La Garantie d’emploi : Conception, Emplois et Mise en œuvre

Working paper 902

par

Pavlina R. Tcherneva

Levy Economics Institute of Bard College

Avril 2018


TRADUCTION PAR ROBERT CAUNEAU – MMT FRANCE

ET TRISTAN POCHAT – MMT FRANCE


Note du traducteur : le lecteur devra prendre en compte le fait que cet article concerne les USA, avec leurs spécificités aussi bien au niveau du travail qu’au niveau social, et dont l’organisation institutionnelle est celle d’un État fédéral.

Résumé

La garantie d’emploi (GE)[1] est une option publique pour les emplois. Il s’agit d’un programme permanent, financé par le gouvernement fédéral et administré localement, qui offre des possibilités d’emploi volontaire sur demande à tous ceux qui sont prêts et disposés à travailler à un salaire suffisant. Bien qu’il s’agisse d’abord et avant tout d’un programme d’emploi, il a un potentiel de transformation en développant l’intérêt public et en améliorant les conditions de travail, la vie quotidienne des personnes et l’économie dans son ensemble.

Le présent document de travail fournit un plan directeur pour la mise en œuvre de la proposition. Il répond aux questions fréquemment posées et aux préoccupations communes. Il commence par décrire certaines des principales propositions de la littérature existante qui ont motivé la proposition de la GE. Ces propositions suggèrent des caractéristiques spécifiques de conception et de mise en œuvre. (Certaines questions reçoivent des réponses plus détaillées à l’annexe III). Le document présente les principaux objectifs et avantages attendus du programme et suggère une structure institutionnelle, un mécanisme de financement ainsi que la conception et l’administration de projets. Il faudrait se demander si un fonds de capitalisation détenu par notre gouvernement qui participe aux marchés boursiers locaux et internationaux est un meilleur moyen de « dépenser » nos liquidités que : (a) de le laisser entre les mains du secteur privé ; et/ou (b) de renforcer les capacités publiques sous la forme d’écoles, d’universités, d’installations de recherche, d’hôpitaux et d’équipements collectifs de meilleure qualité.

I. Compréhension conceptuelle du problème du chômage

Aux fins du présent document, le plein emploi est défini comme une situation où toute personne à l’âge légal de travail qui veut travailler est capable d’obtenir un emploi avec un salaire et des conditions de travail décents. Cela inclut, sans toutefois s’y limiter, les nouveaux venus sur le marché du travail, les personnes en situation de «chômage caché» qui ne figurent normalement pas dans les statistiques officielles, et les personnes employées involontairement à temps partiel ou sous d’autres formes de travail précaire.

Au niveau macroéconomique, on entend par chômage:

Un problème monétaire : il résulte de la dynamique des cycles économiques et du comportement des entreprises à but lucratif, ainsi que de la gestion inadéquate par l’État de la monnaie et du système monétaire.

Une situation à laquelle les entreprises privées ne peuvent remédier: le secteur privé est incapable de produire et maintenir un plein emploi serré sur le long terme.

Un problème qui est mieux compris comme une épidémie silencieuse: il existe un motif géographique distinct et reconnaissable et un mécanisme de propagation du chômage qui imite le comportement d’un virus ou d’une contagion de masse (Tcherneva 2017). Le chômage se comporte comme une maladie et génère des coûts sociaux, sanitaires et économiques importants.

Un problème déjà « payé »: les coûts de ces maux sociaux et économiques – à la fois en termes réels et financiers – sont déjà « payés » par l’économie et la société dans son ensemble.

• Un problème créé de toutes pièces et un échec du secteur public : le chômage est un problème créé par des politiques publiques concrètes (ciblant un taux de chômage non inflationnaire [NAIRU – non-accelerating inflation rate of unemployment en anglais), politiques d’austérité). Le gouvernement a choisi une politique explicite de garder un pourcentage de la population en chômage involontaire (le NAIRU est une référence pour la politique publique). Le gouvernement est également responsable de l’aide aux chômeurs, c’est-à-dire que les chômeurs sont déjà dans le secteur public. Gouvernement, institutions publiques et société civile paient non seulement le coût direct du chômage, mais plus important encore, supportent déjà les importants coûts réels associés au chômage.

• Un échec moral: le chômage a été utilisé comme principal rempart contre l’inflation et l’instabilité économique et est considéré comme un « mal nécessaire ». L’idée que certaines personnes perdront nécessairement leurs emplois et leurs moyens de subsistance dans la lutte contre d’autres maux économiques est un profond échec moral de la profession d’économiste.

Le chômage est l’échec et la responsabilité du secteur public et il est déjà « payé ». En revanche, la GE offre une option politique supérieure à l’approche actuelle, et qui plus est une option qui est macro-économiquement saine et humaine. C’est un pari gagnant d’employer les chômeurs, et ainsi de prévenir et de réduire les coûts démesurés du chômage, soutenir la production de précieux biens publics, et investir dans et responsabiliser les gens, la planète et la communauté.

II. Objectifs de la garantie d’emploi

Objectifs centraux de la garantie d’emploi

• Fournir des emplois décents à un salaire décent sur demande à toutes les personnes en âge de travailler qui veulent travailler, quels que soient leur statut sur le marché du travail, leur race, leur sexe, leur couleur ou leur religion.

Objectifs additionnels

• Garantir un droit humain fondamental, comme indiqué dans la Déclaration des droits de l’homme des Nations Unies et l’appel de Franklin D. Roosevelt en faveur d’une Charte des droits économiques.

• Instituer une option de travail publique, c’est-à-dire un filet de sécurité pour l’emploi.

• Créer des opportunités d’emploi à proximité des chômeurs.

• Créer des opportunités de travail adaptées aux personnes de niveaux de compétences variés.

• Servir l’intérêt public.

• Établir un salaire minimum effectif pour l’ensemble de l’économie.

• Fonctionner comme un «stock-tampon de l’emploi» pour stabiliser le cycle économique.

• Améliorer la stabilité des prix en utilisant le mécanisme de stock-tampon et le salaire minimum de la GE.

• Servir de politique préventive contre les coûts économiques, sociaux et politiques considérables du chômage.

• Être utilisé comme un instrument institutionnel pour s’attaquer à d’autres problèmes sociaux, tels que les préoccupations environnementales, les besoins en matière de soins, la dégradation urbaine, etc.

• Mettre les personnes et leurs besoins au premier plan des politiques publiques, afin de les responsabiliser et de les soutenir

III. Caractéristiques clés du programme

Permanent mais volontaire : le programme est permanent. Il offre des opportunités d’emploi dans la communauté pour effectuer un travail socialement utile.

Un salaire de subsistance: il offre un ensemble d’avantages salariaux établissant un plancher pour les revenus de subsistance. Le salaire dans cette proposition est de 15 dollars de l’heure, plus les avantages.

Local: le programme attribue le contrat au travailleur, créant des emplois là où vivent les chômeurs.

Ciblé: de par sa conception, le programme crée le plus grand nombre d’emplois dans les communautés qui comptent le plus grand nombre de chômeurs, confrontés à de nombreuses autres privations sociales.

Financé par le gouvernement fédéral, administré localement: puisqu’il s’agit d’un filet de sécurité pour l’emploi et pour des raisons de viabilité financière, le programme est financé par le gouvernement fédéral, mais principalement par les administrations locales et municipales, les organisations à but non lucratif et / ou les organismes sociaux et coopératives.

Un programme « complémentaire»: il s’agit d’un nouveau programme qui sert d’option pour (mais ne remplace pas) les programmes existants. Par exemple, les personnes auraient le choix entre continuer à recevoir l’assurance-chômage ou s’inscrire au programme. S’ils choisissent la première possibilité, mais ont toujours du mal à trouver du travail conventionnel dans les secteurs privé ou public une fois les prestations d’assurance-chômage épuisées, ils auront toujours la possibilité de s’inscrire à la GE.

Il ne s’agit pas un programme de workfare : Le programme n’exige pas que les gens travaillent en échange de leurs avantages sociaux existants (p. ex. Medicare, the Supplemental Nutrition Assistance Program [SNAP], Head Start, etc.)

Banques d’emplois communautaires: le programme sert de dépositaire de diverses opportunités d’emploi. Il ne remplace pas les travaux existants du secteur public. Il est autorisé en tant que programme distinct par le Ministère du Travail et offre des possibilités d’emploi en attente.

• Un filet de sécurité et un programme de transition pour l’emploi: en tant que filet de sécurité, il offre la possibilité à quiconque souhaite travailler avec un ensemble salaire-avantages de base, quel que soit leur statut ou leur situation sur le marché du travail. En tant que programme transitoire, il sert de tremplin au travail rémunéré – du chômage à l’emploi ou de l’emploi GE à d’autres formes d’emploi privé, public ou à but non lucratif.

• Adapte les emplois GE aux personnes: il s’adapte aux capacités des personnes. Il offre des possibilités d’emploi appropriées et utiles, conçues pour être adaptées au niveau d’éducation ou de compétence du demandeur.

• Offre des options de journée de travail: la GE offre des arrangements de travail flexibles et à temps partiel, au besoin, pour les aidants naturels, les étudiants, etc.

• Des emplois pour tous : le programme n’exclut aucun individu ou groupe de personnes désirant travailler. La conception doit être sensible aux besoins de groupes spéciaux tels que les anciens combattants, les jeunes à risques, les anciens détenus ou les personnes handicapées.

• Investit dans les personnes: offre des possibilités de formation, d’éducation et d’apprentissage.

• Investit dans les communautés: la GE a pour objectif de faire correspondre les besoins non satisfaits de la communauté avec des personnes sans emploi ou sous-employées qui pourraient travailler pour les satisfaire.

• Investit dans le bien public: il sépare l’offre d’emploi de la rentabilité de l’emploi. Les projets sont créés pour répondre aux besoins de la communauté plutôt que de déterminer s’ils sont jugés «rentables» au sens strict.

• Investit dans l’environnement: le programme met l’accent sur les préoccupations environnementales.

IV. Bénéfices attendus

• Plein emploi: le programme élimine le chômage involontaire (tel que défini) et réduit considérablement les difficultés humaines et les souffrances sociales qui y sont associées.

• Revenu de subsistance: le programme augmente le plancher du revenu. Il stabilise les bas salaires aussi bien pour les travailleurs du programme que ceux en dehors, en établissant réellement un salaire minimum de subsistance de 15 $ l’heure.

• Alternative aux mauvais emplois: elle élimine les «mauvaises» pratiques de travail et aide à éliminer les «mauvais» emplois. Si l’option d’emploi public offre un travail décent pour un salaire décent, les employeurs qui versent des salaires de misère avec des conditions de travail difficiles devront égaler le salaire et les conditions de la GE pour conserver les travailleurs.

• Établit une «norme du travail» pour l’ensemble de l’économie: comme elle garantit à toute personne désireuse de travailler de trouver un emploi avec un ensemble d’avantages sociaux pour le salaire minimum vital, la GE établit la norme de travail qui doit être respectée par tous les employeurs. dans les secteurs privé, public ou a but non lucratif. Actuellement, 18% des personnes vivant dans la pauvreté travaillent et 44% des sans-abri. Les normes de travail de le GE garantissent qu’aucun travailleur ne vivrait dans la pauvreté.

• Stabilise l’inflation: le programme constitue un outil supérieur de contrôle de l’inflation et de stabilisation macroéconomique. À l’heure actuelle, le nombre de chômeurs fluctue selon les cycles. Aux États-Unis, l’ampleur de ces fluctuations est particulièrement importante et, depuis un demi-siècle maintenant, la croissance a réussi à générer des «reprises économiques sans travail». Bon nombre de ceux qui sont laissés pour compte sombrent dans le chômage de longue durée, un emploi à temps partiel involontaire ou se retirent complètement de la population active. Comme le premier objectif de la GE est de fournir des emplois à ceux qui le souhaitent à toutes les étapes du cycle économique, elle possède un mécanisme anticyclique inhérent qui est supérieur en tous points aux méthodes actuelles de stabilisation de l’inflation et de la macroéconomie. La GE augmente et diminue avec les récessions et les expansions, ne permettant jamais aux individus et à l’économie de subir les conséquences du chômage. Ainsi, elle continue de stabiliser la croissance économique et les prix, en utilisant un groupe d’individus employés à cette fin plutôt qu’une armée de réserve de chômeurs. Elle stabilise l’économie en soutenant les personnes, les communautés et les familles et non en les rendant «jetables» comme dans le paradigme actuel.

Améliore la distribution des revenus: ceci est réalisé de trois manières: 1) la GE augmente les revenus au plus bas plus rapidement que les revenus au sommet; 2) la GE soutient les revenus du travail, améliorant ainsi la répartition entre travail et capital; 3) la GE améliore la répartition des revenus au sein du travail en soutenant le revenu et les possibilités d’emploi des travailleurs peu qualifiés et moins qualifiés et de ceux qui ont actuellement des emplois plus courts, des périodes de chômage plus longues et plus profondes et des perspectives de réemploi plus faibles.

Interrompt les cercles vicieux du marché du travail: Elle brise les cercles vicieux susmentionnés de chômage et de revenu vécus par les personnes se situant au bas de la distribution des revenus.

Remède: la GE améliore la santé physique et mentale des personnes précédemment sans emploi, ainsi que celle de leurs conjoints et de leurs enfants, et améliore les résultats scolaires et les perspectives du marché du travail des enfants.

Prévention: le programme réduit les suicides et la mortalité des travailleurs de la GE, ainsi que ceux appelés «morts du désespoir», en raison d’une amélioration générale des conditions du marché du travail.

• Avantages économiques, sociaux et environnementaux: elle réduit le problème des sans-abris, la récidive et les crimes économiques; augmente la disponibilité des biens et des services publics, qui sont fournis grâce à la GE; et investit dans l’environnement, les personnes et la communauté.

V. SITUER LA GE DANS UN ORDRE DU JOUR POLITIQUE PLUS GÉNÉRAL

La GE est avant tout un programme qui fournit des emplois décents à un salaire décent, mais elle s’inscrit dans un programme politique plus large. Une réforme politique globale visant à lutter contre l’insécurité du revenu doit intégrer d’autres formes de soutien du revenu non salarial. Cela comprend l’élargissement des prestations de sécurité sociale et d’invalidité, la réduction de l’âge de la retraite et de la semaine de travail, et l’instauration d’un congé familial payé au niveau fédéral. En outre, alors que la GE contribuera dans une large mesure à réduire la pauvreté des individus et des ménages, un programme de lutte contre la pauvreté doit également inclure une politique d’allocation universelle pour enfants, des services de garde universels, des repas gratuits à l’école et une option de soins de santé publics.

VI. Conception et mise en œuvre du programme

1. Conception et exploitation à Court ou Long terme

Une GE mise en place aujourd’hui sera différente d’une GE qui opère sur le long terme.

Si un programme GE était lancé aujourd’hui, dans des conditions de chômage masqué généralisé et de forte demande accumulée d’emplois décents et bien rémunérés, le programme pourrait atteindre 16 millions de travailleurs (voir FAQ n° 9en annexe III). Une fois que le programme sera opérationnel, il améliorera les conditions d’emploi dans le secteur privé et la santé générale de l’économie ; à ce stade, le programme aura une taille plus petite (probablement entre 2 et 10% de la population active). En effet, la taille du programme dépendra largement de la dynamique de l’emploi dans le secteur privé.

Il est plus difficile d’employer toutes les personnes prêtes, désireuses et capables de travailler aujourd’hui que de faire des offres d’emploi aux nouveaux chômeurs une fois le programme lancé depuis un certain temps.

Compte tenu des problèmes existants à long terme sur le marché du travail, de l’effondrement du taux d’activité, de la forte demande accumulée pour des emplois à temps plein stables et bien rémunérés, une GE pourrait atteindre 11 à 16 millions de personnes (Dantas et Wray, à paraître) , ce qui représenterait environ 7 à 10% de la population active. L’expérience des programmes d’emploi de grande envergure de ce type (par exemple, le plan argentin Plan Jefes[2], qui employa 13% de la main-d’œuvre) indique qu’ils peuvent être opérationnels en un temps relativement bref. Il suggère également que le programme stimulerait considérablement l’activité du secteur privé, générant une forte croissance du PIB et des emplois dans le secteur privé. Les simulations de Fullwiler (à venir) corroborent cette attente. Il constate que la GE augmente le PIB réel de 313 à 560 milliards de dollars par an et crée en permanence jusqu’à quatre millions d’emplois nets dans le secteur privé. Ces simulations ne tiennent pas compte des effets cycliques. En Argentine, par exemple, le bassin de GE a commencé à se réduire progressivement à mesure que l’économie se développait (Tcherneva 2013).

2. L’option politique supérieure: embaucher les chômeurs

Le choix politique qui nous est présenté est le suivant: nous avons soit un stock-tampon de personnes au chômage, soit un stock-tampon de personnes employées. C’est-à-dire soit nous maintenons le statu quo, où le nombre de chômeurs grandit et diminue avec les récessions et les expansions, soit nous permettons au nombre d’employés de la GE de se réduire et de se développer de manière anticyclique. Étant donné que le chômage est déjà « payé » en termes réels et financiers, affecter ces ressources financières et réelles à la gestion du programme GE est une option bien supérieure au statu quo. De plus, avec la GE en place, qui est par nature une politique d’emploi contracyclique, l’économie peut fonctionner à un niveau de production non inflationniste supérieur à celui obtenu avec le chômage de masse (c.-à-d. Avec un stock-tampon de chômeurs).

La taille du programme dépendra de la dynamique de l’emploi dans le secteur privé ainsi que de sa popularité. Si la société préfère un emploi plus important dans le secteur privé et une main-d’œuvre GE moins nombreuse, d’autres mesures macroéconomiques peuvent être utilisées (subventions à l’investissement, réductions d’impôt, financement axé sur des missions, par exemple) pour réduire encore le bassin de travailleurs du groupe. Mais si le programme s’avère être une option politique beaucoup plus souhaitable que de nombreux emplois du secteur privé mal rémunérés, il pourrait être assez important au départ, jusqu’à ce que ces entreprises du secteur privé atteignent et dépassent les conditions de rémunération et d’emploi de la GE.

Parce que le programme fonctionne de manière anticyclique en créant le plein emploi à toutes les étapes du cycle économique (récession ou expansion), il stabilise l’emploi total, ce qui signifie que l’emploi dans le secteur privé ne fluctuera pas aussi violemment qu’aujourd’hui. En résumé, une fois le programme en place, les fluctuations économiques seront réduites, ce qui signifie que l’emploi au sein de la GE sera également plus stable.

3. Mesure d’urgence : Réserves d’emplois communautaires

La proposition ici est de concevoir le programme comme une mesure d’urgence. Une période de planification sera nécessaire pour concevoir des réserves d’emplois communautaires. Celles-ci contiendront les emplois pouvant être fournis aux chômeurs immédiatement. À cette fin, la période de planification comprendra la sollicitation et l’identification d’organisations d’exécution de projets qui serviraont de fournisseurs pour ces emplois.

La conception de la GE en tant que mesure d’urgence peut s’inspirer du stock national stratégique (SNS) du Center for Disease Control (CDC), le plus important stock de produits pharmaceutiques et de fournitures médicales essentiels du pays en cas d’urgence. Le SNS est conçu comme un complément aux efforts locaux de préparation. Comme l’explique le site Web du CDC: «Lorsque les intervenants des états, locaux, tribaux et territoriaux sollicitent l’aide du gouvernement fédéral pour appuyer leurs efforts, le stock veille à ce que les médicaments et les fournitures parviennent à ceux qui en ont le plus besoin en cas d’urgence. Organisé pour réagir de manière évolutive à diverses menaces pour la santé publique, le stock contient suffisamment de fournitures pour répondre simultanément à plusieurs urgences de grande ampleur. ». Pour pouvoir réagir de manière adéquate aux menaces pour la santé publique, le gouvernement possède des entrepôts répartis dans tout le pays et qui peuvent distribuer des vaccins, des médicaments et d’autres fournitures localement en cas d’urgence.

De la même manière, la GE peut être conçue comme une mesure d’urgence locale détaillée face au chômage, utilisant une partie de l’infrastructure institutionnelle existante (voir ci-dessous).

La GE maintiendra un stock d’emplois et de lieux de travail – via les banques communautaires pour l’emploi – pouvant accueillir rapidement les nouveaux participants au programme et les laisser partir sans interruption s’ils trouvaient un autre emploi. La capacité d’absorber ou de licencier des employés n’est pas un défi unique pour la GE. En effet, tous les segments du marché du travail des secteurs privé, à but non lucratif ou public traitent de manière continue avec les nouveaux venus et les personnes qui ont quitté leur emploi.

En outre, la création d’emplois relativement rapidement n’est pas non plus une tâche ardue. L’expérience a montré que les programmes d’emploi à grande échelle peuvent être opérationnels en quelques mois (par exemple, les programmes du New Deal aux États-Unis et du Plan Jefes en Argentine). Cependant, ces programmes ont souvent été mis en œuvre en tant que mesures d’urgence. Si la GE est conçue comme une réponse de préparation, une période d’évaluation, de conception et de planification plus longue est nécessaire pour assurer son succès à long terme. Une fois qu’un tel programme est en place, trouver du travail pour les nouveaux participants devient de plus en plus facile. Le démarrage sera peut-être expérimental d’une certaine maniéré et il s’agira de procéder à une évaluation continue pour améliorer les performances du programme à long terme.

4. Fonctions préventives

Dans la mesure où une partie du programme GE fluctuera de manière contracyclique, augmentant lorsque l’emploi privé se contractera et diminuant lorsque l’emploi privé se développera, cela garantira que le chômage de masse ne se développera pas et ne s’accélérera pas aussi rapidement qu’il le fait avec le statu quo. Il limitera ainsi l’effet de contagion dès l’apparition initiale de licenciements massifs dans le secteur privé et servira d’outil préventif. Cela n’éliminera pas les fluctuations du cycle économique, mais les atténuera. En outre, en assurant le plein emploi, cela contribuera à éviter les nombreux coûts sociaux du chômage (pour en savoir plus, voir Tcherneva 2017).

5. Budget du programme et mécanisme de financement

Le principal défi consiste à concevoir un budget qui non seulement garantisse la viabilité à long terme du programme, mais également qui tienne compte des fluctuations anticycliques normales et des fluctuations importantes des inscriptions, si celles-ci se produisaient de manière inattendue.

Le chômage se comporte comme une épidémie, se développant rapidement et de manière inattendue et se propageant selon le modèle d’un effet de contagion. Simultanément, cela inflige des coûts sociaux et humains importants (Tcherneva 2017). Par conséquent, le mécanisme de financement proposé ici est en partie inspiré des secours en cas de catastrophe et d’urgence aux États-Unis.

Par exemple, chaque année, le Congrès passerait les crédits de base pour la gestion du programme GE. Étant donné que le niveau réel de chômage au cours d’une année donnée est inconnu, tout comme lors de catastrophes de grande ampleur ou d’événements moins importants et localisés, le financement devrait fluctuer en fonction des besoins. Cela peut être accompli de deux manières: 1) les crédits de base peuvent être ajustés en fonction des besoins en utilisant la loi de contrôle budgétaire, qui autorise certaines augmentations des dépenses discrétionnaires; et 2) des augmentations annuelles imprévues du financement de la GE peuvent être fournies par le biais de projets de loi de budget supplémentaires offrant un financement non soumis à des plafonds de dépenses ou à des contrôles budgétaires.

C’est le modèle actuellement utilisé pour les secours en cas de catastrophe et d’urgence. Depuis que les catastrophes naturelles se sont intensifiées, le budget de base s’est révélé insuffisant, nécessitant des crédits supplémentaires très importants qui peuvent être vulnérables aux abus. A l’inverse, la GE maîtrise les fluctuations du chômage et stabilise la structure de l’emploi, ce qui donne à penser qu’il ne sera pas aussi dépendant de crédits supplémentaires que des secours en cas de catastrophe ou d’urgence.

Le budget de base des crédits sera initialement estimé pour financer un programme de grande envergure. Pour employer entre 11 et 16 millions de personnes à 15 dollars de l’heure, auxquels s’ajoutent des avantages équivalant à 20% des salaires (le coût matériels étant fixé à 25% du coût de la main-d’œuvre), les dépenses directes représenteraient environ 1,3 à 2,4% du PIB (et le coût net du programme GE varierait de 0,8% à 2% du PIB, voir Fullwiler [à paraître]). C’est moins que ce que le gouvernement américain dépense chaque année pour l’enseignement primaire et secondaire. Les années suivantes, le budget sera calculé en tant que moyenne mobile du financement réel des années précédentes. Si la GE entraîne une augmentation de l’emploi dans le secteur privé et que sa taille se stabilise au cours des années à venir, le budget reflétera ces changements et la nécessité réduite de financer un programme de cette envergure.

Un ajustement des crédits de base et des crédits supplémentaires sera néanmoins nécessaire car des licenciements massifs pourront avoir lieu pour diverses raisons. La raison principale en est que les bénéfices du secteur privé en proportion du PIB fluctuent au cours du cycle économique, ce qui entraîne des fluctuations des taux d’emploi du secteur privé. Pour constituer un véritable stock-tampon, le budget de la GE doit fluctuer de la même manière.

Des ajustements des crédits de base et des crédits supplémentaires sont également nécessaires dans des circonstances extrêmes. Par exemple, la crise financière mondiale – au grand désarroi de nombreux économistes – a entraîné près de 1 million de chômeurs par mois au début de 2009. Un programme d’emplois de réserve aurait offert d’autres possibilités d’emploi aux chômeurs, permettant ainsi de remédier plus rapidement à la situation du marché du travail que ce qui s’est effectivement produit. Selon une estimation, si le budget du American Recovery and Reinvestment Act finançait un programme GE, il aurait pu créer 20 millions d’emplois rémunérés, éliminant ainsi d’un seul coup le chômage et lançant une solide reprise tirée par les emplois (Tcherneva 2009). Étant donné que les crises financières, les chocs géopolitiques et d’autres événements peuvent générer de manière inattendue des licenciements massifs, le budget de la GE devrait augmenter en conséquence pour que les fonds nécessaires soient fournis rapidement.

En outre, des catastrophes telles que les ouragans Harvey et Irma ont un impact significatif sur les taux d’emploi locaux et exigent une augmentation discrétionnaire de l’aide à l’emploi, à l’instar d’autres augmentations discrétionnaires du financement des secours en cas de catastrophe.

En effet, la loi actuelle prévoit déjà un financement pour ceux qui ont perdu leur emploi à la suite de catastrophes naturelles. Toutefois, elle ne fournit pas les possibilités d’emploi que la GE fournira.

Le Congrès peut affecter un fonds de secours à l’emploi (employment relief fund – ERF) en complément du budget du Ministère du travail (Department of Labor – DOL). Le DOL américain travaille avec les agences du ministère du Travail des États et leurs bureaux locaux pour débourser les paiements des salaires et des matériaux liés à la gestion du programme, d’une manière similaire à celle utilisée pour les paiements de l’assurance-chômage.

Tout comme pour les secours en cas de catastrophe, les bureaux du DOL, ainsi que la Présidence, peuvent émettre des déclarations de chômage en cas de catastrophe, qui permettraient de disposer de fonds supplémentaires en cas de licenciement massif et brutal dans une zone donnée. Comme indiqué ci-dessus, un tel programme existe déjà et peut être intégré au budget de la GE. Il s’agit du programme d’assistance chômage aux sinistrés, qui prévoit des allocations de chômage pour les personnes qui sont sans emploi à la suite d’une catastrophe majeure déclarée par le président.

Si la loi Stafford Act de 1988 (loi sur les secours en cas de catastrophe et l’assistance aux sinistrés de Robert T. Stafford) ne permet pas de financer l’ensemble du programme GE, une loi moderne sur l’aide d’urgence en cas de chômage peut être adoptée à cette fin.

6. Organismes administratifs et organismes chargés de l’exécution des projets

Ministère du Travail (MdT)

Il est proposé que le groupe de contrôle relève du MdT, comme c’est le cas avec l’assurance-chômage. Comme l’assurance-chômage, les États participeraient à l’administration du programme.

Le Congrès affecte des fonds au MdT. Comme expliqué ci-dessus, la méthode de financement spécifique permet au budget du MdT de fluctuer de manière anticyclique, de manière à engager tout le monde ayant besoin de travail tout au long du cycle économique.

Le MdT fournit les directives générales relatives aux types de projets qu’il autorisera dans le cadre du programme GE. Les municipalités, en coopération avec les groupes communautaires, réalisent des enquêtes d’évaluation, répertoriant les besoins de la communauté et les ressources disponibles. En concertation avec le MdT, les municipalités et les centres d’emploi créent des banques d’emplois communautaires – des répertoires de types de travail et de lieux pouvant offrir des opportunités d’emploi aux chômeurs sur demande (voir ci-dessous).

En plus de fournir des fonds à des agences spécifiques, le MdT lance des «demandes de propositions», indiquant qu’il financera des initiatives en faveur de l’emploi menées par des groupes communautaires, des organisations à but non lucratif, des entreprises à caractère social et des chômeurs eux-mêmes pour des projets servant des objectifs publics. Les subventions sont approuvées en fonction: 1) de l’utilité des activités réalisées, mesurées par leur impact social, 2) de la création d’emplois pour les chômeurs, et 3) de l’absence de déplacement des travailleurs existants.

États, municipalités et groupes communautaires

Les États et les municipalités participent à l’administration du programme. Ils aident au décaissement des fonds et sont responsables de la conception et de la mise en œuvre au niveau local. Comme indiqué ci-dessus, ils mènent des enquêtes d’évaluation de la communauté et conçoivent la banque d’emplois de la communauté. L’implication des citoyens, des groupes communautaires locaux et d’autres parties prenantes représentant les intérêts du public peut faire en sorte que le programme renforce la démocratie participative dans le processus décisionnel de conception, gestion et financement des projets.

Centres d’emploi à guichet unique

La GE n’a pas besoin de réinventer la roue en termes d’infrastructure administrative. Les bureaux de chômage locaux ont déjà été renommés en centres d’emploi locaux, également appelés centres de carrières uniques ou centres d’emploi américains. Ils sont déjà chargés de fournir de nombreux services aux chômeurs, depuis les paiements réels (chèques d’assurance-chômage) jusqu’à l’aide à la recherche d’emploi, les renvois, la formation, l’achèvement de l’examen d’entrée à l’université, la rédaction de curriculum vitae, l’anglais seconde langue, l’enseignement en math et en lecture et d’autres services personnalisés, tels que la gestion du stress et la planification financière.

Ces bureaux de chômage peuvent devenir de véritables bureaux d’emploi en offrant également des possibilités d’emploi à la demande par l’intermédiaire de la GE. En raison des pénuries chroniques d’emplois, les tentatives actuelles de jumeler des travailleurs sans emploi avec des employeurs sont en grande partie inefficaces. Bien que certains bureaux fassent mieux que d’autres, en l’absence de possibilités d’emploi abondantes et facilement disponibles, le fait de passer par un bureau de l’emploi peut souvent être une expérience stressante, voire punitive. Bien qu’ils offrent certains services de formation et d’éducation, au niveau macro, la formation ne sert généralement qu’à déplacer les personnes dans la file d’attente pour un emploi.

Ces bureaux peuvent devenir des centres d’emploi entièrement fonctionnels et fournir les opportunités d’emploi nécessaires à la GE, tout en continuant d’aider les inscrits à la formation, à l’éducation et à la transition vers des opportunités d’emploi dans le secteur privé. Dans le cadre du programme GE, ils deviennent essentiellement les plaques tournantes de la banque d’emplois locale qui relie les personnes intéressées aux postes de la GE.

Institutions publiques, ONG et entreprises sociales

Ce sont les organisations chargées de l’exécution du projet. Comme nous l’avons vu plus haut, au cours de la phase de conception du programme, on peut identifier une série d’organisations qui offriront des possibilités sur demande. D’autres peuvent être ajoutés au fil du temps. Les possibilités d’emploi au sein de ces organismes sont « inventoriées » dans les banques d’emplois communautaires et les centres d’emploi.

Une fois les chômeurs inscrits dans les guichets uniques d’emploi, on leur fournit un menu d’options de travail avec les organismes chargés de l’exécution du projet.

L’identification des organismes chargés de l’exécution des projets dépend des directives générales fournies par le Ministère du Travail, qui s’inspirent à leur tour de l’énoncé de mission du Groupe mixte. Les types de travail/emplois qui seront effectués, ainsi que les organisations qui emploieront les chômeurs, dépendront de ce que l’on définit comme l' » objectif public « .

Démocratie participative

L’une des aspirations du programme GE est de favoriser un processus par lequel les emplois et les projets sont proposés et gérés à partir de la base, c’est-à-dire par l’apport direct des membres de la collectivité et des autres intervenants. Comme il s’agit d’un programme local qui cible les besoins de la collectivité et de ses membres, il se prête à une large participation des électeurs à sa conception et à son fonctionnement.

En effet, pour son succès à long terme, la gouvernance participative est probablement une condition préalable. Il existe de nombreux modèles et expériences du monde réel qui peuvent éclairer une conception qui intègre la participation des citoyens, la prise de décisions publiques et le renforcement des institutions locales. Par exemple, la budgétisation participative peut faire en sorte que les municipalités s’appuient sur les commentaires des citoyens au sujet des projets locaux qui nécessitent un financement et les fassent participer au processus budgétaire lui-même. L’expérience de la budgétisation participative montre qu’elle améliore considérablement l’efficacité et les résultats des programmes sociaux locaux.

Il peut être jugé souhaitable que le gouvernement fédéral ne fournisse que 85 p. 100 de tout le financement, en demandant que les organismes sans but lucratif, les municipalités et les autres entreprises sociales y participent avec certaines ressources. Il peut s’agir de ressources matérielles, par exemple, une partie du matériel ou des installations où les travaux seront effectués peut provenir des organismes chargés de l’exécution du projet. Cet arrangement pourrait créer des parties prenantes locales et un engagement supplémentaire de la part des États et des communautés.

Parce que le programme aspire à la participation des citoyens, parce qu’il réduit considérablement la menace du chômage, parce qu’il exerce une pression sur les pratiques punitives de travail dans le secteur privé, parce qu’il établit une norme de travail pour les salaires et les conditions de travail, et parce qu’il se concentre exclusivement sur les investissements dans le bien public, il peut être une institution qui a de profondes tendances démocratiques et qui sert de canal pour transformer le monde du travail, la vie quotidienne des gens et l’économie en général.

7. Types d’emplois : « National Care Act »

Les programmes d’emplois à grande échelle sont souvent associés à des projets d’infrastructure à grande échelle. Et bien qu’il soit essentiel de reconstruire l’infrastructure du pays en tant que priorité nationale, il est difficile de faire fluctuer les investissements dans l’infrastructure en fonction des changements dans le cycle économique. En outre, les emplois dans le secteur des infrastructures sont souvent hautement qualifiés et à prédominance masculine. Par conséquent, ils ne sont pas toujours adaptés à la gestion de la GE en tant que programme permanent à long terme pour tous ceux qui offrent des possibilités d’emploi aux groupes les moins qualifiés et les plus marginalisés sur le marché du travail.

Travailler à relever les défis environnementaux imminents peut créer des millions d’emplois dans la fonction publique pour les années à venir. Il y a beaucoup de travaux environnementaux  » invisibles  » qui demandent beaucoup de travail et qui peuvent être effectués par des personnes de différents niveaux de compétences. Ce travail doit être effectué sur une base continue et pourrait offrir les possibilités d’emploi nécessaires, sans faire concurrence au secteur privé. L’établissement et le renforcement de l’infrastructure de notre pays afin de prévenir, d’atténuer et de résister à l’impact de l’intensification des ouragans, des tornades, des incendies et des inondations exigent une action immédiate et une importante main-d’œuvre. Et si un grand programme d’infrastructure est mis en œuvre parallèlement à la GE, ce dernier sera probablement plus petit et il continuera de garantir des possibilités d’emploi à ceux qui ne peuvent pas travailler sur des projets d’infrastructure.

L’infrastructure seule n’est pas une méthode particulièrement fiable pour employer tous les chômeurs qui sont dispersés dans tout le pays. Bon nombre d’entre eux vivent dans des communautés qui n’ont peut-être pas besoin de digues ou d’efforts de prévention des incendies, mais qui subissent de multiples autres privations, comme l’accès limité à une alimentation saine ou aux soins pour les jeunes et les personnes âgées, pour n’en nommer que quelques-unes.

La présente proposition vise à concevoir la GE comme une  » loi nationale sur les soins  » qui aidera à combler ces lacunes. Avec l’apport des groupes communautaires, idéalement à la suite d’un processus décisionnel participatif, les localités et les municipalités peuvent déterminer les emplois spécifiques qui seront exécutés dans le cadre de la GE selon les trois objectifs stratégiques suivants :

a) protéger l’environnement ;

b) protéger la communauté ; et

c) protéger les personnes

Protéger l’Environnement

Une relance de la FDR’s Tree Army et la création d’un corps civil du 21e siècle pour la protection de la nature (CCC) créerait des emplois dans la GE très proches des personnes au chômage. Étant donné que toutes les communautés ont des besoins environnementaux aigus, le modèle de CCC basé sur les camps du New Deal n’est ni approprié ni souhaitable. Au lieu de cela, des emplois seront créés là où vivent les travailleurs.

La Banque d’emplois communautaires comprendra une liste de programmes de surveillance, de programmes de réadaptation et de programmes d’investissement public. Les emplois porteront sur l’érosion des sols, la lutte contre les inondations, les enquêtes environnementales, la surveillance des espèces, l’entretien et le renouvellement des parcs, l’élimination des espèces envahissantes, les pratiques agricoles durables pour résoudre les problèmes du  » désert alimentaire  » aux États-Unis, le soutien aux pêches locales, les fermes agricoles communautaires, les jardins communautaires et sur les toits, la plantation des arbres, les incendies et autres mesures de prévention, la protection contre les intempéries des maisons, le compostage.

Soins à la communauté

Il vaut mieux reconstruire les communautés de l’intérieur. De nombreuses communautés à travers les États-Unis connaissent le fléau urbain, la pauvreté et la criminalité. La GE peut utiliser les meilleures pratiques existantes pour mobiliser le potentiel humain au sein d’une communauté afin de la ranimer et de la rendre plus résiliente.

Les emplois peuvent comprendre le nettoyage des propriétés vacantes, la remise en état des matériaux, la restauration des espaces publics et d’autres petits investissements dans l’infrastructure ; la création de jardins scolaires, de fermes urbaines, d’espaces de travail en commun, de panneaux solaires, de bibliothèques, de classes et de programmes de prêt d’outils et de théâtres communautaires ; la construction de terrains de jeux ; la restauration de sites historiques ; l’organisation de programmes de covoiturage, ainsi que des projets de recyclage, de réutilisation, de collecte des eaux et des programmes sur les déchets alimentaires, des histoires orales, des histoires de la vie de tous les jours, ainsi que d’autres activités.

Soins pour les personnes

La GE vise à soutenir les individus et les familles, en comblant les besoins particuliers auxquels ils peuvent être confrontés. Les projets comprendraient des soins aux personnes âgées, des programmes parascolaires et des programmes spéciaux pour les enfants, les nouvelles mères, les jeunes à risque, les anciens combattants, les anciens détenus et les personnes ayant une déficience. L’un des avantages de la GE est qu’elle offre également des possibilités d’emploi aux personnes mêmes qui bénéficient de ces programmes. En d’autres termes, le programme leur donne un mandat. Par exemple, les jeunes à risque participent eux-mêmes à l’exécution des activités extrascolaires qui visent à leur bénéfice. Les anciens combattants eux-mêmes peuvent travailler pour différents programmes d’aide aux anciens combattants et en bénéficier.

Les emplois dans le cadre de ces projets peuvent comprendre : l’organisation d’activités parascolaires ou de cours de formation professionnelle pour adultes dans les écoles ou les bibliothèques locales ; l’animation de programmes de journées prolongées pour les écoliers ; l’accompagnement d’enseignants, d’entraîneurs, de travailleurs en soins palliatifs et de bibliothécaires pour leur apprendre de nouvelles compétences et les aider dans leurs fonctions ; l’organisation de sondages nutritionnels dans les écoles et la coordination de programmes de sensibilisation aux questions sanitaires pour jeunes mères.

D’autres exemples comprennent l’organisation de campus urbains, de coopératives, de cours et de formation, et d’apprentissage en agriculture durable, ainsi que tous les emplois en soins communautaires mentionnés ci-dessus, qui pourraient produire une nouvelle génération d’enseignants, d’artistes et d’artisans, de fabricants et d’inventeurs.

Toutes les tâches susmentionnées sont déjà accomplies sous une forme ou une autre. Et ils sont tous en nombre insuffisant. Ce qu’il faut, c’est plus d’aide et un budget pour les employer. C’est la fonction de la GE. En d’autres termes, la GE peut bénéficier des meilleures pratiques déjà existantes dans ces domaines et simplement accroître la production de ces biens publics et les investissements dans le capital humain.

8. Exemples de projets

Exemple 1

La ville mobilise des hommes et des femmes valides ayant des niveaux de compétences variés pour un nettoyage massif des terrains vacants, axé sur la réhabilitation et la récupération des matériaux. Les personnes handicapées, qui peuvent avoir de la difficulté à travailler physiquement, mais qui ont des compétences informatiques de base et souhaitent travailler, créent une base de données qui documente les efforts de nettoyage, cataloguent les matériaux récupérés et offrent un soutien logistique dans les bureaux. Les jeunes à risque aident à nettoyer le parc et font l’apprentissage auprès d’entreprises de construction locales dans la construction, la peinture et l’aménagement paysager de parcs pour skate et de terrains de basketball. La ville entreprend des projets d’écologisation et de réhabilitation des espaces publics abandonnés.

Exemple 2

Une ancienne communauté minière de charbon est aux prises avec le citadin, un chômage de masse et une incidence élevée de problèmes de santé. La GE organise un programme complet de restauration de l’environnement naturel à l’aide de la mine de charbon abandonnée, fondé sur les meilleures pratiques existantes (p. ex. dans certaines régions des Appalaches aux États-Unis). Les mines abandonnées sont remplies d’eau pour créer des lacs artificiels. Le travail comprend la construction d’une infrastructure qui dirige les rivières vers les cratères vides, un travail qui convient au niveau de compétence des mineurs au chômage. D’autres sont employés dans un effort de reboisement de masse pour planter des espèces d’arbres appropriées qui restaurent l’écosystème, enrayer l’érosion du sol et réintroduire d’importantes espèces sauvages perdues dans la région. Les municipalités organisent des enquêtes sur l’insécurité alimentaire, la qualité de l’eau et la malnutrition. Ils lancent un programme complet de jardins communautaires.

Exemple 3

Les fermes agricoles communautaires locales proposent d’organiser et de construire des jardins communautaires dans toute la ville. Ils emploient des chômeurs locaux pour aménager et gérer les jardins. Les produits sont distribués aux membres, vendus sur les marchés fermiers locaux ou livrés gratuitement aux familles à faible revenu. En plus de construire des jardins communautaires, ces fermes emploient des gens pour construire des serres et des exploitations aquaponiques et donner des cours pour adultes et jeunes sur l’agriculture durable. Les fermes locales peuvent offrir des possibilités de travail à temps plein et à temps partiel et des modalités de travail souples.

Exemple 4

Un institut local vert à but non lucratif possède une vaste expérience de la création, de la protection et de l’expansion du réseau de sentiers publics. En peu de temps, il absorbe toute personne disponible pour travailler à l’entretien et à la réparation des sentiers. De plus, l’organisme sans but lucratif s’efforce d’éliminer les espèces envahissantes des zones locales. L’enlèvement des espèces nécessite des efforts de prévention de l’érosion du sol, qui doivent tous être effectués de façon continue. L’Institut gère également un programme de surveillance des anguilles et des harengs.

Des personnes ayant des niveaux de compétences différents sont employées pour accomplir les différentes tâches – la plupart de celles qui précèdent n’exigent pas beaucoup de formation ou d’expérience, si tant est qu’il y en ait. Les travailleurs ayant des compétences supérieures peuvent aider à créer des cartes, à documenter les espèces et à effectuer des recherches au besoin. Les associations à but non lucratif offrent également des cours, des séminaires et de l’expérience pratique pour les jeunes et les adultes en matière de conservation de l’environnement. Elles prévoient également des modalités de travail souples pour les personnes qui ont la responsabilité de s’occuper d’enfants ou de personnes âgées.

Exemple 5

Un collectif d’artistes local emploie des peintres, des comédiens, des musiciens et des machinistes pour diriger des productions toute l’année pour la communauté. Ils organisent des programmes de sensibilisation dans les écoles, ainsi que des camps d’été et offrent gratuitement des cours d’art et de musique et des cours de littératie artistique pour les jeunes ayant des besoins spéciaux. Ils collaborent avec les écoles locales pour offrir des programmes d’enrichissement de l’art.

Exemple 6

Les écoles publiques locales s’inscrivent à la banque d’emplois communautaires et fournissent une liste de projets et de programmes  » mis de côté  » qui peuvent être confiés à des travailleurs de la GE. Certaines écoles aimeraient agrandir leurs terrains de jeux, repeindre et moderniser leurs installations. D’autres aimeraient offrir une plus grande variété d’activités parascolaires. La plupart d’entre eux ont besoin de l’aide d’un enseignant pour aider les élèves peu performants, préparer un plan de leçon et organiser des activités en classe.

Les tâches exigent divers degrés de compétence et d’expérience. Les nouveaux arrivants sur le marché du travail, comme les étudiants qui ont de la difficulté à trouver un emploi, s’inscrivent comme aides-enseignants dans le cadre du programme GE. Ils acquièrent une formation précieuse et une expérience pratique s’ils souhaitent aller sur le terrain. Les anciens parents au foyer qui sont prêts à retourner au travail aident à gérer de nouveaux programmes parascolaires. Travailleurs qualifiés qui peuvent ne pas être mis à pied de façon saisonnière dans le cadre de projets de protection contre les intempéries.

VII. Soutien populaire pour la garantie d’emploi

Malgré des décennies de recherche sur la GE, le programme n’a été introduit que récemment dans la presse populaire. Aujourd’hui, il est entré dans la conversation générale, ce qui a incité un certain nombre de candidats au Congrès à diriger une plate-forme GE. Des sondages récents montrent que les Américains l’appuient massivement. Une firme de sondage (Civis Analytics) l’a qualifié de  » l’une des plus populaires que nous ayons jamais sondées  » (McElwee, MsAuliffe, et Green 2018).

Ils ont également constaté que la GE est très populaire auprès des jeunes et des électeurs à faible revenu, et en particulier des électeurs de couleur. Le programme est également plus populaire auprès des électeurs républicains à faible revenu qu’auprès des électeurs à faible revenu. les riches électeurs démocrates. De plus, 58 % des électeurs qui ont voté pour Obama, mais plus tard… ont voté pour Trump et ont soutenu l’idée. Des données pour le soutien ont modélisé au niveau de l’État le support pour la GE et il a été constaté qu’il y existe aussi un fort soutien dans les États de couleur rouge foncé : Virginie-Occidentale (62 pour cent ), l’Indiana (61 %), le Kansas (67 %), le Mississippi (72 %) et la Géorgie (71 %). pour cent). Bien que ces résultats puissent paraître surprenants, il s’agit également d’états dont les résultats sont supérieurs à la moyenne. Les taux de chômage et de pauvreté où l’AC peut avoir un impact important.

Au cours des derniers mois, l’appui est aussi venu de milieux plus conservateurs et centristes (voir par exemple éditoriaux du New York Times par Kevin Hasset et Robert Rubin). Bien que la raison d’être d’une GE s’infiltre dans le discours populaire, il est important de souligner que ces programmes sont des programmes « d’emploi garantis » en nom seulement. Ils sont plus étroitement liés à des programmes ou simplement à des programmes d’infrastructure à grande échelle, qui ne sont pas les plus populaires, ainsi qu’à son potentiel de démocratisation. L’infrastructure de la GE est beaucoup plus qu’un programme d’investissement dans l’infrastructure.

L’une des premières introductions au programme dans la presse populaire a été un article du magazine Rolling Stone présentant cinq réformes économiques que les Millennials devraient soutenir (y compris l’emploi). la garantie, le revenu de base universel, l’impôt sur la valeur foncière, les fonds souverains à grande échelle et les fonds d’État. banques publiques).

Lorsque le sondage de YouGov basé sur l’article a sondé la popularité de chaque proposition, la GE s’est largement imposée comme le chef de file. Le programme qui s’est classé au deuxième rang était le programme du revenu universel de base, même si l’auteur l’a (astucieusement) défendue comme une politique d’universalisation de l’universalité même du populaire programme de sécurité sociale. Néanmoins, le revenu de base est inférieur de 12% à celui de la GE (figure 1).

Figure 1 : Popularité de la garantie d’emploi versus du revenu de base garanti

La GE a obtenu l’appui de 47 % de la population à une époque où le programme était en grande partie inconnu du public, mais seulement 12 % des répondants n’étaient pas certains de ses mérites.

Au fil du temps, toutefois, d’autres enquêtes ont montré qu’une majorité de gens appuyaient la GE, l’employeur de dernier recours et d’autres programmes d’emploi gouvernementaux. Selon un sondage Gallup 2013 (Jones 2013), de 72 à 77% des répondants appuient les programmes gouvernementaux d’emploi et les lois sur la création d’emplois qui emploient des chômeurs (figure 2).

Figure 2 : Appui aux programmes d’emploi du gouvernement et aux lois sur la création d’emplois

Une autre étude (Page, Bartels et Seawright 2013, 57) a révélé que 68 % du grand public estime que le gouvernement devrait  » veiller à ce que tous ceux qui veulent travailler trouvent un emploi  » et 53 % appuient l’idée que le gouvernement lui-même fournisse des emplois aux chômeurs en dernier recours, ce qui est conforme au sondage Civis Analytics dont il est question ci-dessus. Il n’est pas surprenant de constater que relativement peu de ménages à revenu élevé ont soutenu ces politiques (figure 3).

Figure 3 : Appui à la création d’emplois au gouvernement et politiques pour l’emploi de dernier recours

Enfin, l’étude Kinder Houston Area du Kinder Institute for Urban Research, une étude de longue date, révéla que le soutien à de tels programmes s’est accru au fil des ans depuis la crise financière mondiale. Depuis 1989, l’enquête menée dans la région de Houston demandait si  » le gouvernement devrait veiller à ce que tous ceux qui veulent travailler puissent trouver un emploi  » et plus de 64 % des personnes interrogées ont toujours soutenu cette idée. Immédiatement après le krach (en 2009), ce nombre est passé à 69 %, mais d’ici 2016, 76 % des gens croyaient que le gouvernement devrait être responsable de s’assurer que tous ceux qui veulent un emploi y ont accès. De plus, une telle politique est plus populaire que d’autres mesures de redistribution des revenus et de réduction de la pauvreté (figure 4).

Figure 4 : Soutien régional aux programmes d’aide à l’emploi du gouvernement (à Houston)

VIII. Conclusion

De nombreux problèmes sociaux sont résolus par des mesures directes. Lorsque le problème est le manque d’éducation, le gouvernement garantit l’accès à l’éducation publique ; lorsque le problème est le manque de revenu de retraite, le gouvernement garantit un revenu de retraite (sécurité sociale) ; lorsque les gens manquent de nourriture ou de logement, les programmes gouvernementaux fournissent de la nourriture ou un abri/ La plupart de ces programmes (une fois très efficaces) ont été sous pression pendant un moment : ils ont été sous-financés et/ou ont fait l’objet de réformes, souvent punitifs et soumis à des conditions de participation. Pourtant, ils fournissent un filet de sécurité, en l’absence duquel la pauvreté et le dénuement aux États-Unis seraient beaucoup plus élevés qu’ils ne le sont aujourd’hui. Pourtant, en matière d’emploi, nous n’avons pas une approche aussi directe.

Quand quelqu’un a besoin d’un emploi, la bonne réponse est de lui fournir un emploi, et pas seulement un maigre montant d’assurance-chômage ou un programme de formation. La GE fournit (directement) ce dont les personnes sur le marché du travail ont besoin. C’est une option publique pour les emplois. Et tout comme nous avons des options publiques en matière d’éducation primaire et de revenu de retraite, nous en avons besoin pour obtenir un emploi.

Avant 1935, il n’y avait pas de filet de sécurité en matière de retraite et d’invalidité aux États-Unis. Aujourd’hui, les dépenses directes du gouvernement en matière de sécurité sociale (assurance-vieillesse et invalidité) représentent plus de 4 % du PIB. En 1965, nous avons élargi le filet de sécurité sociale pour inclure le régime d’assurance-maladie et le régime d’assurance-maladie, et les dépenses directes pour ces programmes représentent 4 p. 100 de plus. En comparaison, la GE est un programme beaucoup plus petit, mais il garantit une composante cruciale du filet de sécurité qui fait toujours défaut – une composante qui renforce les individus, les familles et les collectivités, crée des biens publics essentiels et fournit un stabilisateur anticyclique supérieur à l’économie.

Le présent document fournit un plan directeur pour la mise en œuvre de la proposition du Groupe consultatif mixte. Le principe qui guide cette conception est que la GE doit être un programme accessible à tous ceux qui souhaitent travailler à un salaire de base, que le travail doit être significatif pour les travailleurs et la communauté, et que le budget doit être flexible afin de tenir compte des fluctuations des mises à pied au cours du cycle économique.

Comme le chômage est en grande partie invisible, les coûts sociaux énormes qu’il engendre sont également cachés et ne sont normalement pas pris en compte par la politique macroéconomique conventionnelle. Ces coûts sont déjà supportés par la société et produisent des externalités importantes, négatives et apparemment insolubles. Par conséquent, fournir des emplois pour eux-mêmes est en soi un objectif louable. Cependant, le plan d’action proposé ici suggère de multiples façons par lesquelles la GE peut améliorer le bien public ainsi que la vie des chômeurs, de leurs familles, des communautés et de l’économie en général.

Annexe I : Garantie d’emploi et inégalité des revenus

Une marée montante, dit-on, soulève tous les bateaux. Cela n’a pas été le cas aux États-Unis depuis plusieurs décennies. Dans la période de l’après-guerre connue sous le nom d’âge d’or, lorsque l’économie a connu une croissance, la plupart des familles américaines ont pris la plus grande part (bien que décroissante) de cette croissance. Cela a changé dans les années 1980, lorsque le revenu moyen réel des 90 pour cent des ménages les plus pauvres a à peine augmenté pendant à chaque expansion (figure A1). Pire encore, le revenu réel moyen en 2015 (les dernières données disponibles) était le même qu’en 1997. Dans le même temps, les coûts de la santé et de l’éducation ont plus que doublé, tandis que les bons emplois à salaire décent restaient rares. En revanche, les revenus des 1% et des 0,01 % des ménages les plus riches ont connu une croissance manuelle (figura A2). La croissance économique ne signifia plus une prospérité partagée.

Figure A1. Qui gagne quand le revenu augmente ?

Figure A2. Inégalité de revenus

La garantie d’emploi(GE) fait d’importants progrès vers la réduction des inégalités de revenus, bien qu’elle ne soit en aucun cas une panacée au problème. Elle garantit le plein emploi, donnant ainsi la priorité au revenu du travail. À ce titre, elle augmente le plancher en veillant à ce que personne ne tombe en deçà d’un revenu horaire de 15 $ plus les prestations de base. Elle offre des emplois décents et bien rémunérés à tous ceux qui en ont besoin, aidant ainsi précisément les personnes et les familles qui connaissent de longues et profondes périodes de chômage et qui jonglent avec plusieurs emplois à temps partiel pour joindre les deux bouts.

En raison de son effet « bulle up » sur l’économie, la GE améliore indirectement les revenus des autres travailleurs qui se situent au bas et au milieu de la distribution des revenus. Parce qu’elle élimine les reprises sans emploi et fait en sorte que la croissance résulte de politiques favorables à l’emploi (par rapport à la situation actuelle, où les emplois sont censés être une conséquence de la croissance mais où en réalité on se retrouve avec des reprises sans emploi), elle modifie la prédistribution des revenus en favorisant les revenus du travail, par opposition aux revenus des activités financières spéculatives (par exemple). Comme nous l’avons noté, pour une répartition plus équitable des revenus, il faudra beaucoup plus que la GE – en particulier des politiques qui réduisent les revenus excessifs au niveau le plus élevé de la répartition des revenus. Toutefois, ces politiques ne sont pas une condition préalable à l’adoption et au fonctionnement de la GE.

Annexe II : Le chômage – une épidémie silencieuse

Figure A3 : chômage chronique

Le chômage se propage comme une maladie. Bien que la grande récession n’ait officiellement duré que deux ans et que l’économie ait commencé à se redresser en 2010, de nombreuses collectivités aux États-Unis ont connu des taux de chômage de dépression pendant de nombreuses années. Et dans certaines régions, un taux de chômage à deux chiffres est la norme, même en période de forte expansion.

Et tout comme une maladie, le chômage entraîne des coûts économiques et sociaux énormes pour les gens et l’économie. Il augmente les taux de mortalité et de suicide. Il cause la « mort du désespoir », c’est-à-dire la douleur, la détresse et le dysfonctionnement social qui découlent de la perte d’emplois de cols bleus stables qui ont commencé dans les années 1970 et se sont poursuivis bien après la Grande Récession. Il entraîne une perte permanente des revenus d’une personne au cours de sa vie et inflige des problèmes de santé physique et mentale multiples aux chômeurs, mais aussi à leur conjoint et à leurs enfants. Il est lié à la criminalité, à la pauvreté urbaine, à l’itinérance et à d’autres maux sociaux. Selon les estimations, l’économie américaine renonce à une production de 0,5 à 10 milliards de dollars par jour en raison du chômage de masse. La liste des coûts sociaux, économiques, politiques et financiers est longue – des coûts que la Société assume déjà.Et tout comme une maladie, le chômage entraîne des coûts économiques et sociaux énormes pour les gens et l’économie. Il augmente les taux de mortalité et de suicide. Il cause la « mort par désespoir », c’est-à-dire la douleur, la détresse et le dysfonctionnement social qui découlent de la perte d’emplois de cols bleus stables qui ont commencé dans les années 1970 et se sont poursuivis bien après la Grande Récession. Il entraîne une perte permanente des revenus d’une personne au cours de sa vie et inflige des problèmes de santé physique et mentale multiples aux chômeurs, mais aussi à leur conjoint et à leurs enfants. Elle est liée à la criminalité, à la pauvreté urbaine, à l’itinérance et à d’autres maux sociaux. Selon les estimations, l’économie américaine renonce à une production de 0,5 à 10 milliards de dollars par jour en raison du chômage de masse. La liste des coûts sociaux, économiques, politiques et financiers est longue – des coûts que la Société assume déjà.

La recherche montre que 85 à 90 % des coûts insupportables du chômage sont non pécuniaires, ce qui signifie que les interventions fondées uniquement sur le soutien du revenu seront insuffisantes. Pour la plupart des gens, avoir un emploi signifie beaucoup plus qu’un simple revenu. Le Plan Jefes en Argentine, qui s’inspire de la proposition de GE aux États-Unis, montre que pour les participants, le revenu est l’avant-dernière raison pour laquelle ils ont aimé travailler dans le programme (Tcherneva 2013).

Figure A4 : Raisons pour lesquelles les gens aiment leur emploi

La GE est un outil de prévention essentiel pour lutter contre la maladie du chômage. Premièrement, elle ne permet jamais au chômage de se développer et de s’accélérer aussi rapidement qu’en situation de statu quo. Par conséquent, elle modifie fondamentalement les habitudes de dépenses en réduisant considérablement l’insécurité économique. Elle crée le plus grand nombre d’emplois dans les collectivités où le taux de chômage est le plus élevé. Elle aide à protéger contre le nombre d’emplois dans les collectivités où le taux de chômage est le plus élevé. Elle contribue à protéger des maux sociaux liés au chômage. En d’autres termes, la GE permet non seulement d’enrayer l’effet de contagion du chômage, mais aussi de contrecarrer les coûts sociaux et économiques du chômage. C’est, en un sens, une méthode d’inoculation.

Annexe III : QUESTIONS FRÉQUEMMENT POSÉES

A lire ici : https://mmt-france.org/2019/08/06/la-garantie-demploi-les-faqs-de-pavlina-r-tcherneva/


NOTES

[1] Le concept de « Garantie d’Emploi » (GE) est absolument identique à celui de l’ « État Employeur En Dernier Ressort » (EDR), appellation retenue par certains auteurs.

[2] Le Plan Jefes s’inspire explicitement de la proposition de garantie d’emploi élaborée aux États-Unis par une équipe de chercheurs, dont plusieurs sont affiliés au Levy Institute.


Texte original : http://www.levyinstitute.org/pubs/wp_902.pdf

Illustration : multiplier-effect.org

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