Les soldes financiers sectoriels

par

Robert Cauneau – MMT France

L’auteur remercie Ivan Invernizzi – Rete MMT Italia / MMT France – et Andrea Valentini – MMT France – pour leurs commentaires très utiles à la rédaction de cet article.


Les soldes financiers sectoriels (également appelés balances sectorielles), sont un cadre d’analyse macroéconomique des économies nationales, qui a été développé par l’économiste britannique Wynne Godley.

Ce cadre découle directement du simple constat qu’il n’y a pas d’acheteur sans vendeur, et réciproquement, que la dépense de l’un est le revenu de l’autre et réciproquement, que le débit des uns est le crédit des autres, et que, comme le montre clairement la macro-comptabilité au niveau agrégé, les soldes de chacun des 3 principaux secteurs (secteur public, secteur privé domestique et secteur étranger) s’annulent les uns par les autres.

Ainsi, chaque dépense publique entraine la constitution d’une épargne privée du même montant. Et lorsque les impôts sont payés, le phénomène inverse se produit, donc une diminution de l’épargne privée et une augmentation des recettes publiques, c’est-à-dire une diminution du déficit public. A chaque fois que l’État dépense plus qu’il ne taxe, il augmente son déficit, ainsi que l’épargne du secteur privé.

Cette approche est utilisée par les économistes MMT pour illustrer la relation entre les déficits budgétaires publics et l’épargne privée. Le graphe qui en découle, présentant l’effet-miroir parfait entre les secteurs, est souvent l’élément déclencheur de l’intérêt que les personnes peuvent porter à MMT. Il montre, en effet, d’une manière évidente, que l’ensemble des secteurs ne peut être en excédent en même temps, et que, pour que le secteur privé (somme des secteurs domestique et étranger) soit en excédent, le secteur public doit être en déficit. Dit autrement, pour que le secteur privé puisse disposer d’une épargne nette, le secteur public doit dépenser plus qu’il ne perçoit de recettes.

Ainsi, lorsque l’État dépense 100 et encaisse 80, donc présente un déficit de 20, le secteur privé bénéficie d’une épargne nette de 20.

Cette relation repose sur une des rares identités qui, en économie, est toujours vérifiée. Il s’agit d’un équilibre comptable, qui montre que la somme de l’ensemble des secteurs égale zéro, et qui se vérifie dans tous les pays. Il apparaît d’une manière évidente, notamment lorsque l’on observe les graphiques qui réunissent les trois secteurs, comme ci-dessous pour la France, sur la base des données de l’INSEE :

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est soldes-financiers-sectoriels-francais-en-du-pib-1-1.png

Le graphe suivant concerne les USA :

Note : dans ce graphe, le secteur sous la rubrique "Capital Account ", donc le "compte de capital", représente la valeur des biens réels figurant dans la balance commerciale, contrepartie du "compte courant" qui enregistre la valeur financière de ces biens. Dans ce cadre, l'un ou l'autre peut être utilisé, mais avec un signe opposé.

Pourquoi cette approche est-elle si peu utilisée ?

L’évidence qui se dégage des soldes sectoriels conduit naturellement à la question de savoir pourquoi les économistes utilisent si peu cette approche. Cette question peut recevoir les réponses suivantes :

  • La comptabilité est mal connue par les économistes, et donc peu utilisée. Elle est considérée comme un art mineur, incapable de prendre en considération le comportement des agents. Et ceci rejoint le fait que la plupart des économistes considèrent que la macroéconomie est strictement une dérivation de la microéconomie et qu’elle n’apporte pas de valeur ajoutée à la compréhension de la réalité.
  • Cette approche est éclairante lorsqu’on prend bien en considération le fait qu’un État qui dispose de sa propre devise, qui en est donc le monopoliste, ne peut faire défaut. Toutefois, elle s’applique également aux États financièrement contraints, comme les pays de l’Eurozone, mais en prenant en considération le fait que leur déficit n’est pas soutenable et qu’ils peuvent faire défaut.
  • Pour les tenants de la pensée dominante, l’État serait un mauvais gestionnaire. De plus, il doit être considéré comme un agent économique comparable aux autres. Il ne doit donc pas être en déficit permanent.
  • La monnaie est considérée par la pensée dominante comme une variable neutre n’ayant pas d’effet significatif sur l’économie réelle, ne servant que d’unité de mesure. Et son fonctionnement n’est pas compris. Il en découle l’idée selon laquelle le déficit public mène inexorablement à une perte de confiance dans la monnaie et à de l’inflation.

Quelques réserves

Il est toutefois important de noter que les soldes sectoriels doivent être utilisés avec certaines réserves. En effet :

  • Ils ne font pas de distinction entre les flux financiers réalisés en devise nationale ou bien en devises étrangères.
  • Ils sont fondés sur les flux financiers, mais ne prennent pas en considération les flux de richesse réelle. Les exportations sont vues en termes d’augmentation d’épargne, mais pas en termes de leur contrepartie, qui est en fait une perte de production réelle, et réciproquement en ce qui concerne les importations. Pourtant, dans la vision MMT, les importations sont considérées comme un accroissement de la richesse réelle du pays, et les exportations comme une diminution de cette richesse.

Mais ces réserves et ces limites maintiennent totalement intact leur intérêt pour montrer, d’une manière claire et évidente, la nécessité du déficit public qui constitue l’épargne financière nette du secteur privé, la dette publique représentant, quant à elle, la richesse financière nette du secteur privé.

Un prochain article montrera comment MMT propose une structure plus complète de la fonction du système, fondée sur le concept de l’État monopoliste de sa devise, et comment s’articule la relation entre richesse réelle et richesse financière, au sein différents secteurs.

Un commentaire

  1. Pour ce qui est des exportations importations il suffit de parler en la même monnaie. C’est tout a fait vrai que les Anciens ne connaissent pas la comptabilité, car ils disent que c’est de l’histoire, du passé. Ce qui est vrai, mais connaitre l’histoire est indispensable pour prévoir l’avenir. C’est ce que j’ai expliqué dans mon livre la TMM du capitalisme privé au capitalisme d’état. concernant l’inflation en temps de récession qui n’a qu’une explication comptable.

    Je ne suis toujours pas d’accord, le pays exportateur est également bénéficiaire, car ou il avait un excédent de production, ou il a investi et crée des postes de travail, qui ont créé des taxes et pas de pénurie. Amicalement. François

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