Maximiser la Stabilité des Prix dans une Economie Monétaire (synthèse)

par

Warren Mosler, Valance Co., Inc.

Damiano B. Silipo, Università della Calabria

Levy Economics Institute of Bard College

Avril 2016

 


Synthèse par

 Robert Cauneau – MMT France

 

Ce document, présenté ici en synthèse, a pour but d’analyser les options qui s’offrent à la Banque centrale européenne (BCE) pour remplir son mandat unique de stabilité des prix. Les options viables pour la stabilité des prix sont décrites, analysées et présentées en ce qui concerne la stabilité et la volatilité à court et à long terme. Il permet d’introduire un outil supplémentaire, le stock tampon d’emplois,  pour promouvoir la stabilité des prix et il conclue que l’intérêt général est mieux servi par le choix d’une politique alternative de stock tampon directement gérée par la BCE.

L’article comprend dix sections :

1. L’introduction permet d’abord de rappeler la réglementation européenne relative à l’objectif principal de la BCE de maintien de la stabilité des prix. Elle précise que la fixation d’une cible de taux d’intérêt à court terme jugée appropriée pour assurer la stabilité des prix n’est pas le seul instrument de politique monétaire utilisé pour atteindre cet objectif. Le succès de ce type de politique repose sur deux présomptions : La première est que le mandat de la BCE – le niveau des prix – est fonction de la politique de taux d’intérêt. La seconde est que les taux d’intérêt agissent par le canal des anticipations d’inflation, l’inflation étant présumée être fonction des attentes d’inflation. Le taux de chômage fait partie intégrante de ce processus, dans la mesure où la politique de stabilité des prix vise à déterminer ce taux minimal de chômage et à adopter une politique visant à garantir que le chômage reste supérieur à ce niveau minimal. Il est important de noter que l’évolution macroéconomique durant la crise qui a débuté en 2007 a remis en question à la fois le principal argument en faveur de la poursuite de cibles d’inflation et les instruments utilisés par la BCE pour remplir son mandat de stabilité des prix dans la zone euro. En outre, la relation entre le chômage et l’inflation a été remise en question.

2. Le sujet de l’article est présenté. L’objectif de cet article est de montrer d’abord qu’une politique de stock tampon qui utilise la main-d’œuvre salariée à salaire fixe comme stock tampon fonctionne comme un meilleur ancrage des prix qu’un stock tampon qui emploie des marchandises. Après avoir développé la manière de définir une politique basée sur les stocks tampons, mais également discuté des vulnérabilités de ce type de politiques, les auteurs montrent qu‘un stock tampon de main-d’œuvre employée fournit un ancrage de prix supérieur à celui obtenu par la politique actuelle de la BCE, qui utilise un stock tampon de main-d’œuvre au chômage pour stabiliser les prix.

3. Cette section fournit des éléments de discussion pour le choix d’un stock tampon. Une sélection de valeurs tampons potentielles pour la stabilité des prix et la liquidité est analysée. Il s’agit de l’or, de l’argent, du maïs, mais également d’un indice des prix de certains produits de base, ainsi que la variation annuelle moyenne des gains horaires des employés de production fournie par le US Bureau of Labor Statistics. S’agissant de la volatilité, il est montré que plus la volatilité des prix du stock tampon sélectionné est faible dans la politique actuelle, plus la stabilité générale des prix attendue est grande lorsque le prix de ce stock tampon est, dans la proposition faite par les auteurs, fixé par la BCE. Sur cette base, le stock tampon de main-d’œuvre employée est nettement supérieur. Puis une comparaison est faite de la “capitalisation boursière” de chacun de ces stocks-tampons, qui montre clairement que le stock tampon de main-d’œuvre utilisée est considérablement supérieur en termes de stabilité des prix et de liquidité historiques.

4. La politique actuelle est ensuite présentée. Il est d’abord rappelé que l’euro utilise le chômage comme stock tampon pour promouvoir la stabilité des prix, en adoptant une politique visant à accroître le chômage lorsque l’inflation est jugée trop élevée, et à adopter une politique visant à le réduire lorsque des taux d’inflation plus élevés sont souhaités. La théorie est celle de la courbe de Phillips, où l’inflation est fonction du niveau de chômage, avec des taux de chômage plus bas et un biais inflationniste et un taux de chômage plus élevé, un biais déflationniste. De plus, on présume un NAIRU, où l’inflation s’accélère lorsque le chômage descend en dessous de ce point. Mais il s’est avéré, sur la base de preuves empirique substantielles, que l’inflation est moins sensible aux variations de la production et de l’emploi que prévu, et que le lien entre les taux d’intérêt, l’inflation, l’investissement, la production, l’emploi et même l’expansion du crédit lui-même semble également avoir été largement rompu. Après plus de cinq ans d’une politique de taux proche de zéro, et plus récemment d’assouplissement quantitatif et de taux négatifs, l’expansion du crédit au secteur privé reste déprimée et n’a pas été le moteur présumé de l’investissement, de la consommation ou de l’inflation, l’écart de production restant extrêmement important et le système monétaire frisant la déflation. Par conséquent, le concept de stock tampon par le chômage est en soi devenu extrêmement problématique.

5. Dans cette section, les auteurs fournissent des preuves empiriques concernant la politique monétaire de la BCE dans la zone euro. Le but de l’exercice est uniquement de donner une idée de l’historique de la politique monétaire, de l’inflation et de la croissance dans la zone euro et, sur la base des fonctions et hypothèses propres à la BCE, de l’impact probable du programme d’assouplissement quantitatif en cours de la BCE. sur la croissance et l’inflation au cours des deux prochaines années. Pour estimer dans quelle mesure ces mécanismes peuvent être présumés efficaces, un modèle d’auto-régression vectorielle avec des données trimestrielles de 1999I à 2015IV pour la zone euro est testé. Un exercice de prévision a également été effectué en supposant que la BCE augmente l’actif total de 60 milliards d’euros par mois jusqu’à la fin de 2017. Les résultats obtenus suggèrent que la politique monétaire n’a pas été efficace pour stimuler l’inflation et la croissance pendant la période de crise. Il est peu probable que le taux d’inflation cible de 2% soit atteint même si la BCE poursuit la politique actuelle d’un programme d’achat d’actifs jusqu’à la fin de 2017. Plus inquiétant est le faible taux de croissance de la prévision du PIB réel.

6. Les auteurs comparent ensuite une politique de stock tampon de main-d’œuvre employée avec la politique actuelle d’utilisation des chômeurs en tant que stock tampon. Après avoir noté que la terminologie utilisée est celle d’un travail «transitoire» car il est conçu pour faciliter la transition du chômage vers le secteur privé, il est précisé que les employeurs préfèrent embaucher des personnes qui travaillent déjà plutôt que ceux qui sont au chômage. Il semble également évident que les avantages supplémentaires incluent la possibilité que les emplois transitoires réalisés par le stock tampon de main-d’œuvre employée produise elle-même une production plus utile que celle des chômeurs. Les auteurs affirment donc qu’un stock tampon d’emplois permet à l’économie de fonctionner à des niveaux de production et d’emploi non inflationnistes plus élevés que dans le cas actuel où le NAIRU est l’objectif de la politique monétaire. De plus, et surtout, une politique de stock tampon de main-d’œuvre est susceptible de réduire les fluctuations des prix par rapport à la politique actuelle, en raison des effets compensateurs de l’emploi transitoire lorsque le secteur privé ralentit, mais davantage lorsque son secteur se développe cherche à embaucher des travailleurs en transition plutôt que des chômeurs.

7. Ici, le développement se rapporte au rôle et au fonctionnement du salaire stock tampon d’emplois. Il est d’abord rappelé que, dans une économie de marché, une politique de stock tampon est utilisée pour fixer un prix, tous les autres prix reflétant ensuite une valeur relative par rapport à ce prix fixé. Avec une politique de stock tampon de main-d’œuvre, la BCE fixerait donc le salaire de l’emploi transitoire, en présumant que les forces du marché détermineraient ensuite tous les autres prix à mesure qu’ils expriment leur valeur par rapport au prix fixé de l’emploi transitoire de la main d’œuvre. Le salaire stock stock tampon d’emplois sert donc d’ancrage de prix pour la monnaie, d’instrument de stabilité des prix et, en pratique, de source de la définition de la valeur de l’euro dans la zone euro. La gestion et la mise en œuvre d’une politique de stock tampon de main-d’œuvre employée incomberaient logiquement à la BCE. Dans le même temps, alors que le salaire de l’emploi de transition détermine le taux d’inflation, il est également essentiel de gérer la taille du stock tampon de manière à ce qu’il fonctionne comme un ancrage de prix efficace, sans préjudice des autres aspects de l’intérêt général.

8. Cette section développe d’autres considérations. S’agissant tout d’abord du taux de change et de la compétitivité, le passage de la politique intérieure d’un stock tampon de main-d’œuvre au chômage à un stock tampon de main-d’œuvre employée ne devrait pas modifier sensiblement ces forces ou les défis qu’elles posent. Quant aux incidences sur l’investissement direct étranger, celui-ci ne devrait pas être atteint en raison du fait que cette politique fournit une main-d’œuvre prête à un salaire connu et qu’elle fournit des travailleurs qui sont des consommateurs ayant un accès supérieur au crédit pouvant soutenir une demande plus globale que celle des consommateurs sans emploi. Enfin, concernant la mise en oeuvre de la politique, une proposition est développée à titre d’exemple. Un salaire non perturbateur, dans le but d’éviter que les travailleurs déjà employés soient tentés de quitter leur emploi actuel au profit du nouvel emploi de transition, serait fixé à 7 € par heure pour un travail de transition de 35 heures par semaine pour toute personne désireuse et capable de travailler. Cela signifie, entre autres, que le salaire transitoire offert à toute personne désireuse et capable de travailler, en toute logique, permettrait d’éviter la nécessité d’une législation sur le salaire minimum.

9. L’objectif de cette section est de faire la lumière sur les coûts éventuels d’une politique de stock tampon de main-d’œuvre et sur les effets probables de cette politique sur l’inflation et la croissance du PIB réel dans la zone euro. Prenant en compte le coût direct, sur la base d’une hypothèse de 35 heures par semaine et un salaire de 7 € par heure, mais également d’économies dues à la suppression des aides actuellement versées aux chômeurs, les dépenses totales liées à la mise en œuvre du programme d’emploi transitoire seraient d’environ 8 milliards d’euros par mois. L’impact de ce coût sur le PIB nominal de la zone euro est ensuite évalué, sous l’hypothèse d’une augmentation initiale du PIB nominal de 24 milliards d’euros, puis des effets du multiplicateur, ainsi que d’une propension à consommer de 0,92%. Les résultats des prévisions montrent que les dépenses engagées par la BCE pour financer cette politique se traduiraient par un taux d’inflation atteignant un sommet légèrement supérieur à 2% avant de retomber en dessous de 2% et de revenir à 1,65% après. environ trois ans. C’est-à-dire que, même avec les hypothèses les plus agressives, rien ne prouve que les dépenses d’un programme de stock tampon de main-d’œuvre employée généreraient une inflation indésirable. De plus, avec des hypothèses moins agressives concernant la taille du multiplicateur, le modèle montrerait une inflation encore plus faible du fait du financement net de la BCE des emplois de transition, confirmant ainsi qu’une politique de stock tampon de main-d’œuvre employée est un ancrage de prix supérieur à la politique de chômage actuelle.

10. Les remarques conclusives reprennent des constats développés dans les sections précédentes. Elles ajoutent toutefois quelques éléments : (i) une politique de stock tampon de main-d’œuvre employée constitue une réforme structurelle, dans la veine de celles qui sont préconisées pour stimuler la croissance, faciliter l’embauche et le licenciement des travailleurs, et le passage des entreprises de secteurs moins productifs à des secteurs plus productifs, (ii) la politique du stock tampon de main-d’œuvre employée soutient la réduction et le remplacement de l’économie souterraine et favorise la réduction des disparités économiques entre les pays de la zone euro, (iii) la BCE fixerait le salaire des travailleurs en transition et adopterait une politique visant à modifier la taille du stock tampon de main-d’œuvre employée, tout en surveillant la politique en matière de fraude et d’abus, étant précisé que cette politique est entièrement conforme au mandat de stabilité des prix de la BCE, (iv) l’adoption d’un emploi de transition pour toute personne désireuse et capable de travailler, sans préjudice de la stabilité des prix, offre également des avantages supplémentaires, notamment l’élimination de la nécessité d’une législation sur le salaire minimum et l’amélioration de la qualité (ainsi que de la quantité) des services du secteur public, et, enfin, (v) les personnes employées comme travailleurs en transition, les anciens chômeurs, maintiendraient et amélioreraient leur capital humain au cours du processus de travail, ce qui contraste fortement avec la détérioration du capital humain en période de chômage.


Illustration : Deborah Sandidge

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s