’elle continue : « Par conséquent, l’État doit réduire les dépenses ou augmenter les impôts aujourd’hui, pour accumuler les fonds nécessaires aux dépenses de demain. » J’espère que vous savez maintenant qu’il est ridicule et évident que ces escroqueries innocentes et mortelles soient à l’œuvre, réduisant notre bien-être et le niveau de vie de la prochaine génération.

Nous savons que notre État n’a ni n’a pas dollars. Il dépense en augmentant les chiffres de nos comptes bancaires et il taxe en diminuant les chiffres de nos comptes bancaires. Et augmenter les impôts, c’est diminuer notre pouvoir de dépenser, et non pas donner quoi que ce soit à dépenser à l’État. Ce n’est pas grave si les dépenses sont trop élevées, provoquant une surchauffe de l’économie (si nous avons trop de pouvoir d’achat pour ce qui est à vendre dans ce grand magasin appelé l’économie). Mais si ce n’est pas le cas, donc si les dépenses sont bien en deçà de ce qui est nécessaire pour acheter ce qui est offert à la vente au plein emploi, augmenter les impôts et enlever notre pouvoir d’achat ne fait qu’empirer les choses.

Et l’histoire s’aggrave encore. N’importe quel économiste s’accordera à dire qu’il n’y a pas grand-chose dans les biens réels que nous pouvons produire aujourd’hui qui sera utile dans 50 ans. Ils poursuivent en disant que la seule chose que nous pouvons faire pour nos descendants dans un avenir lointain est de faire de notre mieux pour nous assurer qu’ils ont les connaissances et la technologie nécessaires pour les aider à répondre à leurs besoins futurs. L’ironie, c’est que pour « épargner » les fonds publics pour l’avenir, nous réduisons les dépenses aujourd’hui, ce qui ne fait que retarder notre économie et baisser la croissance de la production et de l’emploi. Pire encore, la grande déception est que la première chose que nos dirigeants malavisés réduisent, c’est l’éducation – la seule chose que le courant mainstream convient qu’il faut faire pour aider nos enfants dans 50 ans.

Si les responsables de l’élaboration de nos politiques arrivaient un jour à comprendre comment le système monétaire fonctionne, ils se rendraient compte qu’il s’agit d’équité sociale et peut-être d’inflation, mais jamais de solvabilité de l’État. Ils se rendraient compte que s’ils veulent que les aînés aient un revenu plus élevé à un moment donné, il s’agit simplement d’augmenter les prestations, et que la seule question qui vaille est la suivante : quel niveau de consommation réelle de ressources voulons-nous fournir à nos aînés ? Quelle quantité de nourriture voulons-nous leur allouer ? Combien de logements ? de vêtements ? Quelle quantité d’électricité ? d’essence ? de services médicaux ? Ce sont là les vrais problèmes, et oui, donner aux aînés une plus grande part de ces biens et services signifie moins pour nous. La quantité de biens et de services que nous attribuons aux aînés représente le coût réel pour nous, et non les paiements réels, qui ne sont rien de plus que des chiffres dans des comptes bancaires.

Et si nos dirigeants se préoccupaient de l’avenir, ils encourageraient les modes d’éducation qui, selon eux, seraient les plus utiles à cette fin. Ils ne comprennent pas le système monétaire, cependant, et ne le verront pas de la « bonne façon » tant qu’ils ne le comprendront pas.

Pendant ce temps, l’escroquerie innocente et mortelle de la Sécurité Sociale pèse sur notre bien-être présent et futur.


Texte original : https://moslereconomics.com

Illustration : https://www.facebook.com/FederationGalactiqueDeLumiere/

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