Une alternative à l’impôt et à l’emprunt pour financer la dépense publique

Par

Katia Dmitrieva

Traduction  par Maxime Lévesque

Selon la pensée économique conventionnelle, un gouvernement qui dépense plus qu’il ne perçoit fait face à deux choix désagréables : emprunter ou augmenter les impôts. Un autre point de vue, celui de la théorie monétaire moderne, est plus accommodant en ce qui concerne les dépenses liées au déficit. La MMT est en train de s’imposer parmi les politiciens américains progressistes qui souhaitent garantir l’emploi à tous, réparer l’infrastructure, rendre l’enseignement supérieur gratuit et assurer l’accès de tous aux soins de santé. L’aile progressiste revigorée et progressiste du Parti démocrate américain se sert de la MMT pour faire reculer la pensée austéritaire financière qui sévit depuis des décennies en affirmant que le pays ne peut se permettre des projets sociaux à grande échelle tels que le Green New Deal récemment proposé.

 

1. Quelles sont les bases de la théorie monétaire moderne ?

Son principal argument est que les pays qui ont leur propre banque centrale et qui empruntent dans leur propre monnaie – les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon, par exemple – ne peuvent pas faire faillite et n’ont pas à s’inquiéter des dépenses excessives. Ce n’est pas un tel écart par rapport à la pensée politique dominante. Les États-Unis n’ont enregistré des excédents qu’au cours de 12 des 77 dernières années, et les républicains – membres d’un parti autrefois connu pour avoir contesté trop de dépenses gouvernementales – ont réduit les impôts et augmenté les dépenses militaires sous le président Donald Trump, ajoutant plus d’un trillion de dollars à ce déficit. Les créanciers américains ne montrent aucun signe d’inquiétude quant à la capacité du gouvernement à payer ses factures, si l’on en juge par les rendements des obligations de référence du pays.

 

2. Un gouvernement peut il imprimer autant d’argent qu’il le veut ?

Pas tout à fait. Les déficits sont importants dans le cadre de la MMT, qui reconnaît la possibilité d’exagérer les choses et d’alimenter l’inflation. Mais lorsque l’inflation est faible dans l’économie, comme c’est le cas actuellement aux États-Unis, la MMT affirme qu’il y a beaucoup plus de marge de manœuvre pour dépenser que ce que les économistes laissent habituellement.

 

3. Qui adhère à la MMT ?

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La représentante Alexandria Ocasio-Cortez, qui est devenue le visage de la poussée progressiste au Congrès, appuie la MMT et prône la dépense déficitaire pour financer la mobilisation nationale proposée pour lutter contre les changements climatiques qui est présentée comme le Green New Deal. (Ses innombrables initiatives coûteraient plus de 93 billions de dollars, selon une estimation). D’autres grands noms du Parti démocrate appuient non seulement le Green New Deal, mais aussi l’idée connexe inspirée de la MMT selon laquelle le gouvernement devrait être un employeur de dernier recours et embaucher toute personne qui veut travailler. Quatre sénateurs américains, Cory Booker (New Jersey), Kirsten Gillibrand (New York), Elizabeth Warren (Massachusetts) et Bernie Sanders (Vermont), qui s’est qualifié dans le passé de « socialiste démocratique », ont signé les deux initiatives.

 

4. D’où vient l’idée de la MMT ?

Elle s’est développée au cours du dernier quart de siècle parmi un petit groupe d’économistes, enraciné dans une théorie plus ancienne appelée chartalisme et faisant progresser les idées des premiers penseurs post-keynésiens. Il y a eu un regain d’intérêt à la suite de la récession mondiale de 2007-2009, alors que les gouvernements ont repoussé les limites en tentant de stimuler les économies. Warren Mosler, largement reconnu comme un pionnier de la MMT, a commencé à promouvoir ses idées dans les premiers forums de discussion sur Internet aux côtés de l’économiste Bill Mitchell et autres.

 

5. Qui mène la charge maintenant ?

Stephanie Kelton, professeure de politique publique et d’économie à l’Université Stony Brook de New York, qui a conseillé Sanders pendant sa campagne présidentielle de 2016, est une fervente adepte de la MMT. Les déficits « peuvent être trop importants » lorsqu’ils risquent d’accélérer l’inflation, écrit-elle dans une chronique de septembre pour Bloomberg Opinion, mais ils « peuvent aussi être trop petits, privant l’économie d’une source critique de revenus, de ventes et de profits« . Pavlina Tcherneva, directrice du département d’économie au Bard College de New York, est une autre voix clé, particulièrement pour défendre la MMT comme fondement du gouvernement qui garantit le plein emploi. Il y a aussi une jeune génération de partisans, dont Rohan Grey, président fondateur du Modern Money Network, et Raul Carrillo, avocat salarié au New Economy Project à New York.

 

6. Qu’en pensent les autres ?

Les critiques disent que la MMT est une recette pour des dépenses imprudentes, des prix effrénés et, à l’extrême, un effondrement économique de l’ampleur de celui du Venezuela, surtout que le déficit des États-Unis approche le billion de dollars. Le chef de la direction de BlackRock, Larry Fink, a qualifié la MMT de  » déchet  » ; l’ancien président de la Fed de New York, Bill Dudley, a déclaré que ses partisans veulent un  » déjeuner gratuit « . D’autres économistes sont plus nuancés. L’ancien économiste en chef de Pimco, Paul McCulley, a déclaré que la très faible inflation aux États-Unis au cours de la dernière décennie est un facteur en faveur d’une approche MMT. L’ancien gestionnaire du fonds Janus Capital, Bill Gross, a déclaré que les États-Unis pourraient doubler en toute sécurité l’ampleur du déficit budgétaire. Olivier Blanchard, ancien économiste en chef au Fonds monétaire international, a déclaré que la dette est gérable tant que les économies croissent à un rythme plus rapide que les coûts d’emprunt des gouvernements. Même l’ancien ministre des finances Larry Summers, qui a qualifié la MMT de « fallacieux à plusieurs niveaux », a co-écrit un article exhortant Washington à « mettre fin à son obsession de la dette ».

 


Article original : washingtonpost.com

Illustration : http://www.flickr.com

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