La Garantie d’Emploi : les FAQs de Pavlina R. Tcherneva

La Garantie d’Emploi : Conception, Emplois et Mise en Oeuvre

par

Pavlina R. Tcherneva

Levy Economics Institute of Bard College

Avril 2018


Traduction par Robert Cauneau – MMT France


RÉSUMÉ

La garantie d’emploi (GE)[1] est une option publique pour les emplois. Il s’agit d’un programme permanent, financé par le gouvernement fédéral et administré localement, qui offre des possibilités d’emploi volontaire sur demande à tous ceux qui sont prêts et disposés à travailler à un salaire suffisant. Bien qu’il s’agisse d’abord et avant tout d’un programme d’emploi, il a un potentiel de transformation en développant l’intérêt public et en améliorant les conditions de travail, la vie quotidienne des personnes et l’économie dans son ensemble.

Le présent document de travail fournit un plan directeur pour la mise en œuvre de la proposition. Il répond aux questions fréquemment posées et aux préoccupations communes. Il commence par décrire certaines des principales propositions de la littérature existante qui ont motivé la proposition de la GE. Ces propositions suggèrent des caractéristiques spécifiques de conception et de mise en œuvre. (Certaines questions reçoivent des réponses plus détaillées à l’annexe III). Le document présente les principaux objectifs et avantages attendus du programme et suggère une structure institutionnelle, un mécanisme de financement ainsi que la conception et l’administration de projets. Il faudrait se demander si un fonds de capitalisation détenu par notre gouvernement qui participe aux marchés boursiers locaux et internationaux est un meilleur moyen de « dépenser » nos liquidités que : (a) de le laisser entre les mains du secteur privé ; et/ou (b) de renforcer les capacités publiques sous la forme d’écoles, d’universités, d’installations de recherche, d’hôpitaux et d’équipements collectifs de meilleure qualité.

[NdT : Ce papier présente uniquement l’annexe III de l’article, relative aux FAQs. Les autres développements de l’article seront traduits et publiés ultérieurement].


ANNEXE III : QUESTIONS FRÉQUEMMENT POSÉES

1. Combien de personnes le programme emploiera-t-il ?

L’emploi dans le cadre du programme variera selon le cycle économique et les tendances de l’emploi dans le secteur privé. La garantie d’emploi (GE) devrait attirer les personnes qui sont involontairement sans emploi ou qui travaillent à temps partiel faute de travail à temps plein.

En décembre 2017, il y en avait :

6,6 millions de personnes officiellement au chômage ;

4,9 millions de personnes travaillant à temps partiel mais souhaitant travailler à plein temps ;

5,9 millions de personnes qui souhaitaient travailler mais n’étaient pas prises en compte dans les statistiques officielles[2].

C’est-à-dire au moins 16,8 millions de personnes qui voulaient trouver un emploi stable et bien rémunéré, mais qui n’y sont pas parvenu. De plus, certains travailleurs à temps plein qui souhaitent s’inscrire au programme gagnent moins de 15 $ l’heure et sont incapables de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.

Une analyse détaillée de Dantas et Wray (à paraître) modélise la participation des chômeurs, des travailleurs à temps partiel et des travailleurs à faible revenu au programme. Ils estiment que si la GE était en place au premier trimestre de 2018, de 11 à 16 millions de personnes se seraient inscrites au programme.

Ces chiffres représentent la limite supérieure des travailleurs potentiels de la GE à ce stade du cycle économique (2018T1). D’un point de vue pratique, et selon la façon dont le programme sera mis en œuvre progressivement, tous ne s’inscriront pas au programme puisque l’initiative conjointe donne une forte impulsion à la croissance et à l’emploi dans le secteur privé.

En utilisant le modèle de prévision macro-économétrique Fair, Fullwiler (à paraître) estime que la mise en œuvre d’un très vaste programme qui emploie entre 11 et 16 millions de personnes augmentera de façon permanente l’emploi dans le secteur privé de 4 millions d’emplois et le PIB réel de 313 milliards à 560 milliards par an. A mesure que l’économie s’ajuste pour fonctionner à un niveau plus élevé de production non inflationniste (par rapport à la situation actuelle où l’économie fonctionne avec un chômage permanent), des millions d’autres personnes passeront au secteur privé. Les estimations ci-dessus ne tiennent pas compte de cet ajustement cyclique. Lors d’un redressement économique, le programme diminuera.

D’autres programmes et d’autres politiques (incitations, subventions, réductions d’impôt, formation accélérée et placement dans le secteur privé) peuvent être utilisés si la taille du programme est jugée trop grande.

2. Quel sera le salaire d’un emploi GE ?

Le salaire horaire proposé pour la GE est de 15 $, avec des avantages sociaux équivalant à 20 % des coûts salariaux, ce qui comprend l’assurance-maladie, la garde des enfants, les congés payés et la retraite. En d’autres termes, un travailleur à temps plein de la GE gagnera 31 200 $ par année. Le coût total de la main-d’œuvre, avantages sociaux compris, serait de 37 440 $ par année. Les frais d’administration et de matériel seront fixés à 25 % des coûts de main-d’œuvre.

Tous les frais généraux ou les frais de matériel supplémentaires liés à l’exploitation et à l’exécution des projets de la GE seront absorbés par les organismes chargés de l’exécution du projet, c’est-à-dire les organismes sans but lucratif, les localités et les municipalités qui emploient des travailleurs de la GE. Celle-ci offrira également des options de travail à temps partiel et des modalités de travail souples pour répondre aux besoins des étudiants en âge de travailler, des parents et d’autres fournisseurs de soins qui pourraient souhaiter travailler.

Il est à noter que le salaire de 31,200 $ de la GE est supérieur au seuil de pauvreté pour une famille américaine de cinq personnes, alors que la taille typique d’une famille aux États-Unis est de 3,14 personnes, et 96,5 % de toutes les familles sont composées de cinq personnes ou moins.

3. Combien coûtera le programme ?

Le programme de la GE est un programme distinct qui verse un salaire minimum de subsistance. Il n’est pas lié à d’autres programmes de lutte contre la pauvreté et il n’oblige pas les gens à travailler pour toucher leurs prestations. Lorsqu’une personne choisit de prendre un emploi de la GE, elle ne recevra plus d’assurance-chômage ou d’autres prestations de lutte contre la pauvreté, ce qui permet de réduire les dépenses consacrées à ces programmes.

Comme ci-dessus, un généreux programme de GE qui emploie entre 11 et 16 millions de personnes à 15 $ l’heure, plus les prestations, se traduira par une dépense nette de 0,8 à 2 p. 100 du PIB (Fullwiler à paraître). Ces estimations comprennent les réductions prévues des dépenses au titre d’autres programmes, notamment comme l’assurance-chômage, l’assurance-maladie et les crédits d’impôt sur le revenu gagné (EITC).

Toutefois, ces estimations sont fondées sur des hypothèses très prudentes concernant les économies potentielles sur un large éventail d’autres programmes fédéraux, étatiques et locaux destinés aux ménages à faible revenu. En 2015, par exemple, le gouvernement fédéral a consacré 104 milliards de dollars à des programmes d’alimentation et de services nutritionnels, dont 74 milliards au Programme d’aide supplémentaire à la nutrition, 21 milliards à la nutrition des enfants, 6 milliards au Programme pour les femmes, les nourrissons et les enfants, 17.3 milliards à l’Aide temporaire aux familles dans le besoin, 50 milliards au logement et 64 milliards au programme EITC, pour ne citer que quelques-uns des principaux moyens de lutte à la pauvreté. De plus, le total des dépenses directes des États pour les services sociaux et le maintien du revenu des bénéficiaires de l’aide sociale s’élevait à 505 milliards de dollars (sans compter les dépenses pour la santé, les services de police et les services correctionnels).

La recherche indique que la plupart des problèmes sociaux – de l’itinérance et de la malnutrition infantile aux problèmes de santé mentale et physique, en passant par certains types de criminalité – sont liés d’une manière ou d’une autre au chômage. Par exemple, le coût moyen de l’incarcération aux États-Unis est de 35,000 $ par année par détenu, ce qui est légèrement inférieur aux 37,440 $ en salaires et avantages sociaux que la GE offre. Dans l’État de New York, le coût est de 75,000 $ par détenu, soit l’équivalent de deux emplois GE. Et à New York, c’est 169,000 $ par détenu par an, soit l’équivalent de quatre emplois et demi au salaire de subsistance de la GE.

Beaucoup de ceux qui sont derrière les barreaux pour des raisons économiques (c’est-à-dire liées à l’absence d’emplois stables et bien rémunérés et aux pathologies que le chômage crée) seraient mieux servis s’ils acceptaient plutôt un emploi de la GE. Ainsi, le programme fédéral de la GE sera également une aubaine pour les finances de l’État, entraînant des économies à grande échelle sur l’incarcération et d’autres mesures anti-pauvreté.

Toutes ces économies ne sont pas estimées dans les calculs des coûts ci-dessus. Un modèle plus élaboré sera nécessaire pour estimer la réduction des dépenses médicales, des coûts d’incarcération et d’autres mesures de lutte contre la pauvreté, ainsi que les multiplicateurs sociaux positifs et la croissance qui résulteraient de la mise en œuvre d’une GE.

Il est concevable que si nous incluions tous les avantages sociaux et économiques – y compris la réduction de la pauvreté, de l’endettement, de la criminalité et de l’incarcération, et l’amélioration de la santé physique et mentale – l’impact sur le budget du gouvernement fédéral serait beaucoup moins important (et l’impact positif sur les budgets des États serait plus important) que ce dont nous parlons dans Dantas, Fullwiler, Kelton, Tcherneva, et Wray (à venir).

Enfin, il est important de noter que les coûts réels du chômage (en termes de ressources humaines et physiques gaspillées, de production abandonnée, de pauvreté et d’autres maux sociaux) sont le véritable fardeau pour nos communautés et les générations futures – un fardeau que nous portons déjà. Nous « payons » déjà le chômage. En termes financiers et réels, les coûts du chômage dépassent aujourd’hui les coûts financiers et réels de fonctionnement d’une GE.

4. Qui paiera pour le programme ?

Le programme sera financé par le gouvernement fédéral, mais administré localement. Seul le gouvernement fédéral a la capacité de concevoir un budget anticyclique qui fluctue en fonction de l’évolution du chômage. Voir la discussion à la section VI.5 (« Budget du programme et mécanisme de financement ») [NdT : cette référence ne sera consultable que lorsque les autres chapitres de l’article auront été traduits et publiés].

5. Qui administrera le programme ?

Le programme est financé par le ministère du Travail, mais il est administré et géré localement par les États, les municipalités, les centres d’emploi à guichet unique, les organismes sans but lucratif et les entreprises sociales (voir la section VI.6, « Agences administratives et organismes chargés de l’exécution des projets ») [NdT : cette référence ne sera consultable que lorsque les autres chapitres de l’article auront été traduits et publiés].

L’objectif est de faire correspondre les besoins individuels des collectivités avec les ressources des chômeurs. Une approche ascendante de la gestion et de l’administration, combinée à une prise de décision et à une budgétisation participatives, améliorera l’efficacité du programme.

6. La GE ne créerait-elle pas une nouvelle administration et une bureaucratie énormes ?

Le programme est conçu pour utiliser autant que possible les structures administratives existantes – centres d’emploi à guichet unique, organismes sans but lucratif et municipalités. Comme nous l’avons vu à la section VI.5 [NdT : cette référence ne sera consultable que lorsque les autres chapitres de l’article auront été traduits et publié], le programme peut utiliser les mêmes canaux de financement que ceux qui sont actuellement utilisés pour payer des prestations d’assurance-chômage. Il est en outre proposé que les bureaux de chômage existants (c’est-à-dire les guichets uniques d’emploi) soient convertis en véritables dépôts d’archives pour les projets de travail.

Étant donné que la GE relève d’un nouvel organisme ayant de nouveaux objectifs de programme, il faudra créer un appareil administratif supplémentaire – un défi qui n’est pas propre au programme de la GE, puisque tous les programmes gouvernementaux essentiels doivent être administrés et gérés.

Cependant, lorsqu’une personne choisit de s’inscrire à la GE, elle ne perçoit pas d’autres types d’aide sociale. Ainsi, toute augmentation des coûts administratifs du Groupe mixte sera en partie compensée par une réduction des coûts administratifs d’autres programmes. Et puisque nous sommes préoccupés par l’effet net de ces changements sur l’emploi, si la GE produit une augmentation nette de l’administration et de la gestion, cela signifierait également une augmentation nette de l’emploi.

7. Où seront les emplois ?

Les emplois se trouvent à proximité des chômeurs. La GE apporte le contrat au travailleur. Une approche ciblée signifie que le plus grand nombre d’emplois sont créés dans les régions où le taux de chômage est le plus élevé. Étant donné que le chômage cause ou aggrave, directement ou indirectement, divers problèmes sociaux, ce sont également ces régions qui connaissent le plus grand nombre d’autres privations sociales. Il est important que les emplois soient à proximité des chômeurs, afin de permettre à la GE d’aider à combler ces lacunes en matière de besoins sociaux et de servir de programme de vaccination contre d’autres maladies sociales.

8. Quels types d’emplois les travailleurs de la GE feront-ils ?

La GE peut être conçu comme un « National Care Act » qui répond aux besoins en matière d’environnement et de soins des communautés à travers les États-Unis. Le programme peut servir d’intervention en cas d’urgence, en fournissant des emplois aux chômeurs sur demande dans le cadre de projets de contrôle, de réadaptation et d’investissement qui servent le bien commun.

La GE est une étape cruciale pour répondre à l’appel de la FDR en faveur d’une Charte des Droits, ce qui signifie que la justice sociale, économique et environnementale est au cœur du programme. Ainsi, la GE peut prendre la forme d’un New Deal vert qui donne la priorité à la prévention et à la préparation aux catastrophes, au renouvellement des communautés et à l’aide alimentaire, pour n’en citer que quelques-uns. Elle soutiendra les arts en proposant de la musique, du théâtre et d’autres initiatives artistiques. Elle offrira des programmes d’apprentissage pour les jeunes, des programmes de soins aux enfants et aux aînés et des programmes pour les anciens combattants, les jeunes à risque et les anciens détenus. Pour plus de détails et d’exemples, voir la section VI.7 ( » Types d’emplois :  » National Care Act « ) [NdT : cette référence ne sera consultable que lorsque les autres chapitres de l’article auront été traduits et publié].

9. La GE ne remplacerait-elle pas les formes existantes de travail dans le secteur public ?

La GE est autorisée en tant que nouveau programme, dans le cadre d’un nouvel organisme. Son principal objectif est de fournir du travail aux chômeurs à un salaire de subsistance dans le cadre de projets qui servent l’intérêt public.

En tant que nouveau programme, la GE ne vise pas à remplacer le travail existant dans le secteur public. En d’autres termes, la Food and Drug Administration ne peut pas licencier ses inspecteurs d’aliments et de médicaments et les transférer sur les listes de paie de la GE. Une bibliothèque ou une école ne peut pas licencier ses bibliothécaires et ses enseignants et les réembaucher par l’entremise de la GE.

Cependant, parce que la GE vise à améliorer l’utilité publique, elle peut fournir des aides-enseignants pour alléger le fardeau auquel les enseignants sont confrontés dans la salle de classe. Elle peut aussi offrir et organiser des activités avant et après l’école qui n’existent pas encore dans le programme scolaire. S’il devient évident que ces aides-enseignantes et aides-enseignants sont tout à fait nécessaires et qu’elles doivent être dotés en personnel sur une base continue, elles devraient être retirés du programme GE et mutées pour un emploi traditionnel dans un district scolaire.

10. Comment faire la distinction entre le travail régulier dans le secteur public et les emplois de la GE ?

Voir question 9. Bien que la GE ait une clause de non-concurrence (c.-à-d. qu’elle n’est pas censé réaliser du travail qui est actuellement effectué par le secteur privé et qu’elle ne devrait pas déplacer des employés du secteur public), il faut reconnaître qu’il y aura toujours un certain chevauchement dans le type de travail effectué par les trois secteurs (privé, public et sans but lucratif). Par exemple, l’aménagement paysager et la collecte des déchets sont effectués par les municipalités, les entreprises privées et les organismes sans but lucratif. Pourtant, de nombreux espaces publics ont encore besoin d’être nettoyés et réhabilités en masse, soit parce que les entreprises privées ne sont pas incitées à y faire des profits, soit parce que les municipalités et les organismes sans but lucratif n’ont pas les ressources financières nécessaires pour répondre à ces besoins.

La GE peut servir de programme complémentaire qui emploie des personnes pour travailler à des projets de nettoyage et de réhabilitation de l’environnement.

11. Peut-on placer les travailleurs de la GE chez des entrepreneurs privés ?

En règle générale, non, mais ceci est sujet à quelques exceptions. Étant donné que l’objectif premier de la GE est de fournir des emplois aux chômeurs sur demande en renforçant l’utilité publique, les entreprises privées n’agiront pas en tant qu’organismes chargés de l’exécution des projets. La GE aide à combler les besoins de la communauté en assurant la liaison avec le secteur public et les institutions à but non lucratif et n’est pas gérée comme un programme à but lucratif. Toutefois, les programmes d’apprentissage peuvent être conçus en collaboration avec des entreprises privées pour aider les jeunes hommes et les jeunes femmes à acquérir des compétences techniques spécifiques et à faire la transition vers ces types d’emplois du secteur privé.

12. Pourquoi dites-vous que le salaire de la GE est le salaire minimum effectif et la norme de travail pour l’économie ?

La GE remplit cette fonction en tant qu' »option publique pour le travail » parce qu’elle est ouverte à tous, quel que soit leur revenu ou leur statut sur le marché du travail. Quelles que soient les conditions de travail et de rémunération qu’elle offre, elle deviendra la norme pour l’ensemble de l’économie. Dans des circonstances spéciales, quelqu’un peut préférer un travail moins bien rémunéré dans le secteur privé, mais en règle générale, le salaire horaire proposé pour la GE (15 $ l’heure, plus les avantages sociaux) deviendra le salaire minimum effectif. Il existe des preuves empiriques qui illustrent cet effet (Tcherneva 2013).

La GE renforce les options de travail d’une famille. Pourquoi jongler avec deux emplois à temps partiel sous la contrainte pour joindre les deux bouts s’il y a une possibilité d’emploi bien rémunéré à temps plein dans la GE. De plus, comme certains des avantages offerts par la GE sont très populaires (p. ex., l’assurance-maladie garantie), de nombreuses personnes peuvent s’inscrire au programme pour les obtenir. Si les entreprises souhaitent retenir ces travailleurs, elles devront non seulement leur offrir le salaire, mais aussi les avantages sociaux et les conditions de travail que la GE établit.

Il y a un argument important à faire valoir en faveur de la prestation de soins de santé universels (et d’autres avantages), quel que soit le statut d’emploi d’une personne. Mais en l’absence d’une telle politique, l’intégration des prestations de santé dans l’ensemble des avantages salariaux de la GE est un moyen rapide d’obtenir une couverture quasi universelle. Quels que soient les salaires et les avantages sociaux qu’offre l’entreprise commune, ils constitueront la norme minimale pour les conditions de rémunération dans l’ensemble de l’économie.

13. Pourquoi dites-vous que ce programme est un meilleur stabilisateur anticyclique ?

Lorsque l’économie entre en récession (en moyenne tous les sept ans aux États-Unis), les entreprises licencient massivement des travailleurs. Les dépenses gouvernementales augmentent automatiquement, y compris pour l’assurance-chômage, l »Assurance Temporaire pour les Familles en Difficulté (TANF) et d’autres programmes de lutte contre la pauvreté. D’autres programmes gouvernementaux tentent de faire croître l’économie, comme des réductions d’impôt ou de taux d’intérêt, des subventions ou d’autres incitatifs aux entreprises privées. Bien que les dépenses publiques augmentent toujours de façon anticyclique en période de récession, depuis les années 1980, elles n’ont pas réussi à produire une forte croissance de l’emploi en période de reprise. Le reprise du chômage est devenue la norme.

Une fois la GE en place, comme les entreprises mettent à pied des travailleurs en période de récession, ces mêmes travailleurs peuvent faire la transition directement vers la GE. Sans l’aide sociale, ils font face à des perspectives incertaines de trouver un autre emploi, et le peu d’aide au chômage qu’ils reçoivent leur assure qu’ils réduiront leurs dépenses – ils sauteront des déplacements de shopping, des sorties au restaurant ou des sorties au cinéma. Cet effet d’entraînement se traduit par la mise à pied d’un plus grand nombre de travailleurs – serveurs, exploitants de caisses enregistreuses, préposés aux billets de cinéma, et bien d’autres. Dans un sens, un chômeur en jette un autre sans emploi.

La GE stoppe et empêche ce cercle vicieux. Lorsque l’emploi dans le secteur privé diminue et que des travailleurs sont mis à pied, ils passent dans la GE. L’augmentation des dépenses publiques consacrées à l’embauche de ces travailleurs est le stimulant dont l’économie et le secteur privé ont besoin pour se remettre d’une récession profonde.

Les habitudes de dépenses sont beaucoup plus stables lorsqu’une personne obtient un emploi (comparativement à l’assurance-chômage) et l’effet d’avalanche des mises à pied est contenu. Au fur et à mesure que l’économie commence à croître, ces travailleurs retournent à leur ancien emploi ou à d’autres possibilités d’emploi mieux rémunérés. Le programme se rétrécit à mesure que l’économie prend de l’expansion. Le programme est donc un tampon anticyclique, un complément à l’activité du secteur privé. IL se développe en période de récession et se contracte en période d’expansion, assurant ainsi la stabilisation anticyclique nécessaire. Il est supérieur aux méthodes de stabilisation actuelles, car il n’utilise pas les chômeurs pour stabiliser la croissance et l’inflation, et réduit ainsi considérablement les coûts actuels du chômage (voir question 15). Il fait en sorte que les périodes de reprise sans emploi appartiennent au passé, en assurant le plein emploi réel à long terme, que ce soit dans les bons ou les mauvais moments.

14. Pourquoi ce programme est-il parfois appelé emploi de stock tampon ?

Voir la question 13. Un programme de stock tampon est un programme qui stabilise le prix d’un produit en le vendant quand son prix augmente et en l’achetant quand son prix baisse.

Par exemple, les gouvernements du monde entier gèrent divers programmes de stock complet ou quasi-tampon pour les produits de base. Aux États-Unis, l’article 32 de l’Agriculture Act de 1935 autorisait le gouvernement à acheter l’excédent de production de divers produits agricoles. Aujourd’hui, le ministère américain de l’Agriculture continue d’administrer des programmes de paiements directs et contracycliques pour les produits admissibles. Ces programmes ont pour effet d’assurer que le prix de ces produits ne tombe jamais en dessous du prix administré par le gouvernement, ce qui signifie que les produits eux-mêmes sont en quelque sorte « pleinement employés ». Et, alors que nous le faisons pour les marchandises, nous ne le faisons pas pour le travail.

La GE est cette politique. Elle achète (embauche) la main-d’œuvre excédentaire (les chômeurs) à un prix fixe (le salaire de base), assurant ainsi son plein emploi. Lorsque la demande privée de travailleurs augmente, le stock tampon de la GE diminue à mesure que les personnes passent à l’emploi dans le secteur privé.

L’analogie avec les produits agricoles est peut-être désagréable, mais le mécanisme macroéconomique est tout à fait similaire. Pour des raisons évidentes, il est plus important de maintenir le prix et le plein emploi de la main-d’œuvre que du soja.

15. Pourquoi dites-vous que la GE dispose d’un mécanisme anti-inflationniste supérieur?

Il n’y a que deux options d’achat d’actions tampon en ce qui concerne le contrôle de l’inflation. Soit nous permettons au bassin de chômeurs d’augmenter et de diminuer avec les changements dans l’activité économique (le statu quo), soit nous concevons un programme à long terme pour employer directement les chômeurs qui fait la même chose. Actuellement, la Réserve fédérale utilise le chômage pour contrôler l’inflation. Le taux de chômage non accéléré (NAIRU) est le guide de référence pour décider quand il faut freiner et ralentir la croissance économique. Si la Fed estime que le bassin de chômeurs s’est réduit à des niveaux  » indésirables  » (c’est-à-dire que trop de personnes ont un emploi), elle augmente les taux d’intérêt dans le but de ralentir le pouvoir d’achat, d’augmenter le chômage et d’éliminer ainsi toute pression inflationniste qui pourrait résulter du trop grand nombre de personnes ayant un emploi et des revenus. Comme l’a fait valoir le regretté économiste William Vickrey, lauréat du prix Nobel, c’est l’équivalent du vandalisme économique.

En revanche, la GE prend de l’expansion en période de récession (périodes déflationnistes) et de contraction en période d’expansion (périodes inflationnistes), remplissant exactement la même fonction de réponse anticyclique aux variations de la demande globale que le NAIRU est censé servir, sauf qu’il le fait en établissant un salaire plancher supérieur à la pauvreté, en fournissant des emplois à tous ceux qui en ont besoin, en assurant une production utile pour la société et en réduisant les coûts hors normes du chômage.

16. La GE se substitue-t-elle à d’autres politiques budgétaires ou monétaires ?

Non. Voir les questions 13, 14 et 15. Des politiques budgétaires ou monétaires sont nécessaires pour atteindre d’autres objectifs, mais la GE est un puissant outil de politique macroéconomique. Elle évite d’avoir à procéder à des ajustements budgétaires ou monétaires qui maintiennent un stock tampon de chômage donné et le remplacent par une politique de stock tampon pour l’emploi. Toutefois, pour atteindre d’autres objectifs – tels que des investissements stratégiques, une meilleure répartition des revenus, une gestion globale de l’inflation, la stabilité financière, etc. – des politiques monétaires et budgétaires différentes seraient nécessaires.

17. Pourquoi implémenter une GE ? Pourquoi ne pas simplement ajouter des exigences de travail aux programmes sociaux existants comme TANF [NdT : Assistance Temporaire pour Familles dans le Besoin], SNAP [Programme d’Aide Nutritionnelle Supplémentaire] ou, comme cela a été récemment proposé, Medicaid [NdT : assurance maladie aux individus et aux familles à faible revenu et ressource] ?

Comme nous l’avons vu plus haut, le chômage est un problème persistant. Il y a plus de gens qui veulent un emploi qu’il n’y a d’emplois disponibles, même dans le meilleur des cas. Exiger des gens qu’ils travaillent pour leur bien est un jeu cruel de chaises musicales. Et comme le gouvernement a déjà imposé des exigences de travail pour certaines prestations sociales, il incombe également au gouvernement de garantir ces possibilités d’emploi. Dans le contexte politique actuel, la GE est impérative.

Comme la GE offre un travail décent à un salaire décent et qu’elle est ouverte à tous, il s’agit d’une alternative très attrayante aux politiques punitives d’aide sociale existantes, car elle permet aux familles de sortir de la pauvreté et élimine la nécessité de s’inscrire à ces programmes.

18. La GE n’est-elle pas juste un programme de travail obligatoire ?

Non. Voir question 17. Le programme est basé sur le principe du « travail équitable » et non du « workfare ». Il n’oblige pas les gens à travailler pour obtenir leurs prestations. Il s’agit plutôt d’une solution de rechange aux programmes de travail obligatoire existants.

La GE est un « travail équitable » en ce sens qu’elle offre une chance équitable à toute personne d’obtenir un emploi décent et bien rémunéré. Non seulement elle fournit le filet de sécurité d’emploi nécessaire, mais elle modifie également les conditions macroéconomiques auxquelles les gens sont confrontés dans leur quête d’une vie meilleure.

Une GE répond à l’appel de la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies et de la Charte des droits économiques de la FDR en reconnaissant que l’accès à un travail décent est un droit humain fondamental et une condition préalable de la justice sociale et économique.

19. Les emplois de la GE ne sont-ils pas simplement « créer des emplois » ?

Non. Les programmes d’emploi direct dans le monde entier démontrent qu’il n’est pas difficile de trouver des  » choses utiles  » à faire. Ces programmes ont des effets positifs importants sur les gens, les collectivités et l’environnement. Pour connaître l’impact durable de la création d’emplois directs aux États-Unis, vous pouvez consulter cette carte : https://livingnewdeal.org/map/

Bien que certains projets publics puissent échouer, comme c’est également le cas dans le secteur privé, les programmes de création d’emplois publics en général ont tendance à être fructueux et populaires. Non seulement ces programmes comblent d’importantes lacunes en matière de besoins et ont un impact matériel sur la vie des communautés et des gens, mais ils leur donnent aussi les moyens d’agir.

La GE élimine la menace existante du chômage, que les entreprises privées utilisent dans leurs pratiques d’embauche. La GE exerce une pression à la hausse sur les salaires au bas de la distribution des revenus. Elle offre également des possibilités de formules de travail coopératif. Elle peut socialiser certaines formes de production qui sont faites dans un but lucratif et démontre que les gens sont capables de gérer et d’organiser leur communauté par eux-mêmes.

Par conséquent, le défi auquel ces programmes sont confrontés n’est pas qu’il n’y a pas assez de choses utiles à faire, ou qu’ils vont créer des projets de création d’emplois. Le problème, c’est qu’en raison de leur efficacité, ils ont tendance à se heurter à des intérêts privés, qui se mobilisent alors et exercent des pressions extérieures considérables pour les sous-financer et les privatiser – un problème grave, mais non insurmontable (voir question 47).

20. Vous avez proposé un modèle entrepreneurial à but non lucratif/social pour la GE (Tcherneva 2014). Comment pouvez-vous être sûr que suffisamment de projets seront proposés par les organisations non gouvernementales (ONG) et les entreprises socio-entrepreneuriales (ESE) pour fournir du travail à tous ?

La GE fonctionne comme un programme hybride qui utilise les meilleures pratiques établies par les États et les localités, les ONG, les ESE et d’autres institutions publiques. Le Ministère du Travail (MdT) et les banques d’emplois communautaires peuvent solliciter des projets auprès des ONG, des ESE et des gouvernements municipaux, mais la responsabilité finale qu’un nombre suffisant de projets aient été sollicités ou conçus incombe à la nouvelle agence du MdT créée pour gérer le programme.

Le MdT fournira des lignes directrices et des directives aux localités afin de créer suffisamment d’emplois pour tous. Les chômeurs s’inscrivent auprès des guichets uniques d’emploi et indiquent s’ils souhaitent bénéficier de l’assurance-chômage ou s’inscrire à la GE. S’ils préfèrent travailler, ils ne seront pas admissibles à l’assurance-chômage.

Les guichets uniques d’emploi sont chargés de fournir tous les types de travail aux chômeurs. S’il y a des possibilités d’emploi dans le secteur privé, ils peuvent essayer d’y placer les chômeurs, ou dans d’autres emplois traditionnels du secteur public ou sans but lucratif. Mais si ces possibilités sont rares, les guichets uniques d’emploi serviront également de guichets uniques d’emplois publics qui présenteront aux chômeurs plusieurs options de travaux publics offertes dans le cadre du programme de la GE.

Les guichets emplois publics auront déjà conclu une entente avec les écoles, les bibliothèques, les foyers de soins infirmiers, les groupes environnementaux et d’autres organismes communautaires locaux pour accepter les nouveaux chômeurs comme stagiaires, où ils pourront suivre les enseignants, les entraîneurs, les infirmières et les bibliothécaires et les aider dans leur travail continu jusqu’à ce que l’on trouve une possibilité de travail plus appropriée pour eux.

Si les organisations locales chargées de l’exécution des projets ne savent pas qu’il y a beaucoup plus de chômeurs locaux qui ont besoin de travail que les projets qu’elles ont proposés et conçus, il incombera aux guichets uniques locaux d’entrer en contact avec divers prestataires locaux et, en coopération avec la municipalité, de lancer de nouveaux projets.

Il s’agit d’un plan directeur pour la mise en œuvre du programme. Des essais et des erreurs, de l’expérimentation et des améliorations continues seront nécessaires pour assurer le succès à long terme du programme.

Cette conception de programme permet d’atteindre le véritable plein emploi, selon la définition de Beveridge (1944), en s’assurant qu’il y a  » toujours plus d’emplois vacants que d’hommes au chômage, pas un peu moins d’emplois « .

21. Qui est l’employeur officiel ?

Les organismes chargés de l’exécution du projet, c.-à-d. les municipalités, les localités, les organismes sans but lucratif locaux et les ESE. Le MdT approuve les projets et verse les paiements, comme il le fait actuellement pour l’assurance-chômage. Si les travailleurs de la GE étaient classés dans la catégorie des employés fédéraux, il faudrait une nouvelle loi supplémentaire pour permettre à la nouvelle agence d’embaucher des millions de personnes dans le cadre du programme. Pour cette raison, il est proposé que le programme soit financé par le gouvernement fédéral, mais administré localement.

22. Si une ONG engage des travailleurs de la GE avec d’autres travailleurs d’ONG, qui décide quels salaires seront payés par le gouvernement ?

Lorsque les organismes chargés de l’exécution des projets présentent une demande de financement et de dotation pour de nouveaux projets, ils doivent démontrer qu’ils ne déplacent pas des projets ou des travailleurs existants. Il s’agit d’une pratique courante lorsque des entreprises ou des organisations obtiennent des marchés publics. L’un des défis pour ces employeurs sera le niveau du salaire de la GE. Le salaire horaire proposé pour la GE est de 15 $ plus les avantages sociaux, tandis qu’une ONG peut payer certains de ses travailleurs 10 $ de l’heure ou le salaire minimum fédéral. Ainsi, l’ONG subira des pressions pour augmenter les salaires de ses employés actuels afin qu’ils soient équivalents à ceux des employés de la GE.

Il s’agit d’un changement de salaire ponctuel que l’on pourrait s’attendre à observer dans l’ensemble de l’économie à la suite de la mise en œuvre de la GE. Cela aura des répercussions non seulement sur les ONG qui embauchent, mais aussi sur les entreprises privées et les institutions publiques qui paient moins de 15 $ l’heure. Cet effet de salaire est une caractéristique plutôt qu’un bug du programme. Le degré de perturbation pour ces employeurs dépendra de la façon dont la GE sera mise en place progressivement. L’objectif est d’établir un plancher de salaire minimum de subsistance efficace. Il est à noter que si le salaire minimum avait suivi le rythme de l’augmentation de la productivité des travailleurs, il aurait été supérieur à 19 $ l’heure en 2017 (Economic Policy Institute 2017).

23. Et si les travailleurs de la GE font un travail très important et qu’il n’est pas judicieux de les laisser partir ?

Le fait que les gens entrent et sortent du travail (privé ou public) n’est pas un phénomène nouveau. On s’attend à ce que la GE améliore la capacité des gens à trouver des possibilités d’emploi, parce qu’ils ne sont pas pris au piège de l’oisiveté forcée (chômage). Si nous constatons que certains projets de la GE sont absolument cruciaux et ne peuvent se permettre de perdre des travailleurs, ces travailleurs peuvent être retirés du programme de la GE et intégrés aux programmes conventionnels du secteur public qui paient des salaires plus élevés pour les retenir.

24. Que faire si les gens ne souhaitent pas quitter le programme de la GE ?

Il est possible que certaines personnes trouvent l’emploi communautaire local, à salaire de subsistance, comme leur emploi de rêve. La GE leur souhaite la bienvenue. Cela pourrait entraîner la reclassification de certains de ces postes en postes permanents de la fonction publique s’ils continuent de servir l’intérêt public. Supposons que les jardins communautaires deviennent un élément indispensable d’un paysage urbain. Ils peuvent être transférés à un programme ou à un organisme différent qui les finance de façon permanente. Même dans ce cas, les jardins communautaires peuvent encore servir d’organismes d’exécution de projets, fournissant des emplois aux chômeurs et embauchant des travailleurs supplémentaires pour la GE.

Supposons que d’autres personnes souhaitent quitter le marché du travail, mais qu’elles ont de la difficulté à faire la transition vers le secteur privé. La GE leur fournira des ressources supplémentaires en matière de formation et d’éducation, des possibilités d’apprentissage et des programmes de placement dans le secteur privé.

25. Les besoins des chômeurs structurellement et cycliquement au chômage sont différents. La GE peut-il vraiment créer rapidement des emplois pour tous ?

Du point de vue des chômeurs, peu importe qu’ils soient structurellement ou cycliquement au chômage. Pour les architectes du programme de la GE, cette distinction peut sembler logique, bien qu’il y ait un chevauchement considérable entre les deux catégories – bon nombre de ceux qui sont licenciés pendant les récessions ont de plus en plus de difficulté à trouver du travail pendant les périodes de reprise et finissent par devenir structurellement et durablement au chômage. La GE est conçue en tenant compte de la personne et de ses besoins, ce qui fait qu’en ce qui concerne l’utilisation réelle de la GE, il y a plusieurs considérations différentes.

Par exemple, surtout peu de temps après le lancement du programme, certains chômeurs peuvent ne pas s’inscrire à la GE parce qu’ils ne sont pas familiers avec le programme. Il incombe aux Guichets uniques pour l’emploi (aussi appelés bureaux de chômage) de fournir les informations nécessaires et un menu d’options d’emploi.

Deuxièmement, une fois inscrits au programme, les gens peuvent avoir de la difficulté à s’en sortir, soit parce qu’ils ont déjà été sans emploi pendant une longue période, soit parce qu’ils font face à d’autres obstacles à l’emploi dans le secteur privé. La GE sera chargée de les aider dans cette transition, afin que les gens ne finissent pas par rester dans le programme plus longtemps qu’ils ne l’espéraient.

D’autres encore préféreront peut-être l’option de la GE plutôt que toute autre solution. La GE les accueille (voir question 25). Enfin, si les chômeurs cycliques veulent entrer ou sortir rapidement de la GE, ils peuvent être placés dans des emplois qui ne perturbent pas de manière significative le travail effectué. Par exemple, un tel travail non perturbateur pourrait inclure l’observation d’enseignants, d’infirmières ou de bibliothécaires ou la participation à de petits projets permanents d’infrastructure, de réhabilitation ou d’écologisation qui peuvent facilement accueillir des travailleurs supplémentaires, mais qui ne seront pas interrompus si certains d’entre eux quittent. Encore une fois, la capacité d’absorber ou de se débarrasser des employés n’est pas un défi unique pour la GE. En effet, chaque segment du marché du travail dans le secteur privé, le secteur sans but lucratif ou le secteur public traite avec les nouveaux venus et les personnes qui quittent leur emploi sur une base continue.

Une fois que le programme est en place et qu’il est bien connu, les chômeurs cycliques, structurels ou saisonniers peuvent vouloir s’en prévaloir régulièrement. Le programme les accommodera parce que la GE est conçue comme une réponse préparatoire au chômage, avec des projets pré-approuvés et des agences qui pourraient les exécuter s’il y avait une augmentation soudaine de la demande pour des emplois.

26. Les travailleurs de la GE peuvent-ils être licenciés ?

Oui. Les gens sont payés pour travailler. S’ils ne se présentent pas au travail, ils ne recevront pas de chèque. S’ils menacent la sécurité d’autrui, ils seront licenciés.

Cependant, en examinant cette question, il est important de noter que la GE n’est pas un organisme à but lucratif. Elle produit des biens et services publics. Le succès du programme et le rendement individuel du programme ne seront pas jugés en fonction de « critères d’efficience » du secteur privé. Sa raison d’être est fondamentalement différente : il s’agit d’adapter les emplois aux gens, de répondre aux besoins de l’environnement, de la collectivité et des gens et d’améliorer le bien commun. Son but n’est pas de minimiser les coûts et de maximiser les profits.

Par conséquent, ce qui constitue une non-exécution dans la GE sera très différent de celui d’une entreprise privée. Une personne ne peut être congédiée pour avoir fait un travail qui est considéré comme « non rentable ». Ils peuvent être congédiés pour non rendement, tel que défini ci-dessus (p. ex., ne pas se présenter ou préoccupations liées à la sécurité), mais seulement après avoir été encadrés et avoir reçu une aide suffisante pour réussir au travail. Parce que la GE correspond aux emplois de la personne, il se peut que « l’adéquation » ne soit pas bonne. Ensuite, tous les efforts seront faits pour déplacer cette personne vers une autre possibilité d’emploi où elle pourra réussir. Si des facteurs externes nuisent à la capacité d’une personne de conserver son emploi au sein de la GE – par exemple, l’abus de drogues ou d’alcool – elle peut être orientée vers les programmes de réadaptation nécessaires, qui peuvent être offerts par l’entremise de la GE elle-même. La GE est un pas vers une approche plus holistique pour faire face aux privations multiples auxquelles de nombreuses familles sont confrontées.

Le but de la GE est d’aider à améliorer l’intérêt public. L’un des éléments de cet objectif public est de trouver un mécanisme permettant à toute personne qui veut travailler d’être en mesure de s’acquitter de son travail et d’en bénéficier.

27. Comment jugez-vous le succès d’un programme ?

Le premier critère de réussite est de savoir si le programme a fourni du travail à tous ceux qui se sont présentés pour demander un emploi au Guichet unique de l’emploi. Deuxièmement, ce travail leur convient-il et leur a-t-il offert des possibilités de formation, d’éducation ou d’apprentissage (au besoin) ? Troisièmement, les emplois ont-ils comblé des besoins communautaires particuliers ? Combien de terrains abandonnés ont été nettoyés et réhabilités ? Le programme de la GE a-t-il contribué à réduire le problème alimentaire aux États-Unis ? A-t-il eu recours à des pratiques agricoles durables ? A-t-il fourni suffisamment d’activités extrascolaires et de soins de qualité pour les personnes âgées ? Les autres efforts seront mesurés strictement selon des critères techniques. Les méthodes d’érosion des sols et de prévention des incendies ont-elles suivi les meilleures pratiques ? Des progrès suffisants ont-ils été réalisés en ce qui concerne la construction/fortification de digues ? Le succès du programme se mesure encore une fois à l’atteinte des objectifs d’intérêt public.

28. Si vous pouvez congédier des gens du programme, alors la menace du chômage n’est pas éliminée ?

La menace actuelle du chômage est éliminée. La GE change fondamentalement le fonctionnement du marché du travail. Le plein emploi est assuré, un salaire de base est solidement établi et l’existence d’une option d’emploi public modifie le pouvoir de négociation des travailleurs dans les formes d’emploi les plus précaires – ceux qui se trouvent au bas de la répartition des revenus.

Non seulement le chômage de masse est chose du passé, mais les conditions dans le secteur privé changent, car les entreprises doivent (au minimum) s’aligner sur les conditions offertes par l’option publique en termes de salaires et de prestations.

29. Si vous pouvez licencier des gens du programme, alors ce n’est pas une vraie GE, n’est-ce pas ?

Bien sûr que ça l’est. Nous garantissons l’accès à une bibliothèque publique à tous. Il peut arriver qu’on demande à une personne de quitter les lieux, mais à moins qu’elle ne menace la sécurité du public, on ne lui refuse pas l’accès à la bibliothèque publique la prochaine fois qu’elle se présente.

Un autre exemple est l’éducation publique, qui est garantie à tous les enfants. Il arrive que des élèves aient des ennuis et soient suspendus ou renvoyés. Par principe (bien qu’il soit possible de l’améliorer dans la pratique), nous cherchons des moyens d’aider ces élèves – nous faisons des renvois et trouvons des programmes de réadaptation, ou nous les mettons en contact avec des agents de liaison communautaires et des programmes pour les jeunes à risque pour les aider à rester aux études et à réussir. Encore une fois, même si certains enfants passent entre les mailles du filet et qu’il faut beaucoup plus pour les aider, c’est le principe qui sous-tend l’éducation publique – qu’elle est garantie à tous et que chacun a droit à l’éducation.

Le même engagement s’applique à la plupart des programmes qui garantissent d’autres droits – non seulement le droit à l’éducation et aux bibliothèques publiques, mais aussi aux services postaux, à la prévention des incendies, à la sécurité publique et à la sécurité. La GE offre la même « garantie ». C’est l’assurance que personne ne se verra refuser l’accès à un emploi s’il en a besoin, tout comme personne ne peut se voir refuser une visite par les pompiers en cas d’incendie. Comme ci-dessus, si une personne désire travailler mais ne peut le faire en raison de problèmes de santé mentale, par exemple, le programme cherchera à la mettre en contact avec d’autres programmes qui sont plus appropriés pour répondre à ses besoins. Par ailleurs, si des personnes veulent travailler mais que leurs responsabilités de soignants ou le manque de moyens de transport appropriés les en empêchent, la GE s’efforcera d’atténuer ces obstacles en faisant les investissements appropriés.

30. Qu’en est-il des personnes qui ne veulent pas travailler dans le programme ?

Il s’agit d’un programme volontaire. Personne n’est tenu d’y travailler. Les non-participants continueraient de bénéficier du programme. Les personnes qui se trouvent en dehors du marché du travail bénéficient des services publics améliorés. Celles qui ne souhaitent travailler que dans le secteur privé bénéficient encore de meilleures possibilités d’emploi parce que la GE améliore les conditions économiques générales. Et si elles ne trouvent pas d’emploi convenable dans le secteur privé, elles ont toujours la possibilité de s’inscrire à la GE ou à d’autres programmes de soutien de la famille et du revenu.

Comme nous l’avons vu plus haut, la GE n’est pas une panacée pour tous les maux sociaux. Il s’agit d’un programme qui s’inscrit dans le cadre d’un programme politique plus large qui renforcerait le salaire social et offrirait d’autres prestations universelles qui ne dépendent pas de la situation sur le marché du travail d’une personne.

31. Mais ce programme n’est-il pas sujet à l’inefficacité, à la corruption et aux abus ?

Comme ci-dessus (voir questions 26-28), les critères d’efficience du secteur privé ne s’appliquent pas ici. La question est la suivante : les écoles publiques, les banques de sang, les bibliothèques et les centres de santé communautaires sont-ils plus sujets à la corruption, à l’inefficacité ou aux abus ? Les fermes, les garderies, les théâtres et les services de surveillance du poisson sont-ils particulièrement vulnérables à ces problèmes ? Il n’est pas certain qu’ils le soient. On peut soutenir qu’il existe de nombreuses initiatives du secteur privé plus sujettes à la corruption et aux abus que ces exemples.

32. La GE n’augmentera-t-elle pas la taille du secteur gouvernemental ?

Pas nécessairement. Selon l’impact du programme sur les coûts sociaux du chômage, on pourrait même dire qu’il pourrait même faire diminuer le secteur gouvernemental.

La plupart des gens craignent les coûts financiers de ces programmes. Comme nous l’avons mentionné à la question 1, ils sont encore relativement modestes compte tenu de nos hypothèses audacieuses sur la taille du programme : 0,8 % à 2 % du PIB. Toutefois, ce chiffre n’a pas beaucoup de sens s’il n’est pas comparé aux avantages sociaux qui découlent de ces programmes.

L’objectif de la GE est d’accroître l’offre de biens publics tout en réduisant les coûts sociaux, économiques et politiques démesurés du chômage. Deuxièmement, notre modèle indique qu’il augmente en permanence le PIB et l’emploi privé. Enfin, la GE agit de façon anticyclique – plus l’économie est forte, plus le programme est réduit. Elle augmentera en période de récession et constituera la force stabilisatrice anticyclique qui rétablira les salaires dans le secteur privé. Par conséquent, le programme se rétrécit lorsque l’économie se redresse.

Comme nous l’avons mentionné plus haut (p. ex., question 3), les coûts réels du chômage sont énormes et déjà payés. Les ressources physiques et financières que les États américains consacrent à l’incarcération, à la pauvreté, à la mauvaise santé et à d’autres problèmes sociaux sont déjà très importantes. Si la GE a les effets préventifs évoqués ci-dessus, elle pourrait en fait réduire la taille du gouvernement et réorienter les ressources actuellement utilisées pour lutter contre les maux sociaux du chômage vers le fonctionnement du programme de la GE.

La GE est une politique « préventive ». Elle est à bien des égards « moins chère » en termes réels et financiers que le statu quo. En termes de coûts, nous ferons bien de nous concentrer sur les coûts réels et les avantages réels de la mise en œuvre d’une GE et de les distinguer des coûts financiers et des avantages financiers.

33. Les gens resteront coincés dans le programme de la GE et ne partiront jamais.

L’objectif premier de la GE est d’offrir des opportunités de travail décent aux personnes qui en ont besoin. Comme indiqué ci-dessus, la taille du programme dépendra des tendances de l’emploi dans le secteur privé et d’autres politiques gouvernementales.

Si quelqu’un veut travailler et n’a pas trouvé d’emploi par l’entremise de la GE, le programme est « trop petit  » par rapport aux besoins et devrait être élargi. Mais tout comme il y a toujours des chômeurs à toutes les phases du cycle économique, avec la GE en place, il y aura toujours certaines personnes qui seront inscrites à la GE, même dans le meilleur des cas.

34. Êtes-vous en train de dire que le gouvernement devrait employer tout le monde ?

Non. (Voir les questions 32, 33 et 35). La grande majorité des emplois sont dans le secteur privé. La GE ne change rien à cela. Selon le Bureau of Labor Statistics, en janvier 2018, 85 pour cent de tous les travailleurs étaient employés dans le secteur privé (à but lucratif et sans but lucratif). Le gouvernement fédéral n’employait que 2 % de la main-d’œuvre totale ; les États et les municipalités employait les 13 p. 100 restants. En même temps, le coût du chômage pèse sur tous, mais est principalement supporté par le secteur public.

Selon les hypothèses les plus audacieuses au sujet de la taille du programme (voir la question 1), et en fonction de l’ampleur du programme, la façon dont le programme est mis en œuvre progressivement, il est possible que le programme de la GE emploie, à son apogée, environ 10 pour cent de la population active (c’est essentiellement l’équivalent du taux de chômage actuel et du sous-emploi). Les travailleurs seraient répartis entre les États, les localités et les organismes à but non lucratif. Dans le cas d’une forte expansion, ce nombre serait beaucoup plus faible, à mesure que les gens feraient la transition vers d’autres formes d’emplois traditionnels dans le secteur privé ou public.

Le secteur privé restera le principal moteur de la croissance de l’emploi. Notez que, d’une manière ou d’une autre, le chômage est déjà « payé », de sorte que la GE s’assure simplement que nous payons pour l’emploi et génère une valeur sociale positive dans le processus.

35. L’ancien bloc soviétique n’avait-il pas une GE ? N’est-ce pas ce que vous proposez ?

Non, la GE n’a rien à voir avec ça. Tout d’abord, la GE fonctionne dans les conditions du marché et sert de complément à l’emploi dans le secteur privé (voir les caractéristiques du stock tampon aux questions 14 et 34). Plus le marché du travail du secteur privé est fort, plus le programme de la GE est petit. Dans l’ancien bloc soviétique, dans des conditions d’économie dirigée, le gouvernement était l’employeur du premier et (dans de nombreux endroits) le seul recours. En revanche, la GE est l’employeur de dernier recours et le gouvernement fédéral ne procède normalement pas à l’embauche.

Les États, les municipalités, les organismes sans but lucratif et les SEVs sont les employeurs officiels. Le gouvernement fédéral ne paie que pour le programme. Selon la façon dont le programme est mis en œuvre et la façon dont le secteur privé s’ajuste, le programme n’emploierait qu’une petite fraction de la population.

36. C’est une tâche intimidante. Pouvons-nous l’introduire progressivement et comment ?

Des exemples historiques indiquent que des programmes d’emploi à grande échelle peuvent être lancés dans un court laps de temps et fonctionner assez efficacement (voir la question 37). Cependant, une façon d’introduire progressivement la GE est de mettre en œuvre d’abord une GE pour les jeunes (voir les exemples de programmes de ce type à la question 37). Il y a eu de nombreux programmes réussis dans le monde entier qui montrent les résultats extrêmement positifs des programmes d’emploi direct pour les jeunes. Un tel groupe de jeunes peut servir de projet pilote qui peut être étendu à différente groupes et éventuellement à tous ceux qui sont en âge légal de travailler et qui souhaitent travailler.

37. Y a-t-il eu des programmes dont nous pouvons tirer des leçons ?

Oui. Il y a eu d’innombrables programmes d’emploi direct dans le monde – petits et grands – que nous pouvons utiliser comme exemples. Il s’agit souvent de programmes ciblés ou limités dans le temps. Par exemple, le programme d’emploi de l’Argentine a été mis en œuvre pendant la grave crise économique du début des années 2000 ; il a été éliminé progressivement à mesure que l’économie se rétablissait. De même, les États-Unis ont créé les programmes d’emplois du New Deal pendant la Grande Dépression pour faire face à la crise de l’emploi et, comme l’Argentine, ont mis fin à ces programmes lorsque les conditions économiques se sont améliorées. D’autre part, au cours de la dernière décennie, l’Inde a mis en œuvre un programme permanent de GE.

Les programmes plus modestes, comme les garanties d’emploi pour les jeunes et les programmes pour les sans-abri et les ex-détenus, donnent également des résultats extrêmement positifs. Ce qui suit est une brève discussion :

a) Programmes d’emploi à grande échelle : (i) Plan Jefes y Jefas, Argentina, (ii) National Rural Employment Guarantee Act (NREGA), India, (iii) New Deal, États-Unis

b) Garanties pour l’emploi des jeunes : (i) Youth Incentive Entitlement Pilot Projects (YIEPP), United States, (ii) Future Jobs Fund, Royaume-Uni

c) Petits programmes d’emploi direct, États-Unis : Programmes localisés dans des communautés en détresse qui desservent les sans-abri et les ex-détenus.

a) Grands programmes d’emploi aux États-Unis et à l’étranger

Partout dans le monde, il y a eu des initiatives de création directe d’emplois à grande échelle qui offrent des perspectives utiles.

Plan Jefes y Jefas en Argentine

L’Argentine a créé le Plan Jefes y Jefas au plus profond de la crise économique de 2001. Il garantit quatre heures de travail journalier rémunérées au salaire minimum à un chef de ménage au chômage (homme ou femme). Bien qu’il ne s’agisse pas d’un programme d’emploi dans la fonction publique universelle, son importance réside dans le fait qu’il s’inspire explicitement d’une proposition d’emploi dans la fonction publique élaborée aux États-Unis par des chercheurs de l’University of Missouri-Kansas City (alias l’employeur de dernier recours).

Le programme s’est rapidement développé pour atteindre deux millions de travailleurs (5 % de la population et 13 % de la main-d’œuvre y ont participé), mais il a également diminué à mesure que l’économie se rétablissait. Bien que le programme ait été abandonné au fur et à mesure que l’économie se redressait, il présentait des caractéristiques clés de la proposition de GE dont il a été question plus haut – il présentait des caractéristiques anticycliques, le salaire de Jefes servait de salaire de base, il produisait des biens et services publics précieux et il avait un impact positif important sur les travailleurs et leurs familles, en particulier les communautés marginalisées et sur les femmes. Les capacités administratives et institutionnelles n’ont pas empêché le lancement et le fonctionnement rapides du programme. Le programme a été mis en œuvre dans les six mois suivant sa promulgation.

National Rural Employment Guarantee Act (NREGA) en Inde

Comme nous l’avons vu plus haut, la GE est un programme permanent et universel qui fournit des emplois à tous, dans les bons comme dans les mauvais moments. Le programme en Inde se rapproche d’un tel programme. La NREGA garantit au moins 100 jours de travail salarié par ménage et par an. Le programme entérine le droit au travail rémunéré dans la loi – un droit qui a été inscrit dans les constitutions de nombreux pays, inspiré par la Déclaration des droits de l’homme des Nations Unies, bien que les pays signataires n’aient pas encore rempli cet engagement. Le programme de l’Inde garantit le travail par ménage seulement, et non par individu – comme dans cette proposition de la GE.

Bien que les conditions sociales et économiques de l’Inde soient profondément différentes de celles des États-Unis, l’importance de la NREGA réside dans le fait qu’elle a créé un cadre fondé sur les droits pour les programmes d’emploi salarié et a chargé le gouvernement de la responsabilité légale de fournir des emplois à ceux qui le demandent.

Le NREGA, tout comme la GE, garantit non seulement l’emploi sur demande, mais vise également à créer des actifs publics productifs spécifiques dans les communautés – puits, étangs, routes, parcs, etc. – et à fournir les services publics nécessaires, comme la conservation de l’eau, l’horticulture, la prévention des inondations, la protection contre la sécheresse, et autres projets environnementaux. Outre les avantages environnementaux documentés de NREGA, le programme a réduit l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes parmi les pauvres et a permis d’augmenter les salaires des travailleurs du secteur privé au plus bas niveau.

Le New Deal aux États-Unis

À bien des égards, le New Deal a inventé le modèle des programmes d’emploi direct à grande échelle pendant la Grande Dépression. On estime à 13 millions le nombre de travailleurs qui ont participé au programme Works Progress Administration (WPA), le plus important des programmes d’emploi. Comme Taylor (2009) le soutient, on peut attribuer à la WPA non seulement le revenu de ses travailleurs, mais aussi la création de l’infrastructure qui a soutenu l’effort de guerre ainsi que le boom de l’après-guerre. En fait, Taylor (2009) soutient que la WPA a amené les États-Unis au XXe siècle.

Aux États-Unis, le New Deal a été mis en place en quatre mois et, comme on l’a vu, le Plan Jefes y Jefas l’a été en six mois. Ces programmes étaient de taille semblable (par rapport aux populations nationales) au programme de la GE proposé ici. Et bien que le la GE s’écarte considérablement de ces programmes d’emploi à grande échelle, la recherche sur chacun d’entre eux a éclairé cette proposition.

b) Garanties d’emploi pour les jeunes

L’expérience des programmes d’emploi direct pour les jeunes donne à penser qu’ils apportent des avantages importants aux jeunes.

Youth Incentive Entitlement Pilot Projects (YIEPP) aux États-Unis

De 1978 à 1980, le YIEPP a garanti un emploi à 76,000 jeunes aux États-Unis. Au cours de sa courte existence, le programme a particulièrement bien réussi à réduire le taux de chômage chez les jeunes, à combler l’écart entre l’emploi et la population chez les jeunes Noirs et les jeunes Blancs et à améliorer leur capacité à faire la transition vers des possibilités d’emploi dans le secteur privé. Les augmentations d’emploi les plus importantes et les plus drastiques ont été observées chez les jeunes Noirs. Les documents d’évaluation du programme indiquent que, encore une fois, la prestation de la garantie d’emploi n’a pas été entravée par des difficultés administratives. En effet, malgré quelques difficultés de démarrage, le programme a connu un succès managérial important (Farkas et al. 1982).

Future Jobs Fund au Royaume-Uni

Un programme plus récent d’emploi des jeunes lancé en 2009 au Royaume-Uni, le Future Jobs Fund, a donné des résultats similaires. Le programme a été d’une durée exceptionnellement courte et a été transformé en programme d’aide sociale en 2010, passant d’une garantie d’emploi à durée indéterminée pour les jeunes qui souffrent de chômage de longue durée à un programme punitif qui les oblige à travailler pour toucher leurs prestations de chômage actuelles. Avant la réforme, 43 p. 100 des participants avaient réussi à obtenir un emploi permanent en moins d’un an. Le programme a amélioré les compétences spécialisées et transférables des jeunes, accru leur employabilité et amélioré le travail dans la fonction publique. Le programme était bien ciblé (85 % des emplois créés ont été occupés par des jeunes de 18 à 24 ans en chômage de longue durée – le groupe le plus défavorisé sur le marché du travail au Royaume-Uni) (Ali 2013). Les participants au programme ont également consacré moins de temps à l’aide sociale que les membres d’un groupe témoin. L’Institut national de recherche économique et sociale l’a qualifié de l’un des programmes les plus réussis de l’histoire récente (Ali 2013).

c) Petits programmes de création directe d’emplois aux États-Unis

Aux États-Unis, la ville d’Albuquerque gère un programme qui donne du travail aux sans-abri – des fourgonnettes de la ville viennent les chercher à des endroits où ils mendient, les conduisent à leur travail de jour et les ramènent dans un centre d’accueil sans but lucratif qui les relie à des services de logement, de travail et de santé mentale. En moins d’un an, le programme a permis de créer 932 emplois, de désherber et de nettoyer 196 pâtés de maisons et d’enlever près de 70 000 livres de déchets. En quelques mois seulement, plus de 100 personnes ont trouvé un emploi permanent. Le maire d’Albuquerque rapporte que 37 autres villes se sont informées sur le programme. Portland (Oregon) a un programme semblable pour les jeunes sans-abri. Des programmes pour les jeunes fonctionnent également à l’étranger, par exemple, la ville de Londres a un programme à petite échelle qui donne aux sans-abri des emplois de guides touristiques de la ville.

Les programmes qui placent les ex-détenus dans des emplois freinent la récidive et les taux de récidive. L’initiative « Ready4Work », basée à Jacksonville, fournit des emplois, de la formation, des conseils familiaux et des services de santé mentale et de bien-être. Ready4Work rapporte un taux de récidive de 29 % (comparativement à une moyenne nationale de 50 %) et un taux de récidive chez les jeunes de 67,7 % (Hunt et Dumville 2016).

Une opération à but non lucratif de Kansas City donne du travail aux jeunes à risque, aux chômeurs et aux autres résidents d’un des quartiers les plus pauvres de la ville, travaillant dans des lots agricoles, des entreprises familiales, un espace de fabrication, des espaces de travail en commun, des serres, des panneaux solaires, une bibliothèque, des activités aquatiques, des jardins communautaires, des classes, des activités extra scolaires et autres programmes. Le programme a entraîné une importante revitalisation et réhabilitation de la communauté et une réduction de 20 pour cent du taux de criminalité.

Ce ne sont là que quelques projets parmi les très nombreux qui existent aux États-Unis et qui visent à fournir des emplois aux chômeurs. Ce sont des exemples de ce à quoi pourrait ressembler la GE aux États-Unis.

38. Les travailleurs de la GE n’évinceraient-ils pas beaucoup d’opportunités de bénévolat ?

Pas nécessairement. La GE peut renforcer le bénévolat.

Certaines personnes qui font du bénévolat aujourd’hui le font peut-être dans l’espoir d’obtenir un emploi rémunéré. Certains peuvent préférer être payés par l’intermédiaire de la GE. Beaucoup d’autres, cependant, se portent volontaires pour des raisons personnelles et la GE ne les empêche pas de continuer à le faire. Le bibliothécaire de l’école peut obtenir un assistant dans le cadre du programme GE, mais les parents peuvent continuer à faire du bénévolat pendant les salons du livre de la bibliothèque de l’école ou les activités des PTAs [NdT : Associations Parents-Enseignants].

Le volontariat est une pratique essentielle pour renforcer la communauté, mais ce n’est pas un mécanisme particulièrement efficace pour s’attaquer aux maux sociaux de manière globale et continue. Aujourd’hui, de nombreuses personnes sont surmenées et sous-payées, jonglant avec plusieurs emplois à temps partiel pour joindre les deux bouts. Pour eux, le bénévolat n’est tout simplement pas une option, même s’ils voulaient le faire. Ils n’ont peut-être pas le temps ou les ressources nécessaires pour faire du bénévolat. Il est possible que la sécurité économique que procure la GE rende le volontariat plus accessible pour beaucoup.

39. Les travailleurs de la GE ne seraient-ils pas stigmatisés ?

Les programmes universels ouverts à tous ont tendance à jouir d’une plus grande popularité que les programmes qui ciblent des groupes spécifiques. Bien qu’il ne soit pas une panacée à l’antagonisme social et à la stigmatisation, la GE représente une amélioration significative par rapport au statu quo. Tout le monde ne peut pas ou ne devrait pas travailler (voir question 30). Toutefois, de nombreuses personnes qui sont actuellement confrontées à des critères d’admissibilité punitifs aux prestations existantes préfèrent travailler. La GE leur offre une  » sortie  » en leur offrant la possibilité de gagner un revenu de subsistance tout en suivant une formation, en apprenant et en faisant la transition vers d’autres formes d’emploi.

Pour bon nombre d’entre eux, le programme uniformiserait les règles du jeu et leur offrirait les possibilités économiques qui leur font actuellement défaut. Les faits montrent que les employeurs hésitent à embaucher des chômeurs, en particulier des chômeurs de longue durée. La GE modifie fondamentalement les chances de succès du travailleur dans sa recherche d’emploi, de revenu et d’autres possibilités économiques.

L’évaluation du programme américain de garantie des jeunes YIEPP montre que la pénurie d’emplois et la discrimination, et non le manque de motivation ou d’autres caractéristiques personnelles, sont les principales raisons du taux de chômage élevé et du faible taux d’emploi de la population des jeunes Noirs. L’impact du programme sur les jeunes Noirs a été considérable comparativement aux autres groupes (voir la question 37).

40. Les immigrants sans papiers seront-ils admissibles au programme ?

Bien que la loi actuelle ne le permette pas, la GE peut servir de programme efficace de  » cheminement vers la citoyenneté « .

La loi fédérale actuelle limite l’accès des immigrants – avec ou sans papiers – à divers programmes et avantages publics. Cependant, avec une législation supplémentaire, la GE peut offrir des possibilités d’emploi aux « rêveurs », protégés par le programme Action Différée pour les Arrivées d’Enfants (DACA). Les bénéficiaires du DACA sont autorisés à obtenir un permis de conduire, à s’inscrire à l’université et à obtenir des emplois légalement sûrs, mais la GE peut s’assurer que les emplois sont effectivement là. La participation à un programme peut être un chemin vers la citoyenneté pour les rêveurs. En outre, le programme peut être ouvert aux parents des bénéficiaires du DACA et aux victimes du travail illégal ou du trafic sexuel.

41. En permettant aux organismes sans but lucratif de soumettre au gouvernement des propositions de subvention pour des projets de la GE, ne plaidez-vous pas en faveur de l’octroi d’une subvention énorme aux institutions religieuses ?

Non. La GE est ouverte aux organismes à but non lucratif qualifiés. Cela exclura les entités religieuses et les organisations politiques.

Un décret présidentiel de 2014 a élargi l’interdiction de la discrimination dans l’emploi par le gouvernement fédéral et les organismes sans but lucratif et les sociétés qui reçoivent des contrats fédéraux pour inclure l’orientation sexuelle et le sexe. Cette disposition de la loi sur la non-discrimination en matière d’emploi disqualifie les entités religieuses de l’accès au programme.

42. Pourquoi ne pas simplement donner de l’argent aux gens à la place ?

Même si l’assurance-chômage était augmentée, si d’autres programmes d’aide en espèces étaient renforcés et si une forme de garantie de revenu de base était mise en place, les gens auraient quand même besoin d’emplois.

Les recherches indiquent que les coûts non pécuniaires du chômage (85 à 93 %) l’emportent de loin sur les coûts pécuniaires (15 à 7 %) (Winkelmann et Winkelmann 1995). Cela donne à penser que les interventions fondées uniquement sur l’apport d’un revenu ne seront pas couronnées de succès. Les gens tirent de nombreux avantages du travail ; le revenu n’en est qu’un parmi tant d’autres (voir la figure A4 de l’appendice II) [NdT : cette référence ne sera consultable que lorsque les autres chapitres de l’article auront été traduits et publiés] . Un travail décent à un salaire décent apporte d’importants avantages sur le plan de la santé mentale et physique, augmente et approfondit le capital social, renforce les résultats scolaires et professionnels des autres membres de la famille, et offre un soutien institutionnel et des opportunités économiques qui ne sont pas accessibles à ceux qui sont en dehors du marché du travail, pour n’en citer que quelques-uns.

Bien qu’il y ait de nombreuses bonnes raisons pour lesquelles certaines personnes ne peuvent ou ne devraient pas travailler et que d’autres politiques publiques devraient être conçues pour leur offrir la sécurité économique, l’aide au revenu ne résout pas le problème du chômage involontaire.

43. Le revenu de base universel (RBI) n’est-il pas un meilleur programme ?

Voir réponse à la question 42. Il y a de nombreuses raisons de douter de l’efficacité des programmes de RBI. La première est qu’elles ne s’attaquent pas au chômage et aux coûts sociaux et personnels qui y sont associés. Des expériences menées dans le monde entier montrent que, même dans les endroits où une certaine forme de RBI a été mise en œuvre, de nombreuses personnes cherchent encore à trouver un emploi rémunéré, mais sont incapables de le faire.

Deuxièmement, le RBI ne garantit pas en soi l’accès aux ressources réelles nécessaires. Les familles de travailleurs d’aujourd’hui ont de la difficulté à trouver un logement, des soins, des programmes parascolaires, des espaces publics propres, etc. même si elles ont déjà un revenu supérieur à la pauvreté.

La GE garantit à la fois les revenus et les biens et services publics qui font actuellement défaut. La GE est un type de revenu garanti, sauf qu’il garantit à la fois le revenu – grâce à l’emploi dans la fonction publique – et l’approvisionnement en biens et services dont les collectivités ont besoin.

44. Vous acceptez et renforcez simplement l’éthique actuelle du travail. Ne devrions-nous pas nous diriger vers une société post-travail, un monde de loisirs ?

Le travail ici est compris de façon très large comme étant les activités économiques humaines entreprises pour assurer l’approvisionnement social et économique des individus, des familles et des communautés. Dans les économies de marché modernes, le travail a pris la forme d’un « emploi », c’est-à-dire d’un travail rémunéré qui est également devenu de plus en plus punitif. Cela est dû en grande partie à l’existence même du chômage de masse et continu et à son impact sur la dynamique du marché du travail et l’emploi salarié.

Le paradoxe moderne est que beaucoup de gens veulent un travail rémunéré – non seulement par pure nécessité, mais aussi en raison des nombreux avantages non pécuniaires qu’offre un emploi. Pourtant, le marché n’a pas réussi à offrir aux gens ce qu’ils veulent – du travail décent à un salaire décent.

La GE s’attaque à ce paradoxe en repensant le travail rémunéré et en offrant une option publique pour le travail rémunéré fondée sur la valeur sociale, l’intérêt public et l’autonomisation (voir question 46).

L’abaissement de l’âge de la retraite et de la durée hebdomadaire du travail est souhaitable et conforme à la GE. En effet, puisque la GE fixe la norme de travail, si elle fournit un salaire et des avantages sociaux à temps plein pour une semaine de travail de 30 ou 35 heures, alors cela devient la norme pour l’économie dans son ensemble.

Quant à la vision d’une société post-travail, cette vision n’est pas encore largement partagée. La plupart des gens souhaitent encore travailler. Compte tenu des énormes défis auxquels nous sommes confrontés en matière d’environnement et de soins de santé, l’objectif consistant à faire en sorte qu’une grande partie de la population se retire du travail rémunéré semble être exactement la mauvaise approche. Comme l’a dit John Bellamy Foster : « Je soutiens ici que l’idée d’une libération quasi totale du travail, dans sa partialité et son incomplétude, est finalement incompatible avec une société véritablement durable. … L]e véritable potentiel de toute société durable future ne repose pas tant sur l’expansion de son temps de loisir que sur sa capacité à générer un nouveau monde de travail créatif et collectif, contrôlé par les producteurs associés. » (Foster 2017)

45. Le gouvernement a-t-il la capacité de gérer un effectif aussi important ?

Comme nous l’avons mentionné à la question 37, les programmes antérieurs montrent que l’administration d’un programme à grande échelle n’est pas seulement un obstacle, mais qu’elle peut aussi être réalisée de façon très efficace. De plus, la proposition aspire à une véritable conception ascendante – une conception qui repose sur la création d’emplois communautaires organisée par les États, les municipalités et le secteur sans but lucratif, et non par le gouvernement fédéral. Et lorsqu’il n’y a pas de capacité suffisante pour l’exécution des projets et des tâches en cours, une partie de la GE consiste à renforcer ou à consolider la capacité existante.

46. La technologie ne rend-elle pas les emplois obsolètes ?

La technologie continuera de transformer nos vies et la façon dont nous nous approvisionnons. De nombreux emplois seront (et devraient sans doute être) automatisés. Pourtant, la majorité des emplois de l’avenir n’ont pas encore été inventés. Comme la technologie rend certains emplois désuets, elle crée le besoin d’en créer de nouveaux. Et pourtant, le chômage involontaire continuera de poser problème.

Il n’y a pas de loi de fer de la technologie qui exige que certains travaux soient effectués par des ordinateurs/robots. Malgré les innombrables cours universitaires en ligne, la société paie toujours une prime pour un enseignement par une personne de haute qualité. Les applications, les tableaux intelligents et d’autres programmes ont transformé les programmes scolaires, mais pas l’accent mis sur les contacts personnels et l’apprentissage interactif. Les soins palliatifs ne peuvent être dispensés par le biais de la télévision et les soins personnels restent la norme.

La GE est ici conçue comme un programme de la Loi nationale sur les soins qui met l’accent sur l’approvisionnement pour l’environnement, nos communautés et les personnes. En dépit de la technologie, nous pouvons encore trouver beaucoup de choses utiles à faire pour les personnes.

Enfin, les robots ne peuvent pas voter. L’adoption de la technologie est un processus culturel et politique, autant qu’économique. Si la GE estime qu’il est important de fournir des emplois à tous ceux qui le souhaitent, aucun robot ne peut s’y opposer.

47. Les « Aspects politiques du plein emploi » de Kalecki (1943) ne sont-ils pas une déclaration définitive sur les raisons pour lesquelles la GE n’est pas réalisable ?

Les obstacles politiques au plein emploi sont historiquement dépendants. Le défi peut être considérable, mais non insurmontable, comme l’indiquent divers exemples historiques.

Pendant de nombreuses décennies dans l’après-guerre, le modèle corporatiste scandinave a assuré le plein emploi à long terme grâce à un contrat social fondé sur la coordination entre les entreprises, les syndicats et le gouvernement, où le gouvernement était l’employeur de dernier recours (Ginsburg 1983). Le modèle industriel et les politiques actives du marché du travail du Japon avaient réussi à maintenir un taux de chômage égal ou inférieur à 2,5 % pendant des décennies dans l’après-guerre. Dans les deux cas, le modèle du plein emploi a pris fin avec l’avènement des politiques néolibérales après l’ère Reagan/Thatcher. Pourtant, en 2005, l’Inde – un pays en développement – a mis en œuvre la plus grande politique de GE au monde (voir question 37). Bien que le programme se heurte à l’opposition des entreprises, il continue de recueillir beaucoup d’appui (Ghosh 2015).

L’histoire tumultueuse du salaire minimum aux États-Unis est également instructive quant à la viabilité d’importantes politiques du marché du travail. Aujourd’hui, chaque augmentation du salaire minimum se heurte à la résistance constante des entreprises privées, et pourtant la politique du salaire minimum de meurera. De nombreux services publics garantis bénéficient d’un fort soutien, malgré la menace constante de ne plus les financer et de les démanteler. Les arguments en faveur de la garantie d’emploi sont entrés dans la conversation dominante.

Il s’agit d’articuler les mérites économiques et sociaux du programme. Comme d’autres politiques publiques clés, la GE peut suivre un chemin difficile, mais si elle est mise en place, elle deviendra probablement un programme macroéconomique et d’emploi indispensable.

48. Mes impôts augmenteront-ils pour financer ce programme ?

Non. Une caractéristique novatrice de ce programme est son mécanisme de financement anticyclique explicite. Comme l’explique la section VI.5 du corps du texte [NdT : cette référence ne sera consultable que lorsque les autres chapitres de l’article auront été traduits et publiés] , il est essentiel que la GE soit en mesure d’offrir des emplois sur demande en tout temps, en période de récession ou d’expansion. Cela est nécessaire non seulement parce qu’il s’agit d’un filet de sécurité de l’emploi, mais aussi parce qu’il s’agit d’un stabilisateur anticyclique macroéconomique clé. Les inscriptions aux programmes augmentent en période de récession et diminuent en période d’expansion. Il est donc nécessaire que le mécanisme de financement permette au budget du programme d’augmenter et de diminuer en conséquence.

Il est également important de souligner que les programmes gouvernementaux ne peuvent pas être  » préfinancés  » par le biais des recettes fiscales. Les budgets des programmes sont affectés à l’avance, ce qui permet d’effectuer les dépenses nécessaires. Le recouvrement de l’impôt est un reflux, une fois les dépenses effectuées, et le montant de l’impôt perçu varie en fonction de la santé de l’économie et précisément dans la direction opposée aux besoins du programme.

En période de récession, l’entreprise commune a besoin d’un financement accru, exactement au moment où les recettes fiscales diminuent. Il est donc non seulement impossible d’augmenter les impôts pour préfinancer le programme, mais il sera contre-productif d’essayer de le faire – le revenu que le gouvernement fournit aux chômeurs doit être une injection nette dans l’économie, et non être compensé par le retrait d’un revenu ailleurs dans l’économie.

La tâche consiste à permettre au budget de flotter. Comme le programme ne dépense toujours ni plus ni moins que ce qui est nécessaire pour embaucher toutes les personnes qui ont besoin d’un emploi, les dépenses sont, en un sens, au niveau  » juste  » parce qu’elles répondent aux besoins de l’économie.

49. Y a-t-il une dernière caractéristique du programme que vous souhaitez mettre en évidence ?

Nous avons les moyens d’embaucher des chômeurs. Cette proposition vise à le faire par le biais d’une garantie d’emploi de service public universel, dont l’objectif est de garantir le droit à un travail rémunéré, même aux moins favorisés d’entre nous. La tâche du programme est de relever et d’établir un plancher de rémunération en dessous duquel aucun travailleur ne tombera jamais.

Bien que le programme soit ouvert à tous, il ne vise pas à offrir des emplois à salaire moyen ou élevé à des personnes hautement qualifiées (c.-à-d. des ingénieurs, des comptables et des gestionnaires sans emploi). Bien entendu, ils sont les bienvenus dans le programme s’ils souhaitent exercer une certaine fonction publique au salaire de base. Mais comme ces groupes ont tendance à connaître des périodes de chômage plus courtes et possèdent généralement les atouts qui leur permettent de les surmonter, ils ne s’inscriraient pas normalement à la GE et/ou seraient les premiers à en sortir. La préoccupation actuelle est de fournir un salaire minimum vital à quiconque souhaite travailler. En levant le plancher et en offrant une option d’emploi public, la GE contribuera grandement à briser la dynamique vicieuse de l’emploi à la base même de la répartition des revenus – la dernière dynamique du premier emploi, la discrimination sur le marché du travail et les perspectives défavorables pour les parents et les fournisseurs de soins, pour n’en nommer que quelques-uns. La GE tient une promesse fondamentale : quiconque cherche un emploi décent à un salaire de base décent sera toujours en mesure de trouver une telle opportunité.

50. C’est tout à fait logique. Pourquoi n’avons-nous pas déjà réussi une GE ?

Bonne question.


Notes

[1] Le concept de « Garantie d’Emploi » (GE) est absolument identique à celui de l' »Etat Employeur En Dernier Ressort » (EDR), appellation retenue par certains auteurs.

[2] Voir https://www.bls.gov/web/empsit/cpseea38.htm


Texte original : http://www.levyinstitute.org/pubs/wp_902.pdf

Illustration : Open Culture

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