Livre Blanc de la MMT

par

Warren Mosler


Traduit et adapté par1

ROBERT CAUNEAU – MMT FRANCE

Ivan Invernizzi – Rete MMT Italia / MMT France

Le but de ce livre blanc est de présenter les principes fondamentaux de la MMT.

1. Qu’est-ce que la MMT ?

En remarque liminaire, il semble important de préciser que la MMT est applicable à tout pays disposant d’une devise nationale avec un régime de taux de change flottant, comme c’est le cas, entre autres, des États-Unis, de l’Australie, du Canada, du Japon, etc. Les développements qui suivent s’appliquent donc à tout pays de ce type, sans référence à un quelconque pays particulier.

La MMT a vu le jour en grande partie grâce à une description des opérations monétaires, qu’il est préférable de considérer comme des débits et des crédits aux comptes tenus par les banques, les entreprises et les particuliers.

Warren Mosler est à l’origine de ce qui a été popularisé sous le nom de MMT en 1992. Et bien que des recherches subséquentes aient révélé des écrits d’auteurs qui ont eu des réflexions similaires sur la compréhension et la vision de la MMT, notamment Abba Lerner, George Knapp, Mitchell Innes, Adam Smith et l’ancien président de la Fed Ruml, la MMT est unique dans son analyse des économies monétaires, et donc considérée comme étant une école de pensée autonome.

https://www.scribd.com/document/35432615/Soft-Currency-Economics
http://moslereconomics.com/mandatory-readings/what-is-money/

2. En quoi la MMT est-elle différente ?

Un concept fondamental de la MMT est que la devise, en tant que monopole public, a permis de comprendre le marché comme un système généralisé d’échange de devises qui, d’une manière collatérale, apparaît comme un système généralisé de biens et services.

Seule la MMT reconnaît que le gouvernement monopoliste de sa devise et ses agents (banque centrale et trésor consolidés2) sont les seuls Fournisseurs de ce qu’il Exige pour le Paiement des Taxes.

La devise nationale ne peut être émise que par la dépense publique. Autrement dit :

    • La devise nationale elle-même est un simple monopole public.
    • Le gouvernement prélève des taxes payables dans sa devise nationale.
    • La devise nationale pour payer ces impôts ne peut provenir que du gouvernement et de ses agents.
    • La devise nationale pour acheter des titres du Trésor ne peut provenir que du gouvernement ou de ses extensions et de ses états membres (dans le cas d’un État fédéral) et de ses agents.
  • L’économie doit vendre des biens et des services au gouvernement ou emprunter au gouvernement, sinon elle ne sera pas en mesure de payer ses impôts ou d’acheter des titres du Trésor.

3. Implications

3.1 Le gouvernement et ses agents, dépensent nécessairement d’abord, ce qui permet par la suite de payer les impôts ou d’acheter les titres d’État.

Cela contraste directement avec la rhétorique selon laquelle le gouvernement doit taxer pour obtenir la devise nationale à dépenser, et, en ce qui concerne les États-Unis, ce qu’il ne taxe pas doit être emprunté à des pays comme la Chine, ainsi que laisser la dette à nos petits-enfants.

La MMT reconnaît donc que le gouvernement n’a pas besoin d’obtenir de la devise nationale pour dépenser. Au lieu de cela, la force motrice est que les contribuables ont besoin de la devise du gouvernement pour pouvoir payer les impôts et acheter des titres du Trésor.

3.2 L’éviction des dépenses privées ou des emprunts privés, l’augmentation des taux d’intérêt, les exigences de financement pour le gouvernement et les questions de solvabilité ne s’appliquent pas à un gouvernement qui dépense d’abord, puis emprunte.

https://mmt-france.org/2019/02/15/un-cadre-analytique-general-pour-lanalyse-des-monnaies-et-autres-produits/

3.3 Comment allez-vous payer pour cela ?

Le gouvernement, concrètement, dépense comme suit :

Une fois les dépenses autorisées par le Parlement, le Trésor ordonne à la Banque Centrale de créditer le compte du bénéficiaire (changer les nombres en des nombres plus élevés) dans les livres de la Banque Centrale.

Pour la MMT, l’explication de la monnaie commence avec un État qui désire s’approvisionner lui-même :

[1] L’État impose des obligations fiscales sous forme d’obligations financières dans une devise nationale spécifique, qui créent elle-mêmes une offre de travail.
[2] En conséquence, des biens et services sont proposés à la vente pour obtenir les fonds nécessaires pour payer les impôts.

La MMT reconnaît que la fiscalité, de par sa conception, crée le niveau de l’offre de main-d’œuvre3 à vendre dans une devise nationale donnée.

[3] L’État peut alors acheter ces biens et services.
[4] Les taxes peuvent alors être payées.
[5] Si les gens, en moyenne, veulent, au taux de change marginal de la devise nationale, gagner plus qu’il n’en faut pour payer les impôts, les biens et les services seront mis en vente en quantité suffisante pour obtenir cette quantité de devise nationale supplémentaire.
[6] Les dépenses de l’État qui excèdent les impôts – les dépenses déficitaires – permettent au secteur privé d’épargner cette quantité de devise nationale.
[7] La dette publique équivaut à l’épargne privée, c’est-à-dire à la devise nationale émise par la dépense de l’État qui n’a pas encore été utilisée par le secteur privé pour payer les impôts, qui n’a donc pas encore été détruite.

[8] Une fois que l’État a dépensé cette quantité de devise nationale qui reste dans le secteur privé, elle peut prendre la forme de bons du Trésor, de billets et d’obligations qui peuvent alors être achetés, ce qui épuise les comptes contenant la devise nationale que l’État a déjà dépensée.
[9] Les paiements du gouvernement sont ajoutés aux comptes de réserve des banques membres de la Banque Centrale.
[10] Lors de l’achat de titres, la Banque Centrale débite les comptes de réserve et crédite les comptes de titres.
[11] Lorsque les intérêts sur la dette publique sont payés, la Banque Centrale crédite les comptes de titres.

3.4 Comment les titres d’État sont-ils remboursés ?

Lorsque les titres du Trésor arrivent à échéance, la Banque Centrale débite les comptes de titres et crédite les comptes de réserve appropriés.

Il n’y a pas de contribuables ou de petits-enfants en vue lorsque cela se produit.

4. Quelle est la pertinence de la MMT aujourd’hui ?

Les façons de comprendre la MMT ont mis sur la table des options stratégiques qui n’étaient pas jugées viables auparavant.

4.1. Taux d’intérêt

La MMT reconnaît que des taux d’intérêt plus élevés peuvent donner lieu à un biais expansionniste, inflationniste (et régressif) par l’entremise de deux types de canaux : les canaux de revenu d’intérêt et les canaux de prix à terme. Cela signifie que, en ce qui concerne les États-Unis, ce que l’on appelle le  » resserrement de la Fed  » par l’augmentation des taux peut augmenter les dépenses totales et favoriser les hausses de prix, contrairement aux effets escomptés de la réduction de la demande et de la baisse de l’inflation.

La MMT comprend qu’un taux directeur permanent de 0 % constitue le scénario de base pour l’analyse d’une politique de changes flottants.

La compréhension de la MMT des taux d’intérêt est parfois en conflit direct avec celle des banques centrales et de la grande majorité des universitaires. Nous estimons que ces points de vue « mainstream » s’appliquent au mieux aux régimes de changes fixes, mais qu’ils ne s’appliquent en aucun cas aux régimes de changes flottants d’aujourd’hui.

https://mmt-france.org/2019/04/23/le-taux-dinteret-naturel-est-zero-2/

https://mmt-france.org/2019/05/07/politique-de-taux-de-change-et-plein-emploi/

4.2 Inflation

Seule la MMT reconnaît la source du niveau des prix. La devise nationale elle-même est un monopole public. Les monopoleurs sont nécessairement des « fixateurs de prix ».

Par conséquent :

Le niveau des prix est nécessairement fonction des prix payés par les agents du gouvernement lorsqu’ils dépensent, ou des garanties exigées lorsqu’ils prêtent.

Dans une économie de marché4, le gouvernement n’a besoin de fixer qu’un seul prix, laissant les forces du marché déterminer en permanence tous les autres prix en tant qu’expression de la valeur relative, sous l’influence de la structure institutionnelle5.

http://moslereconomics-kg5winhhtut.stackpathdns.com/wp-content/uploads/2018/04/Tcherneva_MonopolyMonopolyMoney_2002.pdf

http://www.levyinstitute.org/pubs/wp_864.pdf

4.3 Plan d’Emploi Transitoire (PET) (Job Guarantee)6

Le chômage résiduel est causé par le fait que le gouvernement n’embauche pas tous ceux que les obligations fiscales qu’il a émises ont été amenés à se retrouver au chômage. La politique actuelle consiste à utiliser le chômage comme stock tampon anticyclique pour promouvoir la stabilité des prix. Une autre option politique consiste pour le gouvernement à utiliser un stock tampon d’emploi, plutôt qu’un stock tampon de chômage, pour promouvoir la stabilité des prix.

La garantie d’emploi est une proposition visant à ce que le gouvernement utilise une politique de stock tampon en finançant un emploi à plein temps pour toute personne désireuse et capable de travailler à un taux de salaire fixe. Aux États-Unis, un salaire horaire de 15 $ l’heure a actuellement été proposé. Ce salaire devient le « numéraire » de la devise nationale – le prix fixé par le monopoleur qui définit la valeur de la devise nationale en termes de temps de travail7, tout en permettant à d’autres prix d’exprimer la valeur relative sous l’influence de la structure institutionnelle.

La garantie d’emploi permet de lutter contre l’inflation plus efficacement que la politique actuelle qui consiste à utiliser le chômage pour lutter contre l’inflation, car elle facilite davantage la transition du chômage à l’emploi dans le secteur privé, les employeurs privés n’aimant pas embaucher les chômeurs.

Elle prévoit également une forme de plein emploi dans la devise nationale et, dans le même temps, elle est un moyen d’introduire une rémunération et des avantages sociaux minimaux « de bas en haut », car les employeurs du secteur privé se disputent les travailleurs de la garantie d’emploi.

https://mmt-france.org/2019/04/10/plein-emploi-et-stabilite-des-prix/http:

« Les 7 fraudes innocentes et mortelles de la politique économique »

https://drive.google.com/file/d/0B_uw3TKux24yeDRqVmFjaTdodjFqcV9HTTkyRkZYb2JOa0d3/view


Notes

1 Par rapport à sa première mouture, ce document a fait l’objet d’adaptations qui, sur la base de plusieurs échanges, ont été discutées et acceptées par Warren Mosler.

2 La consolidation entre la banque centrale et le trésor permet de comprendre :

(i) La différence entre création d’« Actifs financiers Nets » et création d’« Actifs Financiers Bruts », autrement dit entre déficit public et crédit bancaire – voir Daniele Busi, Role and Limits of the Banking System, août 2018.

(ii) Comment les découverts permanents de la banque centrale (dans le style de la Chine), ainsi que les achats de devises étrangères par la banque centrale sont des créations nettes de devises et des dépenses publiques fonctionnelles.

3 Ainsi que de l’offre de biens et de services.

4 L’économie de marché est considérée ici comme une économie au sein de laquelle les prix sont fixés par les forces du marché plutôt que d’une manière exogène.

5 Il s’agit de l’ensemble des règles qui définissent le marché : la propriété, les limites de l’espace dans lequel les forces du marché peuvent interagir, etc. Il s’agit de la manière dont l’État définit le marché.

6 Il s’agit du même concept que celui de « l’État Employeur en Dernier Ressort », ainsi que de la « Garantie d’Emploi ».

7 Plus précisément en termes de temps de travail non qualifié à intensité moyenne.

Illustration : ecopoetique.blogspot.com

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